Illustration Cinéphile (2020)

Les meilleurs films de 2020 selon Toshirō

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par Toshirō est une réponse au sondage Les meilleurs films de 2020
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    Invisible Man (2020)

    The Invisible Man

    2 h 05 min. Sortie : . Épouvante-Horreur, science-fiction et thriller.

    Film de Leigh Whannell avec Elisabeth Moss, Oliver Jackson-Cohen, Harriet Dyer

    Première réaction, à chaud et donc un brin exagérée : l'impression que Hitchcock aurait simulé sa mort, et trouvé le moyen de se rendre invisible durant des décennies, pour finalement signer ce film, sous le pseudo de Leigh Whannel...

    Blague à part, entre le perso de faux coupable, la maison, son cadre et son architecture particulière, la scène du couteau qui accuse la propriétaire de la main dans laquelle il atterrit comme par magie, et plus généralement cette direction du regard du spectateur, il y a de quoi penser que le réalisateur du déjà très sympa Upgrade a étudié Hitch.

    Et c'est sans parler cette idée assez géniale, consistant à utiliser le concept de l'homme invisible pour donner une forme de pur cinéma au parcours post-traumatique d'une victime de maltraitance, et au-delà au fameux male gaze. Un male gaze qui devient une sorte de panoptisme terrifiant, une prison de la transparence d'abord (avec cette antre du cyclope remarquablement mise en scène dans le prologue), et puis une menace à la fois nulle part et partout à la fois, parce que hantant métaphoriquement et littéralement Cecilia.

    Ou comment reformuler le mythe de l'homme invisible au croisement de Mabuse et de The Thing (sa première partie, quand la chose est à la fois dans l’œil de la caméra flottante de Carpenter, et partout dans l'image), le tout au prisme du regard de la victime, hantée par son trauma comme par un fantôme. En terme d'articulation entre son concept de genre et ce qu'il s'agit de raconter, on tient là quelque chose d'assez remarquable, très organique, pour un résultat semblant "évident - ce qui n'a rien de facile à produire !

    Et puis il y a l'exécution, à peu près aussi sobre qu'efficace et percutante (cet usage du motion control, bon sang !). Soit les qualités de la série B affutée d'un côté, et la profondeur de cette forme pleine de sens de l'autre. Whannel semble d'ailleurs savoir son projet assez parlant en lui-même pour ne pas se sentir obligé d'en rajouter des couches en commentaires dialogués. C'est à peine si la question du viol est abordée, et pourtant elle est là, partout, diffuse.

    La menace potentielle que représente le corps d'un homme pour une femme se révèle alors dans toute son ampleur, et paradoxalement par son effacement. A l'inverse, redevenu visible, l’antagoniste déçoit presque, ce qui est parfaitement cohérent dans le parcours de Cécilia, un exorcisme presque.

    Petit manque de puissance vers la fin sinon, qui passe derrière Gone Girl aussi...
  • 2
    Bande-annonce

    Madre (2020)

    2 h 09 min. Sortie : . Drame et thriller.

    Film de Rodrigo Sorogoyen avec Marta Nieto, Anne Consigny, Alex Brendemühl

    On dira que je suis un peu obsessionnel mais, une fois de plus après Parasite, je vois ici Entre le ciel et l'enfer de Kurosawa. Enfin ici dans le prologue, lequel est apparemment, à la base, un court-métrage de 2016 que Sorogoyen aura fini par compléter, d'une façon pas franchement à la Kurosawa d'ailleurs, mais il y a bien cette coupure et cette façon de presque recommencer son film après celle-ci.

    Donc du tendu et confiné d'abord, avec un usage du combo grand angle/plan séquence comme j'aime : c'est l'apocalypse dans la vie d'une mère qui se voit arrachée hors-champ, en gros, sa raison de vivre. Et puis l'après, et ce gros vide que le grand angle, encore, exprime si bien dans ses paysages si... heu, expressifs, genre tableau romantique, mais pas non plus grossièrement symbolique comme ça a pu être dit. Enfin pas pour moi en tout cas. Puis la photo est vraiment chouette. Et l'histoire des deux émotifs anonymes d'être traitée de la même façon, sur une espèce de ligne de crête se gardant bien de tomber dans tous les travers que cette histoire pourrait appeler. Et on les voir venir, tous ! Mais non, tombe pas !

    Pis le reste, ben, faut avouer, j'étais tellement à fond avec le personnage d'Elena que j'ai un peu de mal en dire quelque chose de pertinent, si ce n'est que l'empathie était maximale. Et que, décidément, ces personnages dont les émotions peinent à s'épancher, alors même que le film n'est que ça, une sorte de mélo mais en mode mineur, voire souterrain, bah, ça s'imprime en moi assez fort. Pour le dire grossièrement, on est passé de Kurosawa à Naruse. Chapeau pour ça.

    Juste pour dire, sinon, comme ça : niveau structure presque musicale, je veux dire dans l'encéphalogramme des hauts et bas de tension, c'est assez proche d'El Reino, enfin en tout cas dans la gestion des climax émotionnels, qui arrivent à peu près au même moments que ceux de tension d'El Reino. Peut-être aussi du fait de l'usage du plan séquence dans ces moments. Mais bon, on sent une vraie patte de storyteller alors que les films s'opposent sur presque tous les autres plans.

    Très beau film donc. Et je dis ça alors que j'ai du mal, d'habitude, avec le jeu à la française, mais pas trop là, bizarrement. Le Call Me By Your Name de cette année de merde ?

    Vivement le prochain Sorogoyen en tout cas !
  • 3
    Bande-annonce

    Uncut Gems (2020)

    2 h 15 min. Sortie : . Thriller et drame.

    Film de Joshua Safdie et Benny Safdie avec Adam Sandler, Julia Fox, Idina Menzel

    Ahhh, la polysémie d’une pure image de cinéma : soit cette béance dans laquelle s’engouffre la caméra des Safdie, puis en ressort, pour au final y replonger, vers l’infini et bla bla bla. D’abord trou de verre permettant un raccord spatio-temporel de l’Ethiopie de 2010 au NY de 2019, puis colon métaphore du mal qui ronge Howard, l’homme 2 fois trou d’balle, incontinent verbal et argentifère (cf. le rôle de sa fille au théâtre), et enfin porte ouverte sur le mystère (proprement cosmique) de l’appât du gain au fondement du capitalisme.

    Principal enjeu du film : tenter de suivre Howard et sa façon de miser au carré voire au cube sur l’argent qui passe (et ne fait jamais que passer !) entre ses mains. Le mec ne capitalise pas, il fait des montages financiers, tous plus virtuels les uns que les autres, et des étoiles dans les yeux à chaque fois. C’est aussi un junky incurable doublé d’une anguille, capable de glisser entre les pognes de tous ses créditeurs aux trognes du cru bien vénères, lors de scènes aux joutes verbales tous azimuts, au centre desquelles il siège pourtant tel trou noir, avalant tout, retournant tout à son avantage, enfin toujours temporairement...

    Autant dire que le truc est assez épuisant : sorte de survival dialoguiste qui, lorsque qu’il se pose enfin dans une simili unité de lieu et de temps (lorsqu’Howard tente de bloquer sa mise et ses adversaires le temps nécessaire à un pari), trouve le moyen de démultiplier son action par trois. Au montage parallèle entre le bureau d’Howard et son amante missionnée à l’autre bout de la ville s’ajoute ainsi le match de basket sur lequel toute l’opération repose.

    Puis cette fin, retournant une dernière fois le film comme une chaussette tout en bouclant notre voyage sous amphet' dans le terrier de l'Oncle Sam. Ou les fondations psycho-sociétales malades des USA, et notamment son mythe fondateur : le self made man misant sur sa bonne étoile contre vents, marées et principe de réalité s’il le faut !

    Le reste relève des qualités habituelles des Safdie : du cinéma façon cocotte-minute, petit miracle de narration de par la quantité de matière en ébullition (cette fois dans un 35 mm presque sobre signé Darius Khondji) que parvient à juguler le montage de Ben Safdie et Ronald Bronstein - le 3e membre trop peu cité de la Safdie team, aussi au scéario avec les frangins. Docu, impro, BO, photo et casting complètent la liste des louanges.

    Peut-être un peu long ceci-dit.
  • 4
    Bande-annonce

    Le Cas Richard Jewell (2020)

    Richard Jewell

    2 h 11 min. Sortie : . Biopic, drame et policier.

    Film de Clint Eastwood avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates

    Un bureau de redac'chef, des stores vénitiens, et, en contre-champ, le visage d'Olivia Wilde zébré par cette alternance d'ombre et lumière. Ou comment Dirty Clint réinvestit un vieux motif de film noir pour portraiturer le système médiatique ricain moderne, non plus comme 4e pouvoir, tuteur vigilant de la plus vieille démocratie du monde, mais comme désormais 1er pouvoir passant le "réel" au filtre d'un principe binaire, manichéen, celui qui fait du bruit, puis ensuite faire son taf. Mais trop tard, le "sur-réel" a déjà remplacé le "réel" façon bodysnatcher.

    De quoi revoir et corriger le comon man à la Capra, désormais soit "saint", soit "savage", en tout cas toujours caricature. Enfin sans compter le sens de la nuance du vieux libertarien, l'esprit critique toujours aussi virulent, y compris vis-à-vis de son anti-héros - quand bien même il le dépeint avec la plus grande tendresse. Autant dire qu'une fois encore, Eastwood appuie là ou ça fait mal : ce monde des images à travers lequel chacun voit l'autre dans une version dégradée OU sublimée, matrice et machine à créer du fantasme, toujours plus de fantasme, du KABOOOM, sans lequel on s'emmerde grave.

    Face cette logique hystérique et à œillères, redoutablement incarnée par le personnage d'Olivia Wilde (un vrai perso de ciné !), Eastwood pose celui de Paul Walter Hauser : son corps de nounours, son zèle flippant, sa naïveté dangereuse, et sa gentillesse dont on ne sait que faire. Va donc te situer par rapport à ce mec ! Et puis, il y a Sam Rockwell, par lequel Eastwood s'exprime sans doute le plus. Soit moins par des grands discours que par des remarques aussi cinglantes que pertinentes. Le comon sens de la tradition, transformé en venin. Bref, du classique, mais comme repolie/aiguisé au contact du contemporain.

    A ce titre, il faut remarquer la photo (quasi fincherienne) et les mouvements d'appareil d'Yves Bélanger. On est pas loin de The Papers de Spielby. En tout cas Eastwood à clairement en tête le cinéma de Pakula. Puis cette obsession d'Eastwood : l'impossible adéquation entre l'homme et ses images. Lesquelles pèsent ici une tonne sur le dos d'un mec qui, dans un autre contexte (au hasard, l'Allemagne des années 30) aurait peut-être porté avec fierté un autre genre de tuniques brunes... De quoi relire d'une assez étrange façon l'expression "être au bon endroit au bon moment"...

    Donc, voilà. Comme d'hab' avec Dirty Clint, un film qui laisse son spectateur penser, pour le pire et le meilleur.

  • 5
    Bande-annonce

    Les Filles du docteur March (2020)

    Little Women

    2 h 15 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Greta Gerwig avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh

    Pas trop ma came de base - d'où cette note modeste pour un film relativement plaisant au final. La note d’intention énoncée par la plume de l'auteur ici ré-adapté est respectée : dans sa "dialectique" avec le drame, la gaieté l'emporte d'une courte marge. La vitalité, l'optimisme et d'une certaine façon (méta) la fiction sur le réel aussi. Une très légère saveur douce-amère demeure, mais l'idéalisme est plus fort que tout (y compris la photo, qui manque de caractère à mon goût !).

    La vie de cette famille paraît une bulle hors de son époque, ce qui est évoqué un moment : la bonté et l'exemplarité de ces gens auront fleuri grâce à l'entretien de Mamy la rentière ! Constat auquel il faut ajouté la situation "géographique" : Concorde, Massachusetts, la ville d'Emerson, pape de la philosophie ricaine, qui se sera constituée dans le Nord-Est des USA, sa bourgeoisie, sa culture européenne, son sentiment d'infériorité vis-à-vis de cette même Europe, à peu près équivalent à son élitisme intellectuel vis-à-vis du reste du pays (un peu comme comme la scène artistique newyorkaise avec Hollywood...).

    Du coup c'est rayonnant, presque trop à mon goût, tant j'ai l'impression de voir du anti-dickens, ou du Sofia Coppola. Sous des airs de classicisme, le film de Greta Gerwig demeure en fait dans la lignée d'une certaine culture indie branchouille. Lady Bird ? Assurément ! Avec cette même confrontation entre arrogance culturelle et réalité matérielle Ce qui n’empêche pas la narration d'emporter le morceau via un découpage, souvent pertinent (y compris quelques jolis raccords), d'autres fois un peu agaçant, mais assez systématique à la longue. Puis il y tout ce truc autour de l'écriture, raison d'être de Jo et cœur vibrant du film !

    Ce qui parle le plus ici, ce sont les acteurs. On sent a quel point Gerwig aime cette espèce. Et sa troupe le lui rend bien, de même que le montage de chaque scène les met en musique, en quelque sorte. Du coup force est de le dire : Ronan, Chalamet, Derne et surtout Pugh font un sacré taf (j'en dirais pas autant de Watson). Ceci dit, gare à la redite : Ronan comme Chalamet le font peut-être avec une petite cuillère en argent, mais ils creusent un même sillon depuis maintenant quelques temps. J'dis ça, j'dis rien. Pugh, en revanche, témoigne à mon sens d'une palette allant en grandissant. Puis niveau charisme, c’est moins papillonnant mais plus concentré, et puissant !

    Quant à Gerwig, on va continuer à suivre sa carrière, tranquiloubilou.
  • 6
    Bande-annonce

    Jojo Rabbit (2020)

    1 h 48 min. Sortie : . Comédie, drame et guerre.

    Film de Taika Waititi avec Roman Griffin Davis, Taika Waititi, Scarlett Johansson

    Évacuons tout de suite les références, histoire de trianguler le truc : il y a du Roberto Benigni, du Wes Anderson et du Allemagne Année Zéro dans ce Jojo Rabbit moins subversif mais aussi plus pensé et sincère qu'il en avait l'air dans sa promo.

    Enfin, subversif... franchement, on commence à le connaître le numéro. Je n'attendais en tout cas pas un truc politiquement incorrect, et le film ne l'est pas. Ce qu'il est en revanche, c'est une sorte de fable enfantine, un équivalent de certains albumsr acontant l'Histoire des Grands tout en essayant de préserver, au moins jusqu'à un certains point, l'innocence des petits. Le film pourrait en tout cas fournir un bel outil de travail aux profs...

    Là où ça devient intéressant, c'est que la monstruosité à ici élue domicile dans l'innocence de Jojo. C'est un enfant de son âge qui interprète le mythe du "Jude maléfique" comme celui des Trolls, Croquemitaines et autres Ogres de contes. Occasion pour Waititi de pasticher les codes de l'horreur tout en démontant malicieusement la mythologie nazie, moquée façon dessin de presse - autrement dit avec une éloquence qui rend superflue toute dissertation.

    Et puis... paf ! Au milieu du film, une paire de chaussure entre dans le champ par là où la vie qui les habitait s'est envolée... Et hop, sans filtre aucun cette fois (sauf la cruelle délicatesse de la mise en scène, toute en litote et métonymie), le monde des Grands fait une percée bien traumatisante dans l'univers de BD de Jojo. La suite du film perd en personnalité ce qu'il gagne en 1er degré. La deuxième partie éclairant rétrospectivement la deuxième, comme s'il s'agissait de nous montrer ce qu'on avait sous-estimer et pas assez chéri. Derrière la malice, la tendresse. Et l'Histoire, une histoire.

    Des personnages en or donc, ainsi qu'une écriture plus mature qu'il n'y parait. Reste bien sûr quelques lourdeurs (de style, qq tropes bien hollywoodiens) vers la fin. De même les emprunts à Wes Anderson posent question... Mais pour le reste, à mes yeux, le coté bulle dialoguant avec le réel et le traitement des nazis ne posent pas problème. Tout vient du point de vue en évolution du gosse, qui désapprend un manichéisme pour ne pas retomber dans un autre.

    Puis Shitler en amis imaginaire/rock star/superman/statue à déboulonner pour grandir : quel putain d'idée ! Si seulement les prétendus adultes qui voient en lui LE MAL seul responsable de la WWII pouvaient en faire autant. Le négationnisme à de nombreux visages.
  • 7
    Bande-annonce

    Relic (2020)

    1 h 29 min. Sortie : . Drame et Épouvante-horreur.

    Film de Natalie Erika James avec Emily Mortimer, Robyn Nevin, Bella Heathcote

    Un peu de Shining et d'Alice, un soupçon d'Inferno, quelques goutte de bave d'Aliens, le tout sans trop de moyens mais avec de l'idée, du vécu (enfin je suppose) et une certaine maitrise dans la (relative) sobriété : voilà un chouette petit film.

    Lequel part d'une peur, que dis-je, d'une gène, d'une angoisse, quelque chose de difficile à mettre en mots, et relativement tabou avec ça, un truc donc qui fait un bon sujet de film d'horreur, bien enraciné dans le réel, le tangible, voire même l'organique, et qui marche plutôt très bien sur moi.

    Ça dérape un peu dans le climax (la baston hein, pas le labyrinthe), mais l'épilogue, joliment gênant, rattrape fort bien la chose. On pourra reprocher au film d’être à la fois trop explicite (dans sa métaphore) et abscons (si on on lui demande plus que cette métaphore) mais ça reste bien joué, presque inédit à ma maigre connaissance en la matière, et même la photo complètement désaturée, aussi lassante soit-elle, trouve son sens.

    Et puis pour un premier long en plus, bien bien.
  • 8
    Bande-annonce

    Adoration (2020)

    1 h 38 min. Sortie : . Drame et thriller.

    Film de Fabrice Du Welz avec Thomas Gioria, Fantine Harduin, Benoît Poelvoorde

    N'ayant pas encore vu ni Alleluia, ni Vinyan, difficile pour moi de ne pas me prendre la dimension "violemment à fleur de peau" de cet Adoration en pleine tronche. Ce sur quoi il est, du coup, assez difficile de rebondir de façon froide, analytique ou même critique.

    Disons, pour tenter quand même l'exercice, que Du Welz me fait très plaisir dans sa recherche d'épure, sa "rythmique émotionnelle bipolaire" comme tuteur presque exclusif de la narration, ses fulgurances hypersensibles, ses images texturées,et son désintérêt total pour tout ce qui pourrait avoir de près ou de loin quelque chose à voir avec le discours ou le thématisme - ce dernier, comme attrape-critique, m'agaçant pas mal.

    Non pas que le film ne soit pas construit, loin de là même puisqu'il est, si l'on écoute le réal, construit une 1ère fois en pré-prod (classique), une 2e au tournage (qui n'est qu’intense tâtonnement avec les acteurs et quête de la lumière appropriée) et une dernière au montage : véritable réécriture impressionniste, trouée de quelques fulgurances constructivistes/très économes (la collision en apesanteur avec le météore Gloria, le premier meurtre).

    Mais voilà, le nerf de la guerre n'est pas ici de l'ordre du littéral. Du Weltz explique "vomir" des choses qui ne sortent pas autrement chez lui par cause de pudeur (et là qu'est-ce que je sympathise, mec !). Il parle d'indicible aussi. Et de fait, aucun dialogue ne s'érige en commentateur de texte. Tout est point de vue, flux et reflux, charge et recharge. Et tout, par les moyens de l'image qui jamais ne se donne à admirer comme un tableau. Le but étant d'être complètement et radicalement AVEC le personnage de Paul. MAIS pas sur un plan intellectuel, le personnage n'ayant presque aucun recul sur ce qui lui arrive. Ce serait plutôt un miroir et une éponge réagissant comme il le peut à l’entité Gloria et leur voyage parfaitement amoral vers un Absolu auquel eux seuls auront accès.

    Sur le papier, donc, une sorte de relecture de La Nuit du Chasseur/La Ballade sauvage. Dans la pratique, une expérience limite, une geste extrême et doux à la fois, très sensible et intuitif mais pourtant jamais inconscient ou poseur/arty/vide de substance. En somme, de quoi faire enrager ceux qui fulminent contre le "dictature du ressenti", ha ha. Et puis pour moi - même si ça reste à vérifier sur le long court - une proposition marquante et une vision du cinéma pour laquelle j'ai beaucoup de sympathie. La catharsis n'est pas loin.
  • 9
    Bande-annonce

    Dark Waters (2020)

    2 h 06 min. Sortie : . Biopic, drame, historique et thriller.

    Film de Todd Haynes avec Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins

    Film dossier et d'ambiance : le mélange ne doit pas être si fréquent. On pense forcément ici à The Insider de Michael Mann, mais Michael Mann, n'en déplaise à ses détracteurs, ne fait pas des films d'ambiance, il fait des films organiques et sensoriels ! La comparaison s’arrêtent donc aux héros patauds et leur impuissante bonhommie, semblant s'effondrer sur eux-même à mesure qu'il découvrent à quel point c'est le monde entier qui semble conspirer contre eux.

    Cette logique, Haynes l'étale même sur toute la durée du film, je veux dire de façon assez radicale dans son esthétique, poisseuse à souhait, et grisâtre. Et quand ce n'est pas grisâtre, c'est le plasma informe d'images numériques figurant la contamination des viscères de pauvres vaches. Le numérique bien dégueulasses des 90's qui plus est ! Le numérique comme symbole de l'artificialité de la création frankensteinienne de DuPont, et son bidouillage génétique ?

    Le film en tout cas, c'est bien de la péloche, très stylisée donc, de la "vraie" image de cinéma par opposition la stérilité télévisuelle de celle de Spolight. Un soin qui se poursuit dans le travail de reconstitution de l'époque qui rejoint presque la nôtre à la fin. Notre époque ou on ne découvre plus vraiment ce genre de chose - d'où peut-être cette impression de voir des film déjà en retards quand ce genre traite des sujets contemporains (?).

    Narration procédurière et en même temps intime par ailleurs, donc ça passe très bien, c'est très pédagogique, ça fait bien la différence entre les individus pas forcément mauvais en soi et le système potentiellement monstrueux et schizo qu'ils composent par l'opération de la sainte économie. Et puis on tombe des nus comme le personnage, avec lui, à mesure qu'il découvre l'ampleur du mal, parce que tout à œuvré à ça, par petites touches, y compris certaines à la lisière d'une horreur type 70's. La suspension d'incrédulité aura aussi été, pour moi, suspension du cynisme, du coup.

    Du bel ouvrage, même si très cadré par le genre et ses exigences, de la part d'un cinéaste auquel je devrais d'avantage m’intéresser.
  • 10
    Bande-annonce

    Drunk (2020)

    Druk

    1 h 55 min. Sortie : . Drame et comédie.

    Film de Thomas Vinterberg avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe

    Comme celui d'Assayas, je ne peux dire que je connaisse le cinéma de Vinterberg. Mais le pitch m'aura attiré, au-delà de mes préjugés négatifs (et non argumentables) sur "le" cinéma nordique. Le pitch et Mads, sa voix gutturale, son charisme de ouf et son sous-jeu moins eastwoodien que fin-très fin-qui-mange-sans-faim.

    Découverte presque totale donc, et plutôt une bonne impression à l'arrivée, notamment vis-à-vis de la chaleur humaine/bienveillance vis-à-vis de ses personnages qui se dégage au final du truc. Puis la description de son manque au début (la dépression sourde de Martin, la scène où son apathie laisse surgir la tristesse). Pas de tour de force en terme de pure mise en scène, mais une mise en scène qui fait bien son job (jusqu'à une utilisation pour une fois non caricaturale et pertinente dans son contexte de la Malick's touch dans les moment d'ivresse les plus, ahem...heu, dionysiaque, disons).

    Le plus : c'est très équilibré, pas un élément du film qui tire trop la couverture vers lui au détriment des autres (acting, filmage, montage, écriture, dialogues... heu, peut-être un peu ces derniers quand même). Le moins : bah il n'y a rien qui dépasse sur le plan formel, qui est et reste toujours l'élément qui m'intéresse le plus dans un film. C'est con...

    C'est donc la maitrise de la dramaturgie qui me fait aprécier le truc, son sujet rigolo mais pas complétement non plus hein, et le sujet de l'isolement social, de la dépression, de la difficulté de communiquer avec les autres, bref, tous ces truc fendards de la vie, ha ha.

    Le naturalisme de la forme me touche moins donc - les restes du Dogme ? - ceci dit, c'est pas moche non plus et on est loin d'une drame psychologique parisien... Et le tout dépasse la somme de ses parties, comme on dit. Donc ça me va.

    Et puis j'me fous bien de savoir si Vintenberg évite ou non de trancher à la fin, si sa suspension est une façon de botter en touche - faut bien être un critique en mal de "positionnement" pour faire ce genre de reproche (cf. le papier de Critikat). Le mec raconte une histoire. Et c'est pas parce qu'il y a un coté étude psycho ou sociologique que le truc doit ce transformer en démonstration avec thèse, antithèse, synthèse et point final bien tranché en conclusion.

  • 11
    Bande-annonce

    Cuban Network (2020)

    Wasp Network

    2 h 03 min. Sortie : . Thriller.

    Film de Olivier Assayas avec Penélope Cruz, Edgar Ramirez, Gael García Bernal

    D'Oliver Assayas, je ne connaissais que Carlos, dont j'espérais retrouver les qualités ici. Et de fait, dans le genre docu-fiction de luxe, Cuban Netwoork n'est pas loin de son ainé. Rien de méprisant dans l'expression, hein. C'est vraiment ça. Un truc qui t'apprend des choses, dans toute leur complexité et grisaille an-idéologique, voilà. D'autant plus qu'ici, c'est un pan d'Histoire franchement méconnu et filandreux qui est mis en lumière.

    Autre rareté à souligner : le tuc ne souffre pas de ses ambitions en terme d'ampleur et d'inscription dans un genre contrairement à une palanquée de films français singeant Hollywood. Assayas fait du ciné international, et dans ce contexte, parvient à faire feu de tout bois, sobre et solide. Compte tenu des kilotonnes de matière documentaire qu'il traite, et de la complexité de cette histoire, sa narration impressionne, par sa fluidité et l'intelligence avec laquelle il distribue les informations. C'est parfois chaud à suivre, mais comme ça ne peut que l'être vu le niveau de documentation.

    Sur le plan de la forme, même constat : c'est le genre de maitrise qui s'efface pour mettre en avant son sujet. Un peu impersonnel, mais c'est surtout efficace,tendu, ni trop, ni pas assez beau. Ce qui frustre un peu si l'on attend des coups d'éclat, mais bon... le cadre et les plans aériens sont chouettes, et la tension au rdv lors d'une séquence d'attentats (sujet du terrorisme, son usage, son universalité, qui permet par ailleurs de prendre du recul par rapport à l'actualité européo-moyenorientale). Mais c'est vraiment la narration et la découverte des personnages qui priment. Sans parler du casting et de la direction d'acteurs...

    Et puis, Assayas d'employer aussi notre mémoire cinéphile, utilisant ici notre souvenir du Parrain, traitant le personnage de Wagner Moura comme un Scarface/T-1000, l'espionnage comme de l'actorat, et cette passionnante histoire de dingue avec tout le romanesque qu'elle mérite !

    Un faux film français et vrai film américain (ou inversement) que j'ai envi d'associer au Undercover de Yan Demange : même incroyable "histoire vraie", même inscription réussie dans le genre, même capacité à tirer le meilleur de ses acteurs, bref, même humble savoir-faire.
  • 12
    Bande-annonce

    Tenet (2020)

    2 h 30 min. Sortie : . Action, thriller et science-fiction.

    Film de Christopher Nolan avec John David Washington, Robert Pattinson, Elizabeth Debicki

  • 13
    Bande-annonce

    1917 (2020)

    1 h 58 min. Sortie : . Drame et guerre.

    Film de Sam Mendes avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Benedict Cumberbatch

    Bon, parlons peu, parlons bien : cette marotte du plan séquence comme nouveau marqueur de virtuosité me gave ! Et de façon plus générale cette empiètement croissant de la dimension marketing d'un film sur ses procédés de fabrication/narration/mise en scène. Voilà, c'est dit !

    Maintenant, le film en lui-même : très flatteur pour l’œil, très pensé dans sa façon de "remplacer" le montage traditionnelle par le montage dans le plan. Chorégraphie des corps et de la caméra, évolution des (superbes !) décors, épure de la structure narrative, ce 1917 ne manque pas de qualités, techniques, esthétique, structurelles.

    Mon problème principal, c'est l'écart entre les moyens déployés, l'appel à l'emphase, la grandiloquence qui vont avec, et cette trame de série B. Mais une série B comme anoblie sur l'autel du grand cinéma dit "éléphant blanc", ce qui lui retire de facto beaucoup de qui rend ce type de proposition si aimable à mes yeux. Le ludisme est bien-là, le côté parcours d'obstacle aussi, la simplicité des personnages et enjeux de l'histoire aussi, mais le fil narratif a perdu toute tension, et l'esprit de sérieux de l'hommage s’accommode mal de la démonstration spectaculaire.

    C'est que la "directness" ricaine se lie mal avec les ambitions d'un cinéma à la Tarkovski. Le symbolisme en devient lourd, comme plaqué, les personnages peu intéressants en terme de dramaturgie et distants sur le plan de l'empathie. Et puis, surtout, c'est le rythme (digne de la course-poursuite en voiture de Spectre !), celui d'une découpage séquentiel et celui du montage à l'intérieur de chaque scène qui est ainsi sacrifié. Toujours ou presque la même focale, toujours la même distance/apesanteur/joilesse par rapport à ce que vivent les soldats...

    Remplacé par une impression de temps réel, plus immersif, plus réaliste ? Mon cul, oui ! D'une part 1917 n'est pas plus en temps réel que La Ligne rouge (2h de film, une journée entière d'histoire, et même avec l'ellipse, le compte n'y est pas !). D'autre part, là où le plan séquence est judicieux dans les moment de tension (couper = tuer la tension), quel intérêt de simuler la continuité dans les entre-scènes ? ou de faire durer des temps morts qui, non assumés comme tels, se voient remplis artificiellement (exposition, pose poético-méditative, dialogue psycho...) ?

    Heureusement, il y a la BO de Thomas Newman (même s'il cite lourdement Hans Zimmer à un moment). Pour le reste, qu'est-ce que je préfère l'humanisme du Gallipoli de Peter Weir !
  • 14
    Bande-annonce

    Light of My Life (2020)

    1 h 59 min. Sortie : . Drame et science-fiction.

    Film de Casey Affleck avec Casey Affleck, Anna Pniowsky, Elisabeth Moss

    Post-apo terne, sobre, assez voire très plaisant dans la sècheresse, un peu moins dans l’étirement des scènes de dialogues. Pas grand chose à leur reprocher en soit, hein, mais à la longue, il y a un effet ronron. Rythme assourdi, voix basses, silences, nature presque morte (didiou que ça ressemble à The Road !) : ça créé une ambiance, c'est claire... mais je peine à maintenir mon intérêt pour les personnages, comme d'ailleurs chez David Lowery, dont on dit ici et là que Light of my Life lui doit beaucoup.

    ...enfin jusqu'au dernier acte, qui passe en mode western contemporain et minimaliste à la Taylor Sheridan, même si le traitement de la violence, plus étouffée qu'explosive, me fait penser à une scène en particulier de L'assassinat de Jesse James... Les plans sont toujours assez longs, l'action distante, tout sauf chorégraphiée, et à contre-jour en plus, mais la brutalité, l’instinct de survie animal et l'énergie du désespoir sont palpables.

    Pour un premier film de fiction, donc, ça me semble plus qu’honnête. Mais je vois plus un travail de scénariste/acteur s’appliquant à faire son "1er" film derrière la caméra, très soigneusement donc, mais aussi sans faire de vagues ni d'étincelles. Le genre post-apo n'aide pas - on en bouffe un peu trop depuis quelques années, faut dire ! Et puis, je suis constamment ramené vers les films et réalisateurs cités, avec lesquels L'approche via la question du genre est intéressante, à défaut de me retourner le cerveau.

    Reste un vrai intérêt, apparemment, pour l'art du storytelling : ce qui, pour le coup, me parle un peu plus, et me fait rapprocher Casey Affleck de tout un héritage très ricain, de Thoreau aux survivalistes en passant par Jeremiah Johnson.
  • 15
    Bande-annonce

    Kubrick par Kubrick (2020)

    1 h 13 min. Sortie : .

    Documentaire de Grégory Monro avec Stanley Kubrick, Michel Ciment, Malcolm McDowell

  • 16
    Bande-annonce

    Enola Holmes (2020)

    2 h 03 min. Sortie : . Aventure, policier et drame.

    Film de Harry Bradbeer avec Millie Bobby Brown, Henry Cavill, Sam Claflin

  • 17
    Bande-annonce

    Séjour dans les monts Fuchun (2020)

    Chun jiang shui nuan

    2 h 24 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Gu Xiaogang avec Qian Youfa, Wang Fengjuan, Zhang Renliang

    C'est long, c'est beau, ça a des grands modèles, mais ni la rigueur dramaturgique et chaleur humaine d'un Ozu, ni l'humilité d'un Kore-Eda, ni la virulence d'un Jia Zhang-ke, ni encore la puissance de la narration au long court d'Edward Yang ou la radicalité apaisée d'un Hou Hsiao-Hsien - sans parler de puissance formelle.

    Hors de de toute référence ? Ça reste long, beau et un peu "hasardeux" dans cette façon de prendre une famille et dérouler sa vie comme un rouleau au fil des saisons. Le geste en lui-même est chouette, les questions soulevées et le regard porté sur cette Chine contemporaine et son cancer (l’appât du gain, la darwinisme social) mis en rapport à la Chine intemporelle intéressants. Mais le côté choral, la dimension pseudo-documentaire et cette façon qu'à la caméra de rester à distance la plus part du temps (quand ce ne sont pas les acteurs qui se contentent d'être là) me laisse vaguement distrait. Comme une suite de fonds d'écrans sensé apaisé, en quelque sorte.

    Arnaque pour bobo fière d'avoir ajouté un film chinois à sa culture ciné ? Je n'irais pas jusque-là, mais difficile ne pas voir quelque chose de plus en plus systématique dans ce cinéma d'auteur chinois, dont je me demande à quel point il est ou non calibré pour répondre aux attentes des festivaliers occidentaux, un peu comme au début des années 2000 les wu xia pian de Zhang Yimou.

    Quoi qu'il en soit, Gu Xiaogang me semble un peu trop vert et manquant de pratique du ciné et de bouteille pour se prêter à ce genre d'exercice. Aussi agréable soit le résultat final, ça manque de matière et de choix à mon goût. Alors une trilogie, heu, ben...
  • 18
    Bande-annonce

    The Hunt (2020)

    1 h 30 min. Sortie : . Comédie, Épouvante-horreur, thriller et action.

    Film de Craig Zobel avec Betty Gilpin, Hilary Swank, Ike Barinholtz

    Le choc des caricatures : en gros, le programme de cette baudruche est là. On dira, c'est le jeu, puisque c'est une satire. Mais alors pas trop développée, et bien safe, la satire, hein. Bon ceci dit, le côté volontairement cartoon du début m'avait mis dans de mauvaises dispositions (ces bruitages, putain, aussi réalistes que ceux de la Shaw Brothers !).

    Pris autrement, en se disant que le film dézingue les caricatures elles-mêmes, et non les vrais gens qu'on méprise à travers elles, ça passe déjà mieux. Pris encore autrement, comme : on tire dans le gros tas de caricatures que deviennent les gens lorsqu'ils s'expriment sur les réseaux (et que ces mêmes réseaux marchent justement à ça) et médias plus généralement, bah... ça fait pas de mal, disons, voire même sourire dans certains pics assez savoureux. Mais pour la révélation façon Network, pas la peine de rêver.

    Point de vue fabrication, je ne trouve pas le truc honteux, juste fade, allant presque toujours au plus simple et plus facile (pas de projet scénique en lien avec ce que le film dénonce/raconte) mais sans le talent formel et le ludisme des vieilles séries B. Un très bon point à Betty Gilpin tout de même - heureusement qu'elle était là pour me maintenir un minimum concerné. J'hésite encore sur son personnage et sa non-résolution, ceci dit : façon de botter en touche pour les scénaristes ? sans aucun doute. Mais le truc de petit malin, allié au jeu particulier de l'actrice, cultive une certaine fascination pour le personnage.

    Donc voilà, bof bof.