Sorti en 1973, Il n’y a plus rien est sans doute l’un des albums les plus radicaux de Léo Ferré — et aussi l’un des plus déroutants. Ici, plus de chanson au sens classique : Ferré se mue en prophète, en orateur déchaîné qui déclame, éructe, murmure, s’enflamme. C’est un cri contre la société, contre Dieu, contre tout — un long poème en colère, souvent fascinant, parfois épuisant.
L’accompagnement orchestral, ample et dramatique, renforce cette impression d’apocalypse : cordes, percussions, bruitages… tout semble voué à exprimer la démesure d’un artiste qui ne veut plus plaire mais témoigner. Pourtant, derrière cette ambition grandiose, le disque finit par se refermer sur lui-même. Le verbe, trop dense, écrase parfois l’émotion ; la poésie, sublime à certains instants, devient pontifiante à d’autres.
Ferré y atteint sans doute un sommet d’expression personnelle, mais au prix de l’écoute : le lyrisme se transforme en torrent, où la parole déborde la musique. On sort de l’album ébranlé, admiratif, mais rarement touché.
Résumé
Un manifeste furieux et visionnaire, d’une intensité rare mais inégale.
⚡ Un cri de génie — trop haut, trop fort, pour qu’on l’entende toujours.