On a souvent pris soin de critiquer la médiocrité de la seconde saison de True Detective, ne cessant de rappeler à quel point la première relevait d'une quasi-perfection esthétique et narrative. Et je dois avouer que ce constat m'a toujours fait tiquer ; comment et pourquoi devrait-on comparer les deux saisons actuelles de ce monument qu'est devenu True Detective ?
C'est avec ce sentiment d'incertitude que je me suis replongé -et avec grand plaisir- dans la seconde saison, et dans la seconde uniquement.
Au bilan, toujours un peu les mêmes points : dialogues à côté, narration bien trop dense, mais une bande son sans aucune fausse note et un esthétisme infiniment soigné. Seulement, quelque chose attire de suite l'attention : il y a bien des niveaux de lecture.
L'argument principal des détracteurs de cette saison s'effondrerait-il à cette simple observation ? Non. Les dialogues sont toujours médiocres, et certains arcs franchement brouillons. Mais que faut-il alors en conclure ?
Nic Pizzolatto n'a-t-il pas su se taire lorsqu'il le fallait par simple médiocrité ou par paresse ? La soudaine pluralité des sujets -après une première trame très linéaire et facile à suivre- relève-t-elle d'une folie des grandeurs ou d'une ambition réussie ?
Mon verdict actuel -et qui n'engage bien évidemment que moi- est qu'il me semble difficile à imaginer qu'un créateur nous ayant livré une brillante première histoire puisse décider, soudainement, de ne conserver que le soin esthétique et de laisser le reste à l'approximation.
J'ai trouvé dans cette saison, non de la déception, mais une ébauche de vision. Ébauche, oui, car le vacarme et le chaos californien me sont moins pénétrables que la paisible et lisible Louisiane. Je ne mets aucunement de côté l'hypothèse que Nic Pizzolatto ait simplement été paresseux, ou ait pris confiance après un début auréolé de succès ; et je sais bien également qu'avec l'avis que j'expose ici je puisse apparaître comme avocat du diable, défendant une cause indéfendable. Mais il me semble néanmoins impossible qu'au milieu de cette anarchie fort bien construite, des rails neufs du corridor central aux canaux déversoirs de Vinci, il ne puisse y avoir aucune vraie histoire.
Ne reste plus qu'à attendre une nouvelle église en ruines...