Deux générations, deux époques, deux couples reliés par deux boîtes aux lettres gardées par un chat roux. Twelve Letters explore la droiture, l’abnégation et la force des secondes chances.
Nous sommes en 1991 à Meiwan, petite ville au sud de la Chine. Ye Hai Tang est une lycéenne brillante mais accablée par un père joueur, violent et menteur, qui la harcèle pour obtenir la maison que sa grand-mère lui a léguée. Désespérée, elle écrit une lettre de suicide qu’elle dépose dans une boite aux lettres avant de se précipiter pour tuer son père. Tang Yi Xun suspend son geste, sans apaiser ni sa colère ni son désespoir. Plus que s’attacher, ce télescopage va les faire fusionner tel le yin et le yang.
En parallèle, en 2026, le père d’une autre jeune femme Yu Nian dépose une lettre dans une boite aux lettres et disparait aussi soudainement que l’éclatement d’une bulle de savon. Sa fille part à sa recherche et rencontre dans sa quête Sen Cheng qui lui recherche sa mère.
Difficile d’en dire plus sans raconter l’histoire… Sachez seulement que si vous commencez Twelve Letters, vous n’en décrocherez pas comme j’ai été embarquée dès les premières images à la photographie magnifique.
Si l’histoire est sombre, elle apporte également des moments plus doux. Car la série ne se contente pas de montrer la douleur : elle la transfigure, dans un langage visuel et des dialogues qui font naître de la beauté et de la poésie dans la peine. Ces jeunes de 1991 cherchent une seule chose fuir la fosse, avec une sincérité et une droiture bouleversantes.
L’écart de 35 ans entre 1991 et 2026 évoque une boucle inachevée, presque trois cycles zodiacaux. De la boîte n°2 de 1991 à la boîte n°3 de 2026, l’amour s’additionne et se prolonge jusqu’à réunir ce que le temps avait séparé.
Comme dans un conte, le vieux monsieur à la charrette agit en passeur : il met à l’épreuve la générosité et, en retour, offre une seconde chance, une réponse aux vœux les plus secrets. Le chat roux, lui, n’est pas un simple témoin : il est l’élément déclencheur, celui qui choisit et rend possible le passage des lettres. Passeur et protecteur, il veille jusque dans la chambre de Yu Nian, gardien du seuil entre perte et retrouvailles.
Au-delà des symboles, Twelve Letters parle de secrets, de regrets, mais aussi d’espoir et de secondes chances, celles que l’on réclame en silence.
Les regards de Tang Yi Xun et Ye Hai Tang, magnifiés par la lumière, traduisent l’évolution de leurs sentiments : un amour pudique fait d’échanges et de soutien mutuel, qui se renforce scène après scène. Même leurs noms semblent les unir : Tang achève celui de la jeune fille et ouvre celui du jeune homme, fil invisible qui les relie. Mais oubliez le baiser, ce n’est pas le propos ici. Leur relation évolue avec une simplicité touchante : méfiants au départ, ils s’ouvrent vite avec franchise, tendresse et confiance. De leur côté, Shen Cheng et Yu Nian rejouent ce même chemin. Longtemps méfiant, il finit pourtant par se laisser toucher. Entre eux aussi, la confiance grandit et naît l’espoir de se retrouver, même s’ils savent que, pour assurer le bonheur de leurs parents, il leur faudra se sacrifier.
C’est toute la force de la série : montrer que l’amour se construit moins sur la séduction que sur l’épreuve, la bienveillance et la confiance. Douze Lettres est traversée par la question des choix et des sacrifices : Tang Yi Xun se sacrifie, un choix qui le ronge de désespoir. C’est probablement ce sacrifice qui permet une seconde chance. Et nous sommes pleins d’espoirs que le sacrifice de Shen Cheng et Yu Nian leur apportera aussi cette seconde chance. Ainsi, malgré cette douleur, la série demeure porteuse d’espoir : elle murmure qu’à force d’y croire, les destins peuvent encore s’accorder.
Le récit est maitrisé, sans temps mort ni rupture de rythme. La disparition du père de Yu Nian installe d’emblée un mystère, mais tout trouve sens dans cette logique de temporalité qui se déploie peu à peu. Les dialogues, souvent bouleversants, résonnent comme des échos persistants. La réalisation et la photographie sont superbes, offrant à chaque époque une identité visuelle marquée. Quant aux regards de Tang Yi Xun et Ye Hai Tang, baignés de lumière, ils racontent la naissance d’un amour pudique, nourri de soutien et de confiance, qui se renforce scène après scène.
La fin, en apparence ouverte, s’inscrit pourtant dans une logique temporelle : elle boucle un cycle tout en laissant une fêlure par où s’engouffrent le doute et l’espérance. Le mystère persiste, suspendu entre ce qui s’achève et ce qui pourrait recommencer. Yu Nian, « la pensée qui demeure », incarne le souvenir qui refuse de s’éteindre ; Cheng, « le chemin », rappelle que ce souvenir cherche à s’accomplir. Ensemble, leurs noms disent que ce qui paraît rêvé peut encore trouver sa route vers la réalité.
Les acteurs sont tous impressionnants de justesse, entre douleur contenue et éclats de rage, doute et espoir : Zhou Yi Ran (Tang Yi Xun), Wang Ying Lu (Ye Hai Tang), He Hui Zi (Yu Nian) et Ren You Lun (Shen Cheng) en tête. Les seconds rôles sont également riches, ce qui est notable sur une série aussi courte.
L’OST accompagne à merveille, et la chanson du générique, See You When Spring Flowers Bloom par Doudou, est simplement renversante.
C’est une série traversée par la droiture, où l’amour se construit dans l’abnégation, et qui rappelle que la confiance et le sacrifice sont parfois les seuls chemins vers l’espérance.
J’aurais encore beaucoup à dire… Mais Twelve Letters se referme comme une énigme, et s’ouvre comme une promesse : tant qu’il reste une lettre à écrire, l’avenir demeure possible.
https://youtu.be/-PvyEQM0n4U?si=PtMZNlmObrqBkQzw
See You When Spring Flowers Bloom par Doudou
"C'est impossible n'est-ce pas ?
Pourtant là maintenant, j'ai envie de courir vers toi et de te serrer dans mes bras.
Au milieu de la foule, je reste discrètement près de toi.
Les feux d'artifice éclatent dans le ciel et illuminent à la fois mon visage et le tien.
Le temps parait si long, on s'est dit au-revoir à la hâte
En pensant que nos retrouvailles ne seraient pas si lointaines
Que tout finirait par passer ... n'est-ce pas ?
La lumière finira toujours par apparaitre comme promis
Même si le monde autour de nous s'effondre dans le fracas
En me laissant derrière c'est toi aussi que l'on abandonne."
Si je pense à toi 3 fois
Les sombres nuages se disperseront un peu
Quand le soleil printanier brillera de mille feux, nous nous reverrons"
Si je pense à toi 30 fois
Les étoiles ne s’éteindront plus jamais
Et lorsque reviendra la douceur du printemps, nous nous reverrons.
Si je pense à toi 300 fois
Les vents hurlants et la pluie torrentielle cesseront
Si nous pouvons tenir jusqu’à ce jour
Notre amour ne connaitra plus de limites
Dans le nouveau monde
Je t'ai attendu ainsi un millier de fois
Cette triste planète a encore tourné sur elle-même
Souviens-toi quand le soleil printanier brillera de mille feux
Nous nous retrouverons"