En attendant la sortie du prochain album de Lana Del Rey prévue pour 2025, j'ai eu envie de réécouter l'intégralité de sa discographie. Je commence donc avec Born to Die, le premier album que j'ai découvert - comme le reste de la planète - lors de sa sortie en 2012. Et contre toute attente, à cette époque, je n’ai pas du tout été captivée. Ce n'est que dix ans plus tard, à travers mon voyage musical personnel, que j'ai su pleinement apprécier la richesse de l’univers de Lana.
Lorsqu'elle sort Born to Die en janvier 2012, Lana Del Rey n’est encore qu’une figure énigmatique de Youtube, repérée notamment grâce au buzz du single “Video Games”. Ce premier album majeur marque une entrée fracassante dans l’industrie, à la fois admirée pour son style rétro-glamour et critiquée pour son image perçue comme “superficielle”. À sa sortie, Born to Die a suscité des réactions contrastées : si certain-es ont salué sa production soignée et son esthétique singulière, d'autres ont critiqué une vision trop datée de la femme fatale notamment à cause de paroles perçues comme une romantisation des violences conjugales. Cependant, avec le temps, l'album a été réévalué et est désormais considéré comme un classique de la pop moderne.
Pour moi, Born to Die incarne le fantasme de l’âge d’or des Etats-Unis, glamour et tragique, où l'amour, la mort et l’argent se mêlent dans une mélancolie envoûtante. C’est simple, la quasi intégralité des morceaux se trouvent dans ma liste de titres de favoris sur mon appli de streaming.
Ce qui m’a tout de suite frappée dans l’univers de Lana à travers cet album sont ses arrangements grandiloquents, ses orchestrations cinématographiques et ses textes poétiques, Born to Die pose immédiatement les bases du mythe Lana Del Rey : une femme fatale, poète éplorée, écho fantomatique des stars hollywoodiennes d’un autre temps dont elle adopte le look et en fait sa marque de fabrique.
Musicalement, Born to Die est un mélange étonnant et audacieux de pop baroque et de trip-hop atmosphérique. L’album oscille entre la luxuriance orchestrale des cordes et les beats lourds, presque minimalistes, qui rappellent parfois la production des années 90 de Massive Attack.
Des titres comme “Off to the Races” ou “National Anthem” injectent une énergie plutôt urbaine, tandis que “Video Games” ou “Born to Die” misent sur une émotion vaporeuse. La production, assurée entre autres par Emile Haynie et Rick Nowels, est riche, dramatique, mais parfois perçue comme trop lisse ou répétitive par certaines critiques.
Côté textes, Lana Del Rey développe un imaginaire peuplé d’amants dangereux, de princesses désabusées, de fêtes dorées et de solitude tragique. L’amour y est destructeur, toujours teinté de dépendance et de sacrifice. On retrouve aussi une fascination pour l’Amérique mythifiée, entre gangsters, motels et des rues la nuit. Ambiance rétro très en vogue dans les années 2010.
Nombreux sont les titres que j’ai appréciés dans Born To Die, mais j’ai une affection particulière pour les titres “Radio”, “Lucky One” ou encore ”Dark Paradise”. En écoutant l’album aujourd’hui, je trouve que le son est encore d’actualité, car Lana a su s’émanciper des codes musicaux très utilisés dans les années 2010 qui rendent aujourd’hui cette époque musicale un peu ringarde. Je rappelle que c’était l’année de Rihanna avec “Diamonds in the Sky”, l’explosion de “Gangnam Style” ou encore la collab Britney - Will.i.am avec “Scream and shout”. Contrairement à ces titres, je pense que les single de Born To Die n’ont pas pris une ride et auraient leur place dans une discographie de 2025.
Avec Born to Die, Lana Del Rey a livré une œuvre aussi fascinante que controversée. Un album qui divise, mais ne laisse jamais indifférent. En revisitant ce disque aujourd’hui, on mesure à quel point il a été visionnaire, autant par son esthétique que par son refus de se conformer à la pop “feel good” de son époque. Pour moi, c’est un classique que je suis ravie d’avoir dans ma collection de vinyles.