Unorthodox est le récit de la fuite d’une jeune juive de sa communauté ultra-orthodoxe de New-York, mais peut parler à tous, car c’est avant tout un récit universel d’émancipation et de liberté individuelle. Esty vient d’une communauté hassidique avec énormément de règles et de contraintes, en particulier pour les femmes. Sa destinée se résume à servir un mari, sans éducation, sans désirs propres autres que la famille et les tâches domestiques, et plombée par une culpabilité omniprésente.
Le gros intérêt de la série est bien la partie new-yorkaise, soit la mise en scène des extrémismes religieux, et la fuite — la série pourrait être un film et s’arrêter à l’aéroport. S’allonger en mini-série avec la partie berlinoise, fictive, est plus un artifice qui permet d’équilibrer le ton, d’être plus positive. Le duo Yanki-Moishe offre plusieurs scènes grinçantes. Mais cette partie est également plus clichée. Je trouve que tout l’accueil d’Esty à Berlin ressemble à un joli rêve un peu facile. Je ne dis pas que c’est impossible, mais on rencontre rarement autant de bienveillance quand on débarque dans une ville inconnue sans repère, bagage ni argent. Le personnage de Moishe est très caricatural, il incarne LE méchant : il boit, il fume, va aux putes, joues aux jeux d’argent, menace, intimide.
Malgré le trait forcé sur certains passages, l’histoire d’Esther Shapiro nous touche forcément, en grande partie grâce à l’actrice Shira Haas. Menue, timide, dans la retenue, on ressent dans tout son être la rigidité de son éducation. Son physique différent des autres femmes de la communauté accentue également ce rejet réciproque. Car la communauté hassidique blâme également Esther pour sa différence, pour son incapacité à accepter et remplir les standards attendus d’elle. On retiendra d’Unorthodox un aperçu terrifiant et encore vivace des carcans religieux extrémistes.