Yellowstone propose une actualisation intéressante du western, en transposant les mythes de la conquête de l’Ouest dans l’Amérique contemporaine. Les premières saisons sont convaincantes, réinterprétant avec maîtrise les thèmes classiques du genre (la terre, la violence, l’honneur) à l’aune du XXIème siècle. Les enjeux ne sont plus ceux des pionniers face à des territoires vierges, mais ceux d’une famille influente, les Dutton, luttant pour préserver son empire territorial et son style de vie face aux spéculateurs, aux politiques et aux autochtones. Le rapport de force a également évolué : le cow-boy n’est plus le héros solitaire sur une terre sauvage, mais un magnat terrien, à la fois protecteur et prédateur. Idem pour les autres figures emblématiques du western, comme les Amérindiens en costume/cravate qui exploitent des casinos en tentant de regagner leurs terres ancestrales.
La série s’inscrit dans la lignée des sagas familiales américaines grand public à la Dallas, avec pour ambition de déconstruire l’un des mythes fondateurs des États-Unis, celui du cow-boy, symbole d’une Amérique à la fois sauvage et civilisatrice. Yellowstone interroge cette dualité en montrant comment la violence, la corruption et le capitalisme ont façonné, et continuent de façonner, l’identité du pays. Le thème civilisationnel est omniprésent : qui a le droit de posséder la terre ? Qui décide de son avenir ? Entre tradition et modernité, la série pose des questions toujours actuelles qui résonnent comme un écho des luttes historiques. Le générique réussit à capter tout cela, condensant avec style l’essence de l’ensemble.
Hélas, la série peine à maintenir son élan sur la durée. Le scénario devient répétitif, tournant souvent en rond d’une saison à l’autre : conflits fonciers, trahisons, règlements de comptes… Bref, les intrigues manquent de renouvellement, comme si les scénaristes s'étaient trop reposés sur les codes du genre sans les réinventer suffisamment. La série bascule alors de plus en plus dans le cliché, célébrant une Amérique profonde, blanche et conservatrice, sur fond de musique country. Un portrait crépusculaire mais qui a quelque chose de subversif dans un paysage audiovisuel dominé par le wokisme.
L’évolution de certains personnages est également problématique, à l’image de l’imprévisible Beth. D’abord fascinante par son cynisme et son intelligence, elle finit par devenir une caricature d’elle-même, en en faisant des tonnes jusqu’à devenir insupportable dans les dernières saisons.