Un jour, mon chat Nina Poilue a mangé un lézard, ce qui l'a rendu malade. Monsieur Vétérinaire lui a donc prescrit un comprimé qu'elle devait prendre une fois par jour pendant une semaine entière. D'abord, ma mère a eu la une bonne idée de lui cacher dans son pâté, mais comme Nina Poilue est extrêmement intelligente, elle s'arrangeait toujours pour manger autour de la gellule. Il a donc fallu employer une autre méthode, c'est-à-dire que je devais la maintenir dans mes bras de sorte à ce que ma mère puisse lui insérer le comprimé de force dans la gueule. Bien-sûr, elle n'était pas très contente ; dites-vous que de base, elle aime pas être dans les bras des gens, alors en plus si on lui fait avaler un truc bizarre... Vous voyez sur la pochette le bébé rouge énervé ? Nina Poilue faisait exactement la même tête. La même. Bien énervée aussi, avec les griffes sorties, et me hurlant dessus. Du coup, est-ce qu'on peut dire que la pochette est ratée, je sais pas, mais moi ça me fait surtout rire, ça me rappelle sa réaction complètement abusée, alors que c'était juste un comprimé enfin...


Tout d'abord, je tiens à préciser que j'ai pas trop de connaissances en métal et genres affiliés. Si Black Sabbath avait fait du rock progressif, là j'aurais été dans mon élément, s'ils faisaient de l'électronique, ça aurait été encore mieux, mais là... disons que c'est pas un style que j'écoute tout le temps. Alors si je raconte n'imp, vous pouvez le dire dans les commentaires, je vais pas me vexer.

Après la période glorieuse avec Ozzy, deux albums sont apparus en 1980 et 1982 avec comme chanteur une personne qui s'appelle Dio. Apparemment, ce sont deux bons albums qui redorent le blason du groupe après les pas fous fous Technical Ecstasy et Never Say Die! (je dis "apparemment" parce que je les ai pas encore écoutés au moment où j'écris tout ça). Puis Dio est parti, mais fallait bien que le groupe reste actif, on se laisse pas abattre pour si peu. Alors en 1983 est publié Born Again, titre sans doutes lié au fait que le groupe entre encore dans une nouvelle ère, avec comme chanteur Ian Gillan de Deep Purple. Comme je le connais pas, j'ai demandé à mon frère trop fan de métal s'il validait ce changement de voix, et il m'a dit : "bon sang que je déteste ses montées aiguës. j'aime pas tant Deep Purple déjà donc...". Coup dur pour l'album...

Mais c'est pas grave, peut-être que je vais bien l'aimer, me suis-je dit.

Ça commence fort avec 'Trashed', morceau bien énergique, dans la tradition metal tout en étant accessible. Avec son riff sympa (qui sonne comme un cliché du metal quand même) et ses 4 minutes 15 il a même tout pour être un hit. Arrive ensuite Ian qui commence sa performance par ses fameuses montées aiguës, et c'est vrai que c'est étrange, il a l'air de s'en foutre de la cohérence du morceau et de faire un peu ce qu'il veut, mais bah... Niveau paroles, elles sont inspirées par son accident de voiture alors qu'il était complètement bourré, et ça se ressent même dans l'instrumental qui donne envie de conduire à 160 la nuit avec le son à fond pour faire chier les vieux qui dorment. On a même droit à un solo super vers le milieu. Mais un détail important me perturbe... c'est quoi ce son déguelasse là ? On dirait que le disque a été enregistré avec un dictaphone low cost, enfin c'est pas possible de faire un truc pareil, c'est pas humain. Et malheureusement, ça sera pareil tout du long. Mais après le choc de la première écoute, on s'y habitue, et je dirais que ça donne un côté creepy à l'ensemble, comme si l'album était passé dans les griffes du bébé rouge et qu'il l'avait transformé en un truc horrible parce que c'est un démon.

Ensuite, on a 'Stonehenge', un interlude ambient joué au synthé qui sert à rien. En plus, comme c'est toujours mal mixé, rien n'en ressort. À la limite, si ça avait permis de faire une transition un peu stylée avec la suivante, ça aurait pu être intéressant, mais même pas ! 'Disturbing the Priest' sort soudainement de nulle part, introduite par une nouvelle poussée aiguë façon "rire de méchant dans un film pas ouf". Le riff est étrange, alors s'il est plus marquant que celui de 'Trashed', c'est pas très agréable, c'est dérangeant disons (dérangeant, Disturbing... lol). 30 secondes après le début, on nous introduit un nouveau riff beaucoup plus équilibré, qui laisse sa place à un passage entièrement conduit à la basse, puis un nouveau riff simple, puis encore un passage à la basse, puis encore le riff simple, puis on revient au riff chelou. Pour le coup, on sent qu'ils se sont amusés à varier la structure ordinaire couplet/refrain (mon frère me dit dans l'oreillette que dans le metal on cherche souvent à faire ça), ce qui fait que le morceau sonne comme du prog metal. Malheureusement, ça décolle pas vraiment malgré ces nombreuses variations. Du côté des paroles Ian, toujours un peu à côté de la plaque dans sa performance, nous parle de déranger le curé, c'est original, et ça donne lieu à quelques lignes marrantes comme : "Do we mind disturbing the priest? / Not at all, not at all, not in the least".

Suit 'The Dark', un interlude (encore) qui sert à rien (encore) et qui présente une espèce de son raclant horrible et loin, très loin d'être harmonieux. Mais là, la transition vers 'Zero the Hero' est plus recherchée, avec un fondu entrant qui fait progressivement monter l'excitation et la transe. Sauf que la transe justement, elle est toujours pas là, ça commence à poser problème vu qu'on en est dejà à la moitié de l'album. Ça reste un sommet de l'album, déjà pour son utilisation de la durée remarquable, les 7 minutes 30 passants toutes seules, sans que je me dise : "c'est long hein...". Ensuite, on ressent un groove dans le refrain, avec le "What you gonna be, what you gonna be brother? / Don't you wanna be, don't you wanna be, brother?", ce qui fait que Ian à l'air beaucoup plus à l'aise, il fait enfin corps avec le morceau, c'est pas trop tôt j'ai envie de dire. On a toujours ce son déguelasse, mais comme je le disais ça fait le charme du disque. Pour les paroles, ça parle d'une personne qui vit une vie ordinaire bien en phase avec la société, avec à nouveau quelques lignes marrantes : 'You really are mediocre' (pourquoi tant de haine... ?), 'Your life is a six lane highway to nowhere', 'Impossibility impissibolity mother' (nan j'suis sérieux là, ça quoi l'impissibilité ?). Mon frère me dit que c'est un morceau culte et connu dans le milieu, donc c'est super pour la réputation de l'album, parce que c'est un bon morceau.

Et ensuite on a un troisième interlude non c'est faux. Par contre, 'Digital Bitch' est aussi inutile que 'Stonehenge' et 'The Dark', avec son riff pas très inventif et ses paroles pas folles ('She's so rich, the digital bitch'... ça c'est des rimes recherchées hein). Même si je lui trouve des qualités, je sais pas pourquoi j'arrive pas à l'apprécier, je la trouve plate. 'Trashed' joue le rôle du hit, 'Disturbing the Priest' celui du morceau complexe, 'Zero the Hero' est le point d'orgue, 'Digital Bitch' c'est rien.

Heureusement, le groupe se rattrape avec 'Born Again', la ballade de l'album. Elle est construite autour d'un riff mélancolique hypnotisant grâce à son espèce de fuzz/distorsion, ce qui lui en fait mon morceau préféré de l'album, puisqu'enfin je ressens la transe. Ian lâche les aigus et chante calmement dans la deuxième moitié des couplets, ce qui fait qu'il est à l'écoute des besoins du morceau, il plane pas au-dessus. On a le droit à un refrain super puissant où cette fois-ci Ian pousse des espèces de longs hurlements. Dans le deuxième refrain, on dirait même qu'il pleure lorsqu'il chante 'Born again' à 4'14''. Sur l'outro, on a un solo déchirant, tout mélancolique aussi, et on peut même entendre des petits toms de batterie (ils ont enfin mis des détails dans le mixage, c'est bien c'est bien). Comme le morceau en lui-même me touche, je me suis jamais concentré sur les paroles, qui sont assez déprimantes, et qui tournent même à la folie sur le deuxième couplet qui parle de dieux mutants et d'autres choses étranges. Ça correspond bien à l'ambiance horrible de l'album, comme si une âme malfaisante se cachait dans les morceaux et les contaminait.

On redescend en qualité avec 'Hot Line', qui sert pas à grand-chose non plus. Elle part dans tous les sens et manque d'un détail marquant, ce qui fait que 3 minutes après, on l'a oublié. Pour tout vous dire, là je suis obligé de la réecouter pour avoir quelque chose à écrire dessus. Les paroles sont pas géniales non plus d'ailleurs. Enfin, 'Keep It Warm' montre une volonté de livrer un final grandiose, avec un refrain énorme, un riff énervé (mais ordinaire), et un solo qui monte dans les aigus. Niveau paroles, ça parle de Ian qui est né pour être libre mais il a une femme dont il doit s'occuper, donc il lui dit de l'attendre tandis qu'il part en vadrouille. Ouais, c'est pas fou hein. Au moins, l'album rate pas sa conclusion, c'est déjà pas mal vu la qualité aléatoire des morceaux.


Sûrement intrigués par l'association Ian + Black Sabbath et la pochette étrange (mais sympa au final, quand on sait que le graphiste à fait exprès de faire de la merde par fidélité envers Ozzy, c'est pas si mal... on remarquera qu'en fait tous les trucs ratés dans cet album sont biens au final), beaucoup de gens vont acheter l'album, ce qui fait qu'il sera un succès. Born Again est un album bipolaire, traversé par des moments géniaux comme 'Trashed' et surtout 'Born Again', mais aussi par des gros ratés et pas mal de morceaux qui servent à rien. C'est sûr qui si on compare avec Paranoid, c'est dur, mais c'est pas un si mauvais album. Il a même beaucoup de charme, avec son mixage chelou et son son déguelasse, on a jamais entendu un album qui sonne autant comme un objet tout droit sorti des enfers, et en ce sens je dirais que le groupe pousse le concept du metal plus loin qu'il n'a jamais été, même si c'est pas fait exprès.


Précédente : Hot Space de Queen (1982)

YKMR
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le 29 août 2026

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rivax

le 23 août 2012

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Dernière modification

le 23 août 2012

Critique de Born Again par rivax

Bon, il fait furieusement années 80 (mais c'est normal, pour un LP sorti en 83), Ian Gillian (celui de Deep Purple) abuse un peu des vocalises et le mixage est dégueulasse. Cela dit, c'est vraiment...

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