Acid Rap n’est pas un simple projet musical : c’est un cri de cœur sucré-acide, une fresque aussi psychédélique qu’intime, où Chance the Rapper se livre avec une sincérité désarmante, portée par une énergie juvénile qui frôle parfois le génie. Ce projet, que j’ai noté 8.5/10, m’a marqué par son audace, sa fraîcheur et sa capacité à conjuguer profondeur et légèreté, souvent dans un même souffle.
Ce qui frappe d’emblée avec Acid Rap, c’est son ambiance éclatée, presque euphorique. Les productions, riches en textures et en influences, oscillent entre le jazz, le gospel, l’électro lo-fi et le boom bap. C’est cette pluralité sonore qui donne au projet sa personnalité si distinctive. Des morceaux comme "Cocoa Butter Kisses" ou "Lost" sont autant de ballades psychotropes qu’introspectives, où Chance jongle avec les styles comme avec ses émotions.
Là où le projet prend vraiment toute son épaisseur, c’est dans les textes. Chance écrit avec une spontanéité presque enfantine, mais capable de fulgurances poétiques inattendues. Et nulle part cela n’est plus évident que dans "Acid Rain", sans doute le cœur battant de la mixtape.
Sur une prod minimaliste signée Jake One, Chance se dépouille totalement. Pas de gimmick vocal, pas de chœur gospel ou de glitch électro : juste sa voix, nue, posée sur une boucle mélancolique. Il y évoque la mort de ses amis, la perte de son innocence, ses doutes face à la célébrité naissante, et surtout, cette colère douce contre une ville (Chicago) qu’il aime autant qu’elle le détruit.
“My big homie died young; just turned older than him / I seen it happen, I seen it happen, I seen it always…”
Ce couplet est l’un des plus forts de sa carrière : en quelques lignes, il dit l’absurde de la violence urbaine, la solitude face à la perte, et la fragilité de ceux qui restent. Sa plume est imagée, presque surréaliste par moments, mais toujours ancrée dans une réalité dure et intime.
Ce morceau agit comme un pivot dans l’album : il casse le trip acide pour révéler une vulnérabilité désarmante. Il rappelle que derrière le flow fougueux et les couleurs criardes de la mixtape, il y a un jeune homme en quête de sens, en pleine mue émotionnelle.
L’un des grands mérites d’Acid Rap, c’est son absence totale de calcul. Tout y respire la liberté artistique : certains morceaux sont déséquilibrés, d’autres débordent un peu trop, mais rien n’y sonne faux. C’est cette imperfection qui rend le projet aussi humain. Chance n’essaie pas de jouer un rôle : il expose ses paradoxes, ses fêlures, sa joie parfois naïve, avec un naturel touchant.
En lui mettant 8.5/10, je salue un projet à la fois vibrant, chaotique, et terriblement vivant. Acid Rap est une déclaration d’intention, celle d’un artiste qui préfère la sincérité à la technique, l’émotion brute à la perfection. C’est un album qui m’a marqué, et qui continue de résonner des années plus tard — non pas parce qu’il est parfait, mais parce qu’il est profondément vrai.