Widow's Bay
7.5
Widow's Bay

Série Apple TV (2026)

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Tom Loftis (Matthew Rhys) est le maire de la petite île de Widow's Bay, qui souffre de son manque total d'attractivité, les habitants de l'île préférant souvent mettre l'accent sur la malédiction dont elle serait victime. Tom se démène pour rendre l'île touristique, mais se heurte à l'hostilité et l'incompréhension des habitants. Il ne baisse pas les bras pour autant, mais quand les diverses légendes de l'île commencent à prendre vie et à la hanter, le maire se rend compte que la tâche va être plus ardue que prévue...




Peut-on vraiment réussir à rendre hommage à Stephen King et au monde de l'horreur en général sans basculer dans la redite, voire en faisant preuve d'originalité ? King lui-même s'étant parfois largement répété et les poncifs du genre ayant été usés jusqu'à la corde, on avouait en douter un peu... jusqu'à ce qu'on découvre la formidable Widow's Bay. Pourtant scénarisée par Katie Dippold dont je ne connaissais que les méfaits au cinéma (les plus mauvais films de Paul Feig, en gros... et le sympathique remake du Manoir hanté, sorte de préfiguration familiale de Widow's Bay), la série allie les genres avec un génie qu'on avait rarement trouvé ailleurs.

Dippold a en effet compris ce que peu d'artistes dans le domaine ont compris : l'horreur et l'humour fonctionnent sur le même mécanisme. Pour réussir un film d'horreur, l'artiste doit absolument créer une complicité avec son spectateur, qui n'est pas sans rappeler celle que l'humoriste essaye de créer avec son public. C'est ce qu'un James Wan a compris, et derrière la façade terrifiante de ses Conjuring et Insidious, il ne cesse de faire des clins d'œil au spectateur, comme s'il nous disait sans cesse : "Tu ne t'y attendais pas, à celle-là, hein ?". Mais un de ceux qui l'a le mieux théorisé, c'est Drew Goddard dans l'excellent La Cabane dans les bois. Déjà, le film porté par le formidable duo Richard Jenkins/Bradley Whitford s'amusait à multiplier les références au genre dans un ride digne du meilleur des trains fantômes, dont les sensations étaient renforcées par un second degré hilarant et salvateur.


C'est exactement ce que Katie Dippold cherche à faire ici. Elle choisit toutefois une voie moins détournée que Drew Goddard en ne situant pas l'intrigue sur deux plans distincts mais en restant dans une approche plus littérale de ses mythes. Si l'atmosphère d'étrangeté monte très progressivement, l'humour s'établit dès les premières minutes de la série. Dippold et son équipe posent ainsi rapidement les codes de Widow's Bay : on va rire du début à la fin. Jamais, au cours de ces dix épisodes, l'humour ne retombe. Il prend parfois des formes plus cruelles ou ironiques, mais il reste constamment là, au fond, comme un ami rassurant.

Quant à l'horreur, Dippold fait un choix aussi payant que frustrant : jamais (ou presque) celle-ci ne sera révélée de manière vraiment frontale. Cela garantit à la série une sobriété de très bon aloi, et c'est certainement pour le mieux. Mais... on avoue qu'on aurait préféré que la scénariste ose aller un peu plus loin plutôt que de se protéger derrière le très commode paravent de l'horreur psychologique.

Tout ça fonctionne bien, certes, mais arrivé à l'épisode 10, on se dit qu'on aurait quand même aimé être confronté à des formes d'horreur un peu moins consensuelles, ou juste que celles déjà présentes nous aient un peu plus secoué (même l'épisode réalisé par Ti West). Il est vrai que certains épisodes ont bien rempli leur part du contrat (l'épisode 4 et sa soirée qui tourne mal, ou l'excellent hommage de l'épisode 8 au slasher), mais dans l'ensemble, l'horreur aura souvent été plus suggérée que montrée. Petit regret, principalement, sur l'épisode 7, qui nous emmène en haute mer, qu'on espère voir devenir un petit cauchemar à la Dredge... et qui n'en fait finalement rien.

Cela dit, la fin de la saison 1 nous apporte d'énormes promesses pour la suite, et on espère que la saison 2 sera à la hauteur.


Comme toute série qui se respecte, Widow's Bay trouve une de ses plus grandes forces dans ses personnages. Qu'il s'agisse de Tom, Patricia ou Wyck (en gros, les trois principaux), chaque personnage exploite à fond tant son potentiel comique qu'émotionnel. On a ri des outrances de chacun d'eux à un moment où à un autre, mais on a aussi ressenti leur profonde détresse quand il le fallait. En cela, l'écriture se montre particulièrement subtile, en sachant manier tous les clichés du genre, incarnés par ces différents personnages, qu'en réussissant à les détourner ou simplement à leur donner de la profondeur. Il faut dire aussi que les formidables Matthew Rhys, Kate O'Flynn et Stephen Root ne sont pas pour rien dans l'attachement qu'on porte aux personnages qu'ils incarnent. À ce titre, d'ailleurs, on ne peut que saluer le soin accordé à chaque personnage, même le plus secondaire, comme en témoigne un épisode final qui remet au premier plan un personnage qu'on croyait être juste un amusant sidekick et qui devient le cœur émotionnel d'un des dilemmes les plus déchirants qu'il nous ait été donné de voir dans une série.


Si la montée en puissance du scénario intervient relativement tard dans la saison (en fait, les épisodes 9 et 10), Widow's Bay aura impressionné par sa capacité à rester constamment au même niveau, sans jamais faire retomber le soufflé, par exemple en milieu de saison. Au lieu de cela, la série de Katie Dippold se renouvelle constamment, faisant appel à différentes mythologies toutes issues de l'horreur et relevant toutes du fantastique (hormis des morts qui ressortent de leur tombe, on ne voit aucune créature merveilleuse, même si leur présence peut être suggérée), pour nous offrir un voyage de première classe en train fantôme. Si on attend de la saison 2 qu'elle muscle un peu son jeu en termes d'horreur (c'est probablement prévu), on aura profité à fond de ces tranches d'humour, de frisson et d'émotion qui font tout le sel de Widow's Bay. Et on attend déjà avec impatience la saison 2, dont on espère qu'elle saura maintenir le niveau, tout en souhaitant à Katie Dippold et son équipe de prendre le temps. Le temps de nous remettre d'un des twists les plus dévastateurs qui nous ait ainsi secoué dans une série...

Tonto
9
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le 17 juin 2026

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Tonto

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