Un virage à 400 degrés, et voilà que l'on retrouve la belle Izia, digne et talentueuse fille de Higelin, avec un album beaucoup moins rock et quasiment intégralement en français. Un changement de cap radical parfaitement réussi pour la jeune femme qui multiplie les paris gagnants. Cet album est très court, comme souvent avec Izia, ce qui lui confère un grand pouvoir lorsqu'il s'agit de capter l'audience et de la retenir. C'est aussi le risque de proposer moins donc d'avoir moins de cartouches pour dégainer des merveilles de chansons.
Dans La Vague, on retrouve le single éponyme qui fait le succès de l'album, loin d'être un hasard car c'est sûrement l'un des titres qui ressemblent le plus à ce qu'elle faisait avant. Certaines chansons sont brillantes, très addictives et psychédéliques comme Hey ou Silence Radio tandis que d'autres seront de véritables tueries sur scène (Bridges, Tomber). Ce virage électro engoncé dans une atmosphère sombre et hallucinogène me fait penser aux bases de Glasser, véritable artiste atypique elle-même influencée par beaucoup de groupes de trip-hop électro. Izia Higelin apprivoise le français avec brio, et si l'auditeur peut parfois se sentir déçu par les paroles, il ne faut pas oublier l'importance de certaines intonations et le côté musical des mots. Ici, ils sont au service de mélodies ondulantes et instables. La Vague est une brise soufflée par un instrumental très fort.
Coté influences, dans ce nouvel album, Izia me fait de suite penser à Mademoiselle K dans son rapport à la chanson française et par sa voix. Le côté déstructuré de certaines de ses musiques me rappellent aussi Zazie, dont je retrouve l'essence dans certains phrasés et dans la symbiose entre les instruments et sa voix. On pourrait aussi parler de similitude avec la nouvelle coqueluche Christine and the Queens, même si ici le résultat est nettement plus punchy et trivial.
Un album que j'apprécie beaucoup et qui ne me fait pas regretter l'ancienne Izia, même si le costume qu'elle endosse pourrait peut-être à terme lui faire perdre de sa superbe. Il lui reste encore à nous pondre un album qui mélangerait le rock et l'électro. Un bonheur qui me ferait oublier son seul feat, celui avec Orelsan, d'une platitude très décevante.