1968.

Grand cru (encore) pour la musique anglaise. Beatles; Beggars Banquet; The Kinks are the village green preservation society; Wheels of fire; Electric Ladyland; Astral Weeks; S.F Sorrow, etc.

Ces albums sont, pour la plupart, le résultat d'années d'évolution, de multiples essais et de succès critique et public.

Ces valeurs sûres du circuit artistique britannique (Kinks, Beatles, Stones, Cream, etc...) sont alors à l'apogée de leur créativité, ils laissent pleinement cours à leurs envies expérimentales et littéraires.

A cette époque, le nom des "Zombies" n'évoque qu'un lointain souvenir. Celui du début de la pop, avant l'explosion psychédélique du Revolver (1966) des Fab Four. Ce groupe fossile de la British Invasion offrait en 1965, avec leur premier album Begin Here, une pop guillerette aux superbes arrangements vocaux. Des hits au rendez-vous, la magnifique The way i feel inside, une jolie reprise du standard jazz Summertime, mais surtout l'iconique et légendaire She's not there, qui est devenu avec le temps lui aussi un standard de son genre. Comparable aux Beach Boys dans leurs harmonies, ce groupe prometteur eu donc un grand succès au point de partir en tournée aux Etats-Unis, où des singles du groupe comme Tell her no ou le déjà cité She's not there pointaient aux plus hautes marches du fameux Billboard 100.

Seulement, ensuite, le groupe sombrera. Plus aucun succès après l'année 1965, malgré une production de chansons qui aurait pu remplir 1 ou 2 albums. Ces ébauches/rarities sont de petits trésors pop, clavecins et voix souvent predominent (Imagine the Swan par exemple, sublime).

Un label (Decca) qui ne fait plus confiance à son groupe, leur talent artistique était relégué au second plan, l'appât du tube et du gain prônait. Et devant ce manque de liberté, le groupe décida de signer un contrat pour enregister un nouvel album avec le label CBS, dans les studio d'Abbey Road d'EMI.

Avant de parler de cet album, il est important de noter que ce fut également un nouveau fail commercial. Enorme pari artistique du groupe, le disque les fit sombrer pour de bon à leurs tombeaux, les critiques n'y ayant pas donné grande importance. Aucun des singles (Care of cell 44 et Friends of mine) ne rencontrit non-plus le succès, sauf le troisième. Titre légendaire, Time of the season mis du temps avant de devenir un immense hit de l'année 1969. Une chanson mythique et parmis les plus utilisées dans la pop culture.

Et donc cet album...un miracle. Un des disques les plus improbables de la musique moderne. Juste...(*reflexion interne) Comment ont-ils fait? Aidez moi, je ne comprend pas. A l'image du Village Green des Kinks ou le Pet Sounds des Beach Boys, c'est un véritable recueil de mélodies pop fabuleuses. Certes, entre 1965 et 1967-8, le groupe était resté productif, mais s'attendre à un tel retour, une telle réaction d'orgueil. C'est un miracle.

J'aime tellement cet album, pour répondre à ma question au dessus, je me dis que le temps de gestation entre leur premier album et celui-ci a forcément aidé le groupe à s'inspirer de multiples choses, de musique classique, d'histoires fantastiques. Car c'est ce qui fait le fondement de l'album, ces partitions de piano/mélotron/orgue, ces textes empreints de poésie, d'amour et de contes.

Un conte de fées en lui-même. Un ensemble majestueux. Un voyage, un trip à travers la beauté. Plus beau que les Beatles, plus viscérale que les Stones, plus entraînant que les Kinks (et pourtant, Dieu sait à quelle point moi et ce groupe, c'est une longue histoire). La voix de Colin Blunstone n'y est pas pour rien, une des plus douces de cette période. On note aussi que le mélotron utilisé sur ce disque est celui de John Lennon, bon, on est aux Abbey Road Studios, on profite autant se servir quoi, puis le type l'avait oublié alors bon.

Odessey and Oracle est un chef d'oeuvre inconstestable, et incontesté après sa sortie. Ces titres, ces harmonies, cette voix, les instruments. Tout cela a un vrai son, quelque chose d'indescriptible. Aucun autre groupe ne sonne comme les Zombies, on reconnaît les notes de piano de Care of cell 44 qui débutent l'album. Magnifique titre. Et ensuite, on comprend bien vite, on se rend compte qu'ils vont nous la faire, le coup de l'album parfait. Le genre de sentiment que l'on a au début d'un disque fin-60's des Stones, ces bougres pour commencer Beggars Banquet ou Let it bleed, te balancent Sympathy for the devil ou Gimme Shelter. Et tu restes suspendu durant toute l'écoute. Avec cet album, c'est ça.

Première face, la plus belle: Care of Cell 44; A rose for Emily; Maybe after he's gone; Beechwood Park; Brief Candles; et puis Hung upon a dream, meilleur morceau de l'album à mon avis. Beau à en pleurer, quintéssence du son et de la poésie de l'album. C'est ahurrissant de beauté, ça vous prend aux tripes, notamment l'envolée de la fin, où melotron et voix se confondent, formant comme un sorte de flou qui vous embaume et vous laisse sur un nuage, spoking with soft persuading words.

Deuxième face: le grand Changes; I want her she whants me; This will be our year; l'étrange, inquiétant et psyché Butcher's tale (Western Front 1914); Friends of mine et pour finir Time of the season, titre culte comme aboutissement de ce long périple, cette odyssée à travers le désert pour le groupe de la banlieu londonienne.

C'est beaucoup trop beau et fort bordel, de la pop qui vous fracasse de douceur et de mélodies.

Un groupe taillé pour faire des ballades, qui savait raconter et poser une ambiance en quelques notes, en quelques instants de chant. Comment ne pas reconnaître l'intro de Changes, les "aaah" de Time of the season. Le charme et la galanterie à l'anglaise gravée sur un disque.

Une attente si justifiée, un classique magnifique qui doit être cité lorsque viennent les discussions sur la musique, là où tous les superlatifs sont de mise, et où la passion prend le dessus sur la réalité.

Tom-Frost
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le 4 juin 2022

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Tom-Frost

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