Avis sur

Deep Haze Jungle par Dagoni

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Alors c'est une première pour moi d'écrire un billet sur une œuvre d'un sens-critiqueur. Exercice peu évident tant il met en exergue une problématique de la critique : quelle est sa valeur si prononcée avec les réserves inhérentes à l'amabilité ? La position de l'émetteur se trouve biaisée en cela qu'il peine à vouloir freiner l'enthousiasme de son vis-à-vis ou à l'inverse se montre laxiste quant à l'évaluation minutieuse de l'objet. Personnellement, en tant que musicien je préfère un avis franc me permettant le cas échéant de m'améliorer, car j'ai ma vision et je sais que les vils accusateurs ont à priori tord hihi (oups). Mais heureusement j'évite en partie le piège, n'ayant pas de lien personnel avec l'auteur du sujet en question. Je pourrais alors tout aussi bien passer mon chemin sans regarder mais je comprends l'état d'esprit du créateur, attendant, impuissant, le verdict de sa sentence dans le couloir de l'angoisse, priant presque pour un malheur à l'arrivée plutôt qu'une indifférence insidieuse. Dès lors je vais essayer de m'y atteler malgré mon incompétence en la matière et ma raison me disant que je ne devrais théoriquement pas le faire faute de temps.

Première écoute : je dois avouer que je ne suis pas spécialement emballé, il manque une dimension à l'ensemble peut-être ? Je trouve un peu malhonnête les gens qui brandissent leur jugement après une seule visite du propriétaire et qui passent à autre chose tout de go, alors je relance la bête.

Je n'arrive toujours pas à m'y faire à l'effet des deux accords introduisant A Way To The Deep Haze Jungle, mais passé ce cap l'hypnose ou l’apaisement s'opère. On entre dans cette jungle mystique, vierge de toute perturbation et dont les vestiges se dévoilent au rythme d'une répétition gageure d'ambiance. Je suis toutefois d'avis qu'un lead, une couche dominante, ne serait pas de trop pour mieux mettre en valeur le reste. Je pense d'ailleurs que cela prévaut pour toutes les pièces instrumentales présentes (dans l'idée, je pense que des nappes de clavier ne devraient être seuls vecteurs d'une progression mélodique). Il y a bien un (bon) solo de guitare (?) sur The Secret Guardian Of The Temple mais cela n'empêche pas ce morceau de sonner un peu creux pour moi. Il manque peut-être de surprise, de folie comme on peut l'entendre sur la fin de Dead Cities. J'ai aussi cette impression globale qu'il y a peu de variations (de tempo surtout), ce qui est quelque peu dommage bien que cela confère de l'unité à l'ensemble. Il faudrait plus de substance, d'attaque, de tension (mais j'imagine que ça enlèverait l'aspect ambiancé voulu). Pour rester dans l'avis négatif, je ne suis pas non plus dingue de la courte Night [rectification après multiples écoutes : ce qui me pose problème c'est qu'elle se termine juste quand le morceau commence à décoller, on veut plus ! dommage elle est chouette sinon] et je trouve étrange l'intervention de "coups de laser" (j'écris décidément n'importe quoi) sur la fin de Cosmos. Cela-dit cela m'a rappelé un passage sur le premier titre donc peut-être est-ce pour boucler la boucle ?

En parlant d'interrogation, je me demande si les "Pin pon pin pon" sur The Artefact sont fortuits. Dans l'optique d'un concept lié aux paroles (euh les artefacts attireraient autant les aventuriers que les ambulances ?), je trouverais l'idée louable mais sinon on va dire que je préférerais avoir autre chose qui trotte dans ma tête ^^. Paroles ? Mais oui il y a du chant bien qu'il soit en retrait ! Passé la surprise de l'accent frenchy sur les "this" (je m'excuse de le relever mais il le fallait aha), ça passe nickel. Le morceau est une des réussites de l'album dans son caractère lancinant.

Parce que l'ambiance est bien installée, je pense notamment à la fin prenante de Sun qui distille quelques notes de guitare (en tout cas ça pourrait en être une) façon post-rock et prenant le relais sur l'effet thérémine de la "voix" (je suis partagé sur ce dernier résultat) pour une belle progression. Le côté versatile se retrouve pour le meilleur sur Dead Cities, je m'y attarde parce que ça été une surprise d'entendre un effet que j'ai moi-même utilisé dans un morceau.
Oh le mec comme il abuse avec son opportunisme. Non je me permets parce que dans l'état cela n'a pas grand intérêt étant une ébauche.

Je reviens à l'apport du chant : c'est flagrant comme la deuxième moitié de The Old Ruins est plus intéressante que la première avec ses nappes "oppressantes" un peu 90's surmontées d'une mélodie hip-hop (trouve-je). C'est étrange mais les lignes de chant m'ont presque fait pensé à du Devin Townsend je sais pas pourquoi, j'extrapole sans doute ! En tout cas le morceau y gagne beaucoup (comme je le disais, la voix est en retrait mais cela s'intègre finalement bien à l'ensemble) et j'adore la rythmique trip-hop qui s'invite. Vraiment un super morceau dès lors qu'il se déploie. Dans la même veine, j'apprécie beaucoup Mystic Dance, espérons qu' à l'avenir cette "couche" supplémentaire dont je parlais vienne de par ce chemin.

Je ne peux m'empêcher de faire une digression : pendant l'écoute je me suis rappelé de la perception de l'électro (ai-je précisé que l'on avait affaire à cette musique ? je suis nul) par un certain cercle et notamment un des plus grands représentants de la scène rock. N'ayant pas peur du blasphème je ne vais pas détourner la réflexion : Lemmy est une icône du rock mais aussi un idiot. Avant de prendre mes jambes à mon cou afin d'essayer de survivre à la horde en furie à mes trousses, tout en me préparant à une vie solitaire dû à mon excommunication de la sphère rock, j'aimerais contester une dernière fois ce messie. En effet, il eu dit - je ne sais plus exactement les termes - que la musique électro n'est justement pas de la musique (mais d'la merde) car ce n'est pas joué par de "vrais" instruments (NDA : instruments analogiques).

Alors déjà :

  • il peut y en avoir (cf. solo de guitare)
  • cet argument est pourri de base parce que la majorité des groupes
    jouent de la musique simple (sophisme de ma part mais je suis énervé). Sérieux, si trois pauvres powerchord font d'un guitariste un "vrai musicien" ben j'aimerais qu'on redéfinisse le terme. Et ne parlons pas des types qui utilisent la vitesse comme cache-misère d'un 0-0-0-0-0-0-0-0 sur 50 mesures...
    J'ai peur de rien, j'aimerais bien le voir jouer un truc un poil sophistiqué (bon c'est plus trop possible)
  • Comme tout imbécile (moi dans la provoc' ?), il ne cherche pas à
    combler son ignorance : certes créer de la musique électro est facile
    dans le sens où c'est très rapide de jouer vite fait une mélodie au clavier puis de placer précisément les notes sur une grille, de faire des pause and replay pour improviser un lead ou un arrangement, d'assembler des pistes, d'expérimenter des mesures par copier-coller... MAIS bordel la recherche de son est 50x plus longue que dans le rock, y a beaucoup plus de couches à gérer, écouter 100 fois à la suite une mesure pour ajuster des paramètres c'est à devenir fou, devoir gérer les bandes de fréquences des pistes pour remplir au mieux le spectre sonore sans créer d'interférences est très chiant, ne parlons pas du mixage/mastering qui est une vraie plaie...

BREF, pour conclure l'album s'écoute avec plaisir mais je regrette de ne pas avoir vraiment perçu le côté "road trip" attendu, je trouve plutôt que l'ensemble est assez homogène (ce qui n'est pas forcément un mal en soi). Il n'est pas anodin que les meilleurs titres à mes yeux sont ceux incluant une voix, peut-être une piste vers laquelle s'intéresser ? Donc finalement je vais donner un 7 d'encouragement, LA note lâche et timorée ni trop gentille ni trop méchante qui ne dit pas grand chose au final. Je sais pas si c'est un cadeau ^^

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