Twin Peaks, c'est beaucoup de choses.
C'est le sommet de la carrière de David Lynch.
Pour ceux qui hésiterait à la découvrir, c'est une série qui mêle les codes de l'enquête menée par des agents du FBI dans une petite ville où tout le monde se connaît et des éléments de l'univers lynchéen : cauchemars, surréalisme, manifestation d'un inconscient trouble et violent dans le quotidien, réflexion sur le cinéma hollywoodien. C'est une série atmosphérique (dont je me demande si elle résiste bien aux revisionnages), qui a marqué son époque (c'est un peu une capsule temporelle des années 1980), et qui est un objet unique.
C'est une mine de références pour les initiés, comme le Tibet ou la tarte à la cerise.
C'est un casting devenu légendaire, dont certains ont continué chez Lynch par la suite (voyez Sailor et Lula).
C'est, visuellement, un univers très fort, à base de drap rouge tendu au-dessus d'un carrelage en échiquier, de nains qui parlent à l'envers, de chutes d'eau, de virées nocturnes en voiture qui tournent mal, de directeur d'hôtel ricanant, un cigare à la main.
C'est aussi une saison 2 qui partait bien en cacaouette, troquant la trame narrative du premier pour une collection d'instants loufoques sans grande unité, et puis il y avait cette horrible chemise de bûcheron que Dale Cooper avait choisi de porter.
Et donc, à un moment, Laura Palmer, la victime de la saison un, disait à Dale Cooper : "On se reverra dans 25 ans". Donc les fans regardaient de près s'il y aurait une saison 3 en 2017.
C'est le cas, mais retrouve-t-on l'esprit de la première saison dans cette saison 3 ?
Non.
Je viens de regarder le premier épisode. Quelques remarques à la volée.
C'est très lent. Je n'ai jamais vu une série au rythme aussi lent. C'est le premier point qui frappe, et sans doute celui qui restera le plus dans les annales.
Le prologue semble un pastiche de Lynch : pièce vide, noir et blanc, un homme à la gueule inquiétante lance des regards significatifs à Kyle Mclachlan tout en prononçant des mots sibyllins avec un accent étrange. Il ne manque qu'un nain ricanant.
Finalement, les plans qui m'ont le plus marqué sont ceux sur les gratte-ciel new yorkais de nuit, filmés avec une sorte de majesté sublime.
La série n'a pas encore d'identité visuelle : les scènes d'enquête ne se démarquent pas d'une bonne série actuelle classique, genre True Detective ; l'histoire du dispositif qu'il faut surveiller ressemble à un remake de Mulholland Drive. A côté, il y a quelques scènes à Twin Peaks, avec les vieux acteurs, qui retranscrivent bien l'ambiance de l'époque mais n'ont aucun lien avec le reste, ni en termes scénaristiques, ni en termes d'ambiance.
Pour l'instant, rien de notable, donc, et une série terriblement lente.
Bon, je retire ce que j'ai dit. L'épisode 2 reprend un peu là où s'était arrêté la deuxième saison, et le début de l'épisode 3 est à couper le souffle. C'est un montage incroyable. Je garde tout de même des réserves concernant la trame narrative. Il y a un nain, mais bon.
Episode 4 : Naomi Watts !
Epissode 7 : Harry Dean Stanton ! Laura Dern ! Le casting lynchéen est au rendez-vous !
Ep. 8 : Nine inch nails ! Ep. 14 : Monica Bellucci ?
Une réflexion en voyant le générique : à croire qu'on a recréé les crédits du premier juste pour dire aux fans : regarde, tout le monde est là, rien que pour toi. Tu vois, rie n'a changé. Mais c'est un leurre.
Fin de mes premières impressions éparses lors du visionnage en 2017.
Vraie critique : Nous sommes en 2026, Arte propose l'intégrale de la série. J'ai donc pu visionner la saison 3 en ayant bien en tête les deux premières saisons (je l'ai fait découvrir à deux personnes qui sont tombées sous le charme), j'ai aussi revisionné Fire walk with me et pour la première fois The missing pieces, collection (indispensable pour aller au fonds !) de FWTM.
Surtout, depuis, j'ai vu cette fameuse vidéo de 4 h 30 de décryptage que je ne peux que recommander et à laquelle je souscris. Et je viens de la revisionner ce matin au terme de mon voyage. (Je n'ai vu que des extraits de la version européenne du pilote, des introductions de la femme à la bûche et je n'ai pas lu les livres de Mark Frost).
La saison 3 est clairement une oeuvre-somme de Lynch. On y retrouve tous ses acteurs préférés, des hommages à ses films préférés (Sunset Boulevard, Le violent, les films de Tati), mais aussi des allusions à toute la palette du cinéaste, d'Eraser Head à Mulholland Drive en passant par Lost Highway.
L'ambition de cette saison 3 est démesurée et on ne peut que saluer le tour de force, à la fois d'avoir repris un fil 25 ans après, en restant fidèle aux jalons qu'a posé FWTM pour arriver à une conclusion qui n'est pas une closure. Je ne peux parler que de manière codée car Twin Peaks est une série qui repose sur des codes qu'il faut arriver à percer, même si cela demande juste de l'attention.
J'ai du respect pour la complexité de la tâche et le travail que cela a demandé en amont, pourtant je ne peux dire que le résultat soit enthousiasmant (mais pouvait-il l'être ?). Il a le mérite, pour celui qui sait voir, d'offrir un commentaire acerbe sur l'état des médias, et par-delà de la société, par un homme né dans l'immédiat après-guerre.
9 ans après le premier visionnage, je me souvenais tout de même de beaucoup d'éléments même si beaucoup des intrigues autour du double de Cooper m'avait échappé. Mais je n'avais pas oublié ce final incroyable et marquant.
Il n'empêche que le plaisir que prendra le spectateur au visionnage de cette oeuvre se trouvera davantage dans un visionnage innocent que dans une analyse serrée. Ou alors ce plaisir sera purement intellectuel.
En même temps, ma copine préféré la saison 3.
Essayer de comprendre Twin Peaks n'est pas une mince affaire. A vous de voir si vous êtes prêts à monter cet Everest. Mais il y a plus stupide comme activité.