Conclusion, aura, bayou, mystère, ambiance, tensions.
Laisser passer les séries pour les regarder quand l'engouement est retombé. La ferveur c'est bien, mais j'aime mieux attendre. Je considère que le plaisir doit hanter les spectateurs qui s'empressent de te conseiller une série sur plusieurs saisons. Sinon à quoi bon s'investir si tout part à vau-l'eau au milieu de la troisième saison alors que l'aboutissement de la série nous conduit à devoir en regarder 6.
Pourquoi crois-tu que je n'ai toujours pas regardé la cinquième et ultime saison de The Wire. Non seulement parce qu'elle marque l'arrêt définitif, mais aussi car il est fort possible qu'elle soit moins bien que la précédente.
True Detective doit nous offrir une deuxième saison, je trouve fort agréable qu'elle soit indépendante de la première. Dans ce genre d'histoire je préfère qu'on ne me tienne pas en haleine sur dix ans. La conclusion ne serait jamais à la hauteur de mes fous espoirs.
Je ne suis pas le premier à l'écrire, mais ce qui frappe avec True Detective c'est sa qualité. Sa qualité globale. La mise en scène. Le jeu des acteurs. L'ambiance visuelle.
L'ambiance visuelle est pour beaucoup dans l'immersion que j'ai éprouvée tout au long du récit. Le climat nous pèserait presque sur la poitrine, nous rendrait alcooliques, ou serait-ce pour supporter cette première piste qui peine à venir. Jamais nous ne mettrons les pieds dans les marais et pourtant comme Rust et Marty nous pataugeons.
Mais surtout une chose, et cela se passe au fond de nous-même. Nos convictions et nos connaissances en polar, ses codes qu'à aucun moment la série ne contourne, ni ne contorsionne, même pas pour le plaisir d'essayer, nous font ressentir ce qui est important.
True Detective compte donc quelques scènes qui m'ont paru être des scènes clés.
Prenons l'exemple de ce soir où Marty rentre chez lui. La tondeuse est là dans un coin du jardin, de l'herbe fraîchement coupée est dans un bidon en métal, ou est-ce une poubelle, on s'en fout, la peur l'assaille. Il sait ce qui a pu se passer, redoute fortement ce qui pourrait avoir eu lieu. Mais oui reste donc à diner vil enfoiré. S'en suit une discussion qui ne peut laisser planer le doute.
Ça fleure bon la tension sexuelle. Tu ne sais même pas que "mowing the lawn" est une expression bien connue, mais elle t'en rappelle une autre que tu affectionnes particulièrement.
Tu as donc droit ici à ce dont tu te doutes un peu quand même et qui fatalement arrive. Parce que tu ne peux pas te tromper à ce sujet. D'autant plus qu'hormis ce qu'elle présage cette scène cristallise parfaitement les rapports entre les deux "coéquipiers".
La seconde fois où ton estomac est alerte, ni tenant plus, c'est lors de la rencontre de l'homme sur la tondeuse auto-portée. Tu le sais, c'est juste le petit truc le plus éculé. Il est là, juste là et toi, dans la précipitation d'une dernière information cruciale, crois-tu, tu te rues à la poursuite de chimères. Il était là pourtant, devant tes putains d'yeux.
Tout va bien dans True Detective jusqu'au moment où tout bascule donc. Une solidarité de circonstance, qui se muera plus tard dans quelque chose de plus sérieux, et peut-être de plus dégueulasse.
Mais je me demande pourquoi avoir choisi délibérément d'oser nous faire croire, et qui l'a cru?, que Rust pouvait être le coupable. A d'autres, bordel ! A ce moment-là tu as simplement l'impression qu'on use d'une facilité scénaristique pour t'embrouiller, comme si c'était possible en plus. Pour moi la rupture s'effectue ici.
Facile.
Facile comme le profil de ce prédateur sexuel, serial killer tan. Les profils de tueurs en séries seraient-ils tous calibrés est peu abondant. Celui qui vit dans un bordel immonde, aussi immonde que la noirceur de son âme et des crimes qu'il commet ? Celui qui est froid, méthodique, chez lui c'est pareil à une clinique, et même mieux. Le genre de cauchemar pour les publicitaires de chez Reckitt Benckiser. Et celui qui est comme tout le monde…
J'ai dû en oublier, mais j'ai l'impression d'avoir fait le tour pourtant. Forcement c'est dans son enfance que ce trouve le début du trouble… Il aime bien aussi les poupées, auxquelles il ôte la tête par exemple. Par exemple.
Mais au fond, ce n'est pas ce que tu retiens, car la série tu l'as grandement appréciée et tu as voulu savoir. Tu aurais préféré que l'impasse demeure, qu'il réalise à quel moment il l'avait eu devant lui, qu'il peine à ne jamais faire la lumière. Mais la lumière prend le dessus sur l'obscurité… Tu le crois toi que ça fini là-dessus ?
Vraiment ?
De tous les défauts mineurs de la série c'est la conclusion qui m'a le plus déplu. Dommage car tu le sais comme moi, il est autant nécessaire de soigner son introduction que son développement, mais la conclusion reste un élément crucial qu'il faut dorloter.
Sinon : le charme de Maggie, les seins lourds¹ de Lisa, le magnétisme de Rust, la beauté du tableau qu'est le meurtre par lequel nous découvrons l'histoire, les paysages magnifiques, le détective Maynard, jadis Brother Mouzone : ça claque, et la pelouse mon pote, la pelouse.
xoxo
¹ Merci à Lazein qui a chouré ça chez Gand-Alf.