Vikings est probablement l’une des rares séries historiques capables d’être à la fois spectaculaire, sale, poétique et profondément mélancolique. Plus qu’une série sur les conquêtes, c’est une immense fresque sur le désir, la foi, la jalousie, le pouvoir… et la solitude.
La relation Ragnar / Rollo reste le cœur battant du récit. Deux frères qui s’aiment autant qu’ils se détruisent. Ragnar avance avec cette fatigue étrange des hommes qui voient déjà plus loin que leur époque. Rollo, lui, reste prisonnier d’un besoin presque tragique : exister enfin pour lui-même et plus seulement comme “le frère de”. Toute leur relation repose sur cette blessure-là.
Et puis il y a Floki. Sans doute le personnage le plus libre et le plus bouleversant de la série. Mystique, génial, instable, parfois ridicule, parfois terrifiant. Il ressemble à un homme qui parle encore aux dieux dans un monde qui commence déjà à ne plus y croire.
Mais ce qui donne à Vikings sa vraie profondeur, ce sont les femmes. Elles ne sont jamais là pour accompagner les hommes ou remplir des fonctions narratives. Elles portent la série autant qu’eux. Lagertha évidemment, immense personnage, probablement l’une des figures féminines les plus réussies de la télévision moderne : guerrière, mère, amante, chef politique… mais surtout femme libre dans un univers qui cherche constamment à l’enfermer.
Aslaug est fascinante aussi. Plus trouble, plus silencieuse, presque magique parfois. Elle comprend les failles des hommes avant eux-mêmes. Judith évolue dans quelque chose de plus intérieur, plus religieux et plus dangereux. Helga apporte une douceur tragique au milieu de toute cette brutalité. Même les personnages secondaires féminins semblent écrits avec une vraie complexité émotionnelle, ce qui est devenu rare dans les grandes séries historiques.
Et puis il y a cette bande-son. Ce générique. Dès les premières notes de If I Had a Heart de Fever Ray, on comprend qu’on entre dans quelque chose de presque hypnotique. La musique ne sert pas juste à accompagner les scènes : elle crée un état. Une sensation de fin du monde lente et magnifique. Certaines séquences deviennent presque des rêves sous transe.
Malgré quelques longueurs dans les dernières saisons, Vikings reste un immense chef-d’œuvre télévisuel. Une saga noire et lumineuse à la fois, où chaque personnage semble avancer vers sa propre disparition avec une dignité étrange.