Never Say Die!
6.2
Never Say Die!

Album de Black Sabbath (1978)

En 1976, Black Sabbath commençait à prendre l’eau de toutes parts. Les addictions étaient continues et tous y succombaient même si le comportement d’Ozzy posait de plus en plus de problèmes. La créativité s’en ressentait, l’envie toute bête de continuer, Iommi faisait ce qu’il pouvait pour tenir le paquebot à flot mais les trois autres membres regardaient ailleurs. Les ventes de « Technical Ecstasy » s’en sont lourdement ressentis. En 1977, c’est décidé, un Ozzy en perdition se barre et va mener sa propre barque. Le groupe n’a rien fait pour le retenir puisque la plupart du temps, il n’était plus en état de chanter ou ne le voulait simplement pas. Il est remplacé par Dave Walker, ex de Savoy Brown et Fleetwood Mac, mais cet intermède n’a pas duré car bien que bon chanteur, Walker n’arrivait pas vraiment à s’entendre avec le trio restant. Et voilà que le Ozzy en 1978 souhaite réintégrer le groupe ! Vu l’état du gars à ce moment-là, Iommi, Butler et Ward ne sont pas pour mais ils sont forcés par leur maison de disques. C’est Ward qui annonce à Walker qu’il peut faire ses valises, alors qu’il n’avait rien vu venir. Revoilà donc le groupe originel en train d’enregistrer à Toronto un nouvel opus. Tout le monde est dans un état lamentable. Ozzy se contrefout de ce qui se passe mais refuse de chanter la moindre chanson composée avec Walker alors il (Iommi) faut se remettre au boulot.

Tony tente malgré tout d’aller au bout de cet enregistrement où la coke arrive au studio par saladiers entiers. Bill Ward pète régulièrement les plombs jusqu’à s’évanouir dans le studio (anecdote racontée par Geezer)…Le fait qu’ils soient allés au bout est déjà un petit miracle. Mais aucun des quatre n’a été très tendre avec cet album, dont Ozzy qui a affirmé : « C’est le pire travail auquel j’ai participé. J’ai honte de cet album. Je le trouve dégoûtant ». Voilà, voilà, l’affaire semble à partir de là réglée. L’affaire n’est pourtant pas si simple avec un « groupe » de cette envergure. Est-ce un bon album ? Selon les standards de Sabb’, non, bien sûr, puisqu’on est à des années-lumière de leurs classiques. Mais est-ce une bouse irrécupérable et inécoutable ? Non plus. C’est un album trop hétérogène, sans morceau suffisamment marquants, sans direction claire là où « Technical Ecstasy » était quand même hard rock plus que heavy metal. On pouvait lui reprocher mais il se tenait pour moi un peu plus que celui-ci. Ozzy a qualifié Black Sabbath de « putain de groupe de jazz » à ce moment-là. Et c’est vrai que l’influence du jazz fusion et du rock progressif se fait alors sentir sur Iommi. Don Airey (Rainbow et futur Deep Purple) assure les claviers, très présents. Si on doit retenir deux titres, pour moi ce serait « Never say die ! » et «Air dance » (encore bien aimé par Ward bien qu’éloigné du metal, c’est vrai). Et c’est vrai qu’on a là deux morceaux qui se tiennent plutôt bien. Le reste est plus problématique et ça fait quand même pas mal. Et quand le groupe cherche à renouer avec ses racines heavy, comme dans « Johnny Blade », eh bien, ça ne marche pas complètement, comme si le cœur n’y était avec un Iommi qui lorgne vers le rock prog’, le jazz et le punk, et un Osbourne qui lui veut rester dans ce qu’il connaît et ne souhaite pas s’aventurer dans autre chose.

On touche le fond arrivé aux deux derniers morceaux avec un instrumental, court heureusement, « Breakout », sorte de jazz progressif qui tombe comme un cheveu sur la soupe (C’est le Sabb’, ça ?!!! C’est quoi ce déluge de cuivres ???) et je précise que j’aime le jazz fusion mais là, ça ne fonctionne pas du tout. Et puis, en guise de conclusion, « Swinging the chain », ce qui aurait pu être l’occasion de finir sur un morceau plus punchy, heavy blues et qui mette les choses au clair. Eh bien, non, loupé aussi car Mr Ozzy refuse tout simplement de le chanter et c’est donc Bill Ward qui s’y colle…Ça aurait pu être un bon morceau mais les circonstances ne s’y prêtaient pas. Décidément, l’esprit n’est plus là. La pochette n’est pas la plus réussie de leur discographie mais elle l’est bien plus que celle de « Technical Ecstasy » et garde aujourd’hui encore un côté inquiétant, menaçant. On le comprend, le temps d’Ozzy était compté et c’est juste après la tournée de cet album en 1979 (où le groupe se fait presque voler la vedette par sa 1ère partie, des Californiens qui se nomment…Van Halen) que Butler a été envoyé pour lui annoncer qu’il était viré du groupe. Iommi, lui, refuse de se laisser aller et a déjà contacté un chanteur américain diaboliquement prometteur, un certain Ronnie James Dio. Mais ça, c’est déjà une autre histoire.

JOE-ROBERTS
5
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le 12 août 2026

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