Premier problème : les personnages
C'est quand même un record dans la nullité d'avoir une série dans laquelle se croisent autant de personnages et de faire en sorte qu'aucun ne soit intéressant ou attachant. Beaucoup de personnages mauvais (loyal mauvais, chaotique, mauvais, neutre mauvais pour reprendre les codes du jeu vidéo), d'abrutis, d'imbéciles, de faibles, de minables, de calculateurs, attirés par le pouvoir, la domination, la violence. Face à cette lie de l'humanité, déclinée sur le mode préférentiellement masculin mais aussi féminin, quelques naïfs/naïves (neutre bon, loyal bon) qui ont tôt fait de troquer leur gentillesse pour une soif de vengeance et de justice "vengeresse" et venir grossir le rang des abrutis susnommé qui tuent sans réfléchir, mais avec une nuance en plus : eux c'est après avoir réfléchi et c'est "pour une bonne raison".
Déprimant. Et le cadre du Western ne vaut pas excuse pour un tel déchaînement de violence gratuite filmée avec complaisance.
Les scénaristes ont-ils eu la prétention de nous offrir un "portrait" de l'humanité ? À coups d'argument spécieux du style "on a voulu être fidèle à la réalité" "les gens/les joueurs sont comme ça, sisi" ?
Qu'ils ouvrent les pages de quelques romanciers comme Dostoïevski, Hugo, Zola - Hemingway, Conrad ou London si notre langue les rebute - ils verront (peut-être) comment on peut créer des personnages dont la richesse leur permet de porter à eux seuls une histoire. Ici c'est l'inverse absolu : des dizaines de PJ/PNJ qui ne portent que dalle.
Veulent-ils s'inspirer de la réalité et laisser de côté les personnages de roman ? Qu'ils ouvrent un dictionnaire à la page hommes / femmes célèbres ils y trouveront des vies infiniment plus complexes, profondes, riches, aventureuses, surprenantes, guidées par autre chose que la petitesse, le goût de la violence et cette soif de pouvoir qui caractérise 99,9% de leurs persos.
Second problème : l'histoire
L'idée de départ est géniale, presque visionnaire sur ce que pourrait devenir le jeu vidéo et le goût pour la réalité virtuelle poussée à son paroxysme. Mais hélas, les réalisateurs prennent bien vite des libertés avec elle, quitte à tordre toute cohérence qui fait la force d'une histoire, même de science-fiction, faut-il le préciser. Je ne vais spoiler en énumérant le nombre de "lapins sortis du chapeau" qu'ils nous font tout au long de la première saison - après laquelle je me suis arrêté. Je sais que c'est une technique du genre. Quasiment toutes les séries y ont recours, mais ce n'est hélas pour moi pas une raison, plutôt une marque évidente de manque d'imagination et de faiblesse d'écriture :
"alors oui en fait on dirait que machin, eh bien il est pas ce qu'on croit et qu'il croie qu'il est. Et puis bidule eh bien en fait elle avait été créée avant et que personne il le sait..."
OK. OK. On multiplie les "coups de théâtre" pour se faire plaisir et jouer avec le spectateur, et cela devient parfaitement ennuyeux.
À cela s'ajoute problème plus grave, celui de la cohérence, car la condition pour rendre cet univers crédible, c'est qu'il soit cohérent. Même "Alice au pays des merveilles" est parfaitement cohérent. C'est ce qui fait sa force et son charme. Si Lewis Carol s'était contenté d'écrire ce qui lui passe par la tête, il n'aurait été qu'un écrivain ennuyeux.
Par exemple on a des PNJ qui sont suivis, manipulés, scénarisés par une équipe. OK, cool, pourquoi pas. Et puis à partir du huitième épisode, on a la tenancière du bordel qui entre en mode résistance et qui fait ce qu'elle veut dans l'univers, modifie l'histoire, a des réactions incongrues, met le monde en pause sans que personne ne le remarque, alors que trois épisodes auparavant, dès qu'elle bronchait d'un cheveu, tout le monde paniquait et qu'on l'envoyait illico en maintenance.
Autre incohérence, le fait que les "invités" ne puissent pas mourir. C'est surprenant d'avoir fait ce choix de la part de scénaristes qui disent s'être inspirés de jeux vidéo, car ce qui fait la motivation d'un jeu, c'est de pouvoir perdre la partie. Ce qui fait que des joueurs s'accrochent à leur personnage, c'est qu'ils peuvent le perdre. Dans ce jeu où l'invité est roi au point qu'il ne peut rien lui arriver, je ne vois pas comment des "joueurs" pourraient s'investir et prendre du goût à des aventures sans le moindre challenge, dans lequel ils font certes ce qu'ils veulent, mais sans risque et sans que ça leur coûte. Un duel que l'on gagne à tous les coups, qui aura envie d'en faire à part Clint Eastwood ?
Épisode après épisode l'histoire part dans tous les sens, multiplie les incohérences et les fautes graves...et le jongleur ne rattrape plus ses balles.
Pour moi ça veut dire la fin du spectacle.