En 1977 Brian Eno sort ce qui peut apparaître comme son album le plus « pop » et sans doute accessible de sa carrière solo. Quitte à le découvrir, autant que ça soit avec celui-ci. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’on peut appeler pop ici, sachant que Eno n’a jamais pu entrer dans la moindre case même lorsqu’il faisait partie de Roxy Music. Ses albums sont à chaque fois au-moins intéressants voire passionnants mais il n'est pas forcément évident pour le/la néophyte de s'y plonger. De la pop mélangée à du rock, de la musique électronique, expérimentale (ce qu’il va développer par la suite). C’est vrai que dès le début de No one receiving, on pense aux Talking Heads, le groupe de David Byrne que Eno avait vu en concert peu de temps avant. Il avait été séduit par leur approche ce qui va l’amener à produire par la suite plusieurs de leurs albums dont le chef d’œuvre Remain in light et même enregistrer en duo avec David Byrne l’excellent My life in the bush of ghosts en 1981. Quant au titre King's Lead Hat, c’est tout simplement l’anagramme de Talking Heads ! La parenté artistique est donc évidente. Mais on pense aussi au Bowie de ces années-là, à Kraftwerk, le Krautrock (Can…), Eno s’est visiblement nourri de toutes ces influences (et bien d’autres encore !) pour construire sa propre musique avec de vraies chansons comme Backwater, Here he comes…La 2e face commence à être plus expérimentale, plus ambiant, ouvrant la porte sur la suite de sa carrière. Même s’il assure la majorité des instruments il s’est entouré de pointures venues d’horizons très différents comme Phil Manzanera, Fred Frith, Dave Mattacks (de Fairport Convention), Robert Fripp, Andy Fraser (de Free) et même Phil Collins à la batterie sur 2 morceaux ! Quelle affiche. A partir de là, Eno allait pouvoir larguer définitivement les amarres pour créer toujours plus en avant son propre univers artistique et pas seulement musical puisqu’il s’est défini comme un « non musicien » ! Un album passionnant, riche et impossible à étiqueter.