Senjutsu
6.3
Senjutsu

Album de Iron Maiden (2021)

Un album maladroit, mais de grande qualité

3 mois se sont écoulés depuis la sortie de Senjutsu, un recul qui me semble maintenant suffisamment long pour émettre un avis pertinent. Je m’étais tenté à un exercice « express » quelques jours après sa sortie et après une seule et unique écoute, d’y donner mes impressions à froid, y saisir toute l’authenticité à travers une chronique courte et spontanée dont voici une partie du contenu ci-dessous :



  • Recyclage de thèmes et de riffs déjà existants

  • Voix de Dickinson en perte de puissance, sur certains passages c'est limite chiant (sur les premiers morceaux notamment) / album véritablement planant. Puissance moindre par rapport aux albums précédents. Une volonté de voyage, apaisant. Pas désagréable comme approche

  • la batterie un peu en retrait par rapport aux albums précédents également, mais curieusement semble être plus "précise"

  • Des petites innovations intéressantes mais paradoxalement un manque d'inspirations sur d'autres passages (cf premier point)
    les soli de Gers pas spécialement inspirés (resucée de ces anciens patterns) à l'exception des 2 derniers morceaux

  • Ce côté planant mentionné plus haut évoque un peu les ambiances de X-Factor, en moins sombre, mais tout aussi introverti


Voilà pour la remise dans le contexte.


Parce qu’il y a toujours un décalage certain, entre ce qu’on ressent lors des premières écoutes d’un disque, et après des dizaines d’écoutes, que l’on a pu se permettre de faire dans des situations différentes, et dans des états émotionnels différents.


Alors, sur la forme, les points que je mentionnais trois mois plus tôt ne changent pas fondamentalement, je m’attarderai pas là-dessus ça ne serait pas forcément intéressant.


Mais globalement, je dois dire que j’ai été absolument fasciné par cet album, j’ai pris énormément de plaisir à l’écouter, malgré ses défauts manifestes. Cet album est maladroit par pleins d’aspects c’est vrai, mais il dégage une aura très particulière, apaisante, planante, bienveillante même, et presque surnaturelle parfois. Le trio épique Death Of The Celts / The Parchment / Hell On Earth qui conclut l’album représente parfaitement cette quintessence, malgré leur longueur manifeste (10 à 12 minutes chacune), on ne ressent pas ici la volonté de nous en mettre plein la vue, juste nous proposer une palette de couleurs et d’émotions variées. Et oui, la musique ce n’est pas que de la technique, de la structuration bien ciselée ou la course à l’originalité, c’est aussi, et surtout avant tout des émotions, et ces trois pavés mélodiques et oniriques sont là pour nous le rappeler.


Contrairement à beaucoup d’autres avis que j’ai pu lire ici et là, je trouve la production très travaillée. Alors, là encore, ça dépend des goûts de chacun, mais je la trouve très équilibrée, elle ne sonne pas pâteuse ou trop compressée comme on a pu en avoir par le passé, tout semble être bien à sa place ici, il y a une certaine clarté qui s’en dégage, Kevin Shirley a fait là-dessus un super boulot, et c’est ce qui a pu valoriser les compositions, surtout celles de la fin, celles que je mentionnais plus haut.


Et c’est d’autant plus flagrant quand je réécoute par exemple The Book Of Souls. Pourtant c’est un album que j’avais beaucoup aimé à sa sortie, et en le réécoutant récemment par curiosité, pour faire un peu le comparatif, je me suis surpris à l’avoir trouvé un peu lourd, parfois indigeste, je me suis arrêté après le premier disque. Et je pense pas que ça soit lié aux compositions que je trouve dans l’ensemble plutôt bonnes, mais peut-être sur les méthodes d’enregistrement et sur le mixage c’est possible … En bref, entre celui-ci et Senjustu, c’est vraiment le jour et la nuit.


Senjutsu démarre sur le morceau éponyme, c’est quelque chose que l’on a déjà vu par le passé, notamment sur The Final Frontier, et c’est pas pour rien qu’on a le même ressenti car en fin de compte le morceau est plutôt similaire à son protagoniste de 2010, ça démarre sur des percussions, enclenchant un mid-tempo sur un 3 temps bien lancinant, arrivent les guitares qui plaquent leurs accords de puissance, Bruce qui rentre et qui lance un flow solennel … La méthode fonctionne car le morceau est plutôt bon, voir même un poil plus mémorable que Satellite 15. Le refrain arrive relativement vite mais accroche bien, puis s’enchaîne une relative cohérence avec des ponts instrumentaux, des lignes vocales alternées, des solos, toujours sur ce même rythme ternaire par essence, transcendantal … L’ambiance dégagée me fait vaguement penser au morceau-titre de The Books Of Souls, avec un arrière-plan ethnico-guerrier, sauf que là on a pas à faire aux mayas mais plutôt aux samouraï, même si, et du coup c’est intéressant à noter, musicalement, les modes utilisés ne sonnent pas forcément japonais, Maiden là ne sont pas tombés dans ce cliché. Le morceau se conclut sur une longue session instrumentale avec un très beau solo d’Adrian Smith.
Il y a aussi quelque chose à noter c’est l’utilisation de nouvelles sonorités de synthétiseurs. C’est surtout flagrant sur les premiers morceaux de l’album, et qui a un rôle majeur dans ces ambiances générées si particulières. Même si là, et comme pour les albums passés, elles servent surtout de texture sonores, d’enrobage, plus que d’un véritable instrument.


Stratego, qui suit, est un morceau qui se veut plus énergique, format single, que le groupe a fait fuité quelques semaines précédent la sortie de l’album. Alors, c’est pas le plus mémorable, je pense qu’il aurait gagné à avoir quelques bpm en plus. Là ça se veut rapide mais on a quand même l’impression que ça se traîne. Un peu quand tu écoutes les versions live BEAUCOUP TROP MOLLES de Aces High sur la tournée 2018, c’est plutôt frustrant. Après, le morceau est pas mauvais, il s’écoute bien, le refrain passe bien, le solo de Janick Gers est correct sans plus. Bon morceau, mais un poil trop lent dans l’exécution pour marquer les esprits. Après, à voir comment il sera interprété en live (étant donné son statut de single, il sera très logiquement ajouté aux setlists de la tournée à venir).


Autre morceau qui nous a été présenté avant la sortie de l’album, avec même tout un pataquès d’indices énigmatiques précédant son dévoilement, c’est bien sur The Writing On The Wall, que le groupe nous a présenté donc, en plein mois de juillet accompagné d’un clip vidéo que personnellement j’ai trouvé assez réussi, assez intriguant avec ses petites références bibliques pas claires, bref ouais, j’ai bien aimé l’ambiance du truc.


Ça démarre avec quelques notes de guitares acoustique, seules. C’est assez rare pour être souligné. Cette intro est vraiment superbe, ça te pose une ambiance phénoménale. Mais ça ne dure qu’une vingtaine de secondes, et c’est domaaaaaaage … Ça enchaîne sur un riff un peu dansant légèrement bluesy pas désagréable, on sent la collaboration Dickinson/Smith dans l’écriture, y’a aussi de légères vibes hard-rock, et une guitare acoustique en rythmique qui traîne au fond du mix qui apporte beaucoup de clarté, c’est bien pensé. Le morceau sans être exceptionnel est bon, apporte un peu de diversité (d’ailleurs c’est dingue à quel point on ressent tout de suite quand un morceau n’est pas écrit ou coécrit par Steve Harris) et pourra avoir un bon potentiel en live.


Ensuite on a Lost in a Lost World, premier titre épique de l’album avec ses 9 bonnes minutes. Et là, je suis un peu plus nuancé, je pense que c’est un des morceaux les plus bancals de l’album même s’il possède de très bonnes idées. Et pourquoi ça ? Alors déjà, l’intro est très bonne, peut-être parce que l’arrangement est assez inhabituel ; deux accords, basse acoustique et guitare acoustique ensembles, une note de synthé fantomatique derrière eux, et le chant de Bruce qui arrive rapidement, presque plaintif. Après quelques couplets, on a à faire à des chœurs, juste des chœurs sans paroles, à plusieurs voix harmonisés. J’ai juste pas souvenir dans toute leur discographie qu’ils en aient déjà fait, c’est vraiment pas leur style, et cette addition est carrément bienvenue, ça rend vachement bien !


Là où c’est bancal c’est le reste. Le riff principal est pas forcément mémorable, on dirait un mix entre The Angel And The Gambler et The Red And The Black, toujours en mid-tempo qui se veut rapide mais qui en fait l’est pas, et qui, comme sur Stratego, donne cette impression de mollesse. La ligne vocale précédent le refrain a un air de déjà-vu très prononcé (en fait après recherches, ressemble énormément à certaines lignes de voix de The Man Of Sorrows) qui irrite un petit peu, et le refrain, assez sommaire, ne percute pas les esprits. S’en suit une phase instrumentale peu inspirée et BEAUCOUP TROP LONGUE, avec des répétitions vraiment pas nécessaires. Alors encore une fois, le morceau n’est pas désagréable, il s’écoute, mais à part l’intro et l’outro, le cœur du morceau est quant à lui assez moyenâsse, dommage.


J’espère surtout qu’il ne sera pas joué en live, ou alors faudra le booster un peu pour maintenir l’intérêt de l’auditoire.


Days Of Future Past, autre collaboration Smith/Dickinson. Et, bien que ça soit un des morceaux les plus courts de l’album, c’est probablement l’un des plus mémorables, malgré sa simplicité. Tout est fantastique dans ce titre, le lead d’intro, le riffing heavy-rock qui s’en suit, le tempo soutenu (mais crédible cette fois-ci!), et le refrain qui arrive rapidement, comme une évidence avec rappel du thème du début … Efficacité clinique. Des petites alternances dans les riffs qui font la différence, une phase instrumentale avec solo, une phase d’accalmie, puis de nouveau le refrain en outro. On a pas le temps de s’ennuyer et tout s’enchaîne parfaitement bien. Même Nicko McBrain, qui pourtant n’est pas le batteur le plus expressif du monde, parvient ici à nous sortir une belle prestation avec des patterns qu’il n’a pas l’habitude de nous proposer. Days Of Future Past fait parti de ces morceaux que je souhaiterai voir en live !


On enchaîne et on clôture le premier disque avec The Time Machine, la deuxième collaboration Gers/Harris après Stratego, et là, la critique est facile mais je suis obligé de la faire … Elle est sympa cette intro mais elle est quand même très similaire à celle The Books Of Souls (morceau sur lequel on avait – oh surprise - aussi Gers/Harris à l’écriture), ils se sont pas foulés là-dessus. Par contre, le riff qui lui succède est intéressant, il a des sonorités dansantes, presque celtiques dans l’esprit. Le refrain est très riche en éléments, notamment l’ajout d’une guitare rythmique acoustique, à l’instar de Writing On The Wall, oui clairement, ça fait mouche. Le morceau est dans l’ensemble joyeux et dansant, mais un peu simpliste dans la progression harmonique, notamment la partie avant le dernier refrain avant les solos. Mais l’ensemble est cohérent, le morceau est agréable, qui évoque aussi le morceau éponyme de Dance Of Death dans l’esprit (également coécrit par Gers).


D’ailleurs, j’aimerai faire un petit aparté, c’est flagrant à quel point le style de composition des musiciens chez Maiden est caractéristique. C’en devient même comme un jeu, les mêmes gimmicks ressortent souvent et on peut à force sans trop de difficultés deviner qui a composé quoi. De même pour les solos.


Sur Darkest Hour, 3ème et dernière collaboration entre Smith et Dicksinson, on a selon moi le deuxième point faible de l’album. Et un peu à la manière de Lost in a Lost World, le morceau démarre très bien. Presque cinématique, on entend le bruit d’une plage, des vagues, des mouettes, puis plusieurs arpèges de guitares apparaissent dans une progression harmonique très solennelle et originale, le genre de plan qui fait penser au style d’écriture de Dave Murray, mais ce n’est pourtant pas lui. S’ensuit un arpège semi-acoustique, puis le chant de Dickinson, en fin de compte ça fait très power-ballade et tous ces ingrédients à ce moment là me font énormément penser à Wasting Love de l’album Fear Of The Dark, on a exactement le même type d’ambiance. Jusqu’ici c’est plutôt crédible, ça fonctionne plutôt bien, mais passé le premier refrain, ça perd en substance. Ça manque d’éléments marquants et de variations. Et ça sera constant jusqu’à la fin, le morceau tarde à se clôturer. Très bon démarrage, mais pas de confirmation sur la suite, dommage.


Et puis, nous y revoilà. Death Of The Celts, The Parchment et Hell On Earth (déjà, rien que ces noms ont un potentiel épique indéniable), et c’est une première dans un album de Maiden, où 3 morceaux de plus de 10 minutes se succèdent, et de surcroît, qui clôturent un album.


Parce que des morceaux très longs, en guise d’épilogue, d’apothéose finale, chez Maiden, c’est courant, c’est même presque systématique. On pense tout de suite spontanément à des morceaux comme Rime Of The Ancient Mariner, Alexander The Great, To Tame A Land, Hallowed Be Thy Name, ou plus récemment Where The Wild Wind Blows ou Empire Of The Clouds, c’est très courant dans la structuration de leurs tracklists, mais là, on en a 3 à la suite ! C’est pas banal. C’est assez osé même. Et ces 3 morceaux sont tous intégralement composés par Steve Harris, qui avait pour habitude jusque là, depuis plusieurs années maintenant, de laisser s’exprimer un peu plus ses camarades dans ce domaine. Par conséquent, on est en mesure de se dire qu’il a du se sentir suffisamment inspiré pour pouvoir le faire.


Et du coup, qu’a-t-il à nous proposer, ce cher Steve là-dessus ? Commençons par Death Of The Celts (qui se prononce « Kelt »chez nos amis anglophones, cette particularité phonétique semble avoir son importance, y en a qui blaguent pas là-dessus, notamment les fans de Celtic « Keltic » Frost par exemple. Ce genre de personnes légèrement casse-cou.. heu, tatillonnes quoi)


Ce morceau possède par bien des aspects des similarités avec The Clansman de l’album Virtual XI, notamment par l’utilisation d’une basse acoustique, accompagnée par des guitares clean à l’unisson. C’est un schéma typique chez Steve Harris, on n’est ni surpris, ni dépaysé, mais ça fonctionne. S’ensuit un mouvement ternaire dans la même veine, Bruce part peu de temps après. Le morceau gardera ce rythme solennel et guerrier tout le long de la chanson (c’est dingue la puissance que peut offrir une rythmique ternaire, c’est jamais assez exploité à mon goût). Sur la phase instrumentale, on peut ressentir des motifs que l’on a déjà vu sur To Tame A Land de l’album Piece Of Mind. Influence discrète, mais tout de même notable, tout comme ce pattern à 6 minutes 26 que je suis certain d’avoir déjà entendu autre part à un moment de leur discographie. On a aussi la particularité d’avoir les 3 solos des guitaristes qui se succèdent sur exactement la même rythmique, qui me fait penser à la phase solo de No More Lies sur Dance Of Death sur lequel on avait cette même configuration, bien que sur morceau là, ici, le rendu soit moins mémorable.


D’ailleurs c’est marrant comme il est flagrant de constater que les morceaux intégralement composés par Steve Harris ont cette particularité d’être orienté autour de la ligne de basse ; les guitares la plupart du temps ne se contentent que de la suivre, et les accords sont souvent pauvres, juste des accords de puissance. Ça a pour conséquence d’accentuer la puissance mélodique du morceau.


Sur The Parchment, c’est encore la basse acoustique qui est à l’honneur. On est sur une thématique moyen-orientale, babylonienne même peut-être ? Le morceau est énergique et énigmatique, il me fait penser légèrement à The Nomad (sur Brave New World) dans ses lignes mélodiques, ce qui est tout sauf une critique. Le riff principal est épique et presque martial, à tel point que t’as envie de t’incliner et de te soumettre à sa volonté, Dickinson démarre peu de temps après, comme une entité qui formulerai des commandements divins, le ton est puissant et solennel, tu ressens véritablement la puissance et la grandiloquence, l’effet est impressionnant. On est pas loin d’un Alexander The Great sur l’effet donné, c’est dire la qualité de ce passage ! Probablement un des plus grands moments de l’album.


S’en suit une phase instrumentale et cette curiosité à 4 minutes 22 et cette décélération de tempo, dont je n’ai toujours pas la réponse sur sa nature … C’était voulu ou pas ? Parce que si c’était voulu, je vois pas ce que ça apporte, et si c’est non-volontaire, c’est assez surprenant de se dire qu’ils aient gardé un « défaut » aussi évident. Enfin bon, bref, c’est pas si grave, ça change pas fondamentalement le morceau, et puis ça me permet de faire une bonne transition avec le solo de Murray qui arrive une poignée de secondes plus tard, et qui je trouve, personnellement, est probablement le solo le plus poignant, le plus chargé en émotions qu’ils nous aient jamais donné de jouer dans toute la discographie de Maiden. Lui qui était plutôt discret depuis le début du disque, qui n’a écrit ou coécrit aucun morceau lors de ses sessions (une première depuis des décennies) nous rappelle par cette exécution incroyable que Dave Murray est bel et bien l’âme mélodique du groupe. Quand j’écoute ce solo, j’en ai des frissons, systématiquement.


Après cette phase, on a un genre de montée avec le retour du chant qui se conclut par un final magistral à 9 minutes 21 où Dickinson tient la note pendant de nombreuses secondes qui rappelle les plus belles performances de sa jeunesse, et qui de la même façon que Dave Murray avec ses expressions mélodiques, vient déclencher des émotions en moi les plus fortes et les plus profondes. Exceptionnel.


Et pour couronner le tout, s’ensuit une phase énergique, dans laquelle Janick Gers (lui aussi), jusque-là plutôt prévisible et pas forcément mémorable, nous gratifie probablement l’un de ses meilleurs solos de toute sa carrière. Très différent du style Murray, mais très expressif également, à sa sauce.


The Parchment aurait également un super potentiel en live.


Hell On Earth, qui conclut l’album, et comme les deux morceaux qui le précède, nous propose une introduction à base de basse acoustique, accompagné de guitares clean. On a à faire à une atmosphère assez sombre et mélancolique qui rappel de façon évidente l’album The X Factor. Le petit lead qui se rajoute en guise de thème évoque quant à lui l’album Brave New World. Joli syncrétisme.


L’introduction est assez longue (plus de deux minutes !) le morceau se développe lentement, prend son temps, ce qui accentue son côté solennel et apaisant. Ce passage est tout simplement majestueux.


Ça enchaîne sur une rythmique assez classique, puis sur un thème assez fédérateur, un peu à la façon de Where The Wild Wind Blows, c’est pas mal mais pas non plus particulièrement marquant, jusqu’au refrain où là on relève clairement le niveau avec quelque chose de particulièrement héroïque, les voix sont doublées, et dont la mélodie est également accompagnée par une guitare lead, ce qui donne quelque chose de particulièrement riche et imposant, qui ne laisse pas indifférent.


La deuxième partie du morceau s’engage sur une partie plus calme, un peu hypnotique (qui rappelle un peu ces phases ambiantes qu’on avait sur Rime Of The Ancient Mariner ou sur Seventh Son Of A Seventh Son) mais assez courte, qui permet à Dickinson de rebondir sur quelque chose de plus affirmé en balançant cette ligne de voix fantastique : « Looooove ... in anger ... liiiiiife in danger !! » qui fondamentalement veut pas dire grand-chose mais qui me fait toujours un petit effet avec son aspect dramatique probablement délibéré. S’en suit une phase instrumentale avec des solos qui, là aussi, semble décéléré niveau tempo, c’est assez curieux. Et l’outro, comme beaucoup des morceaux écrits par Steve Harris se conclut sur le même thème que l’intro, et va doucement terminer sa course en fondu vers l’horizon … Superbe conclusion, l’effet est prenant (d’ailleurs, Maiden qui finit un morceau sur un fondu c’est également quelque chose d’extrêmement rare, on n’avait pas vu ça depuis Stranger in a Strange Land)


Par conséquent, au-delà des nombreux éloges que je viens de faire tout le long de cette chronique, il y a malgré tout beaucoup de défauts, qu’il ne faudrait pas occulter, des petites choses agaçantes, dérangeantes, qui font que certains ont trouvé cet album particulièrement lourd et barbant. Et dans un sens je les comprends.


Il y a par exemple, un manque de recherche d’originalité dans les riffs. Beaucoup d’entre eux rappellent de façon troublante d’anciens riffs d’anciens morceaux du groupe, vous l’avez vu, les exemples sont nombreux, et c’est parfois assez irritant. Et c’est également un problème qu’on avait sur The Book Of Souls, des resucées de riffs déjà existants (Coucou, Shadows Of The Valley et son pompage du riff de Wasted Years avec 30 bpm en moins), je pense que sur ce point là, Maiden aurait pu se creuser un peu plus la tête.


Une critique qui leur a été adressée souvent, c’est aussi par rapport à l’arrangement des mélodies où par exemple, les lignes de voix sont très souvent (trop souvent) accompagnées par une guitare lead à l’unisson (on a ça dans quasiment tous les morceaux de l’album) alors que par le passé, on pouvait effectivement trouver ce genre de choix d’arrangement, mais c’était beaucoup moins fréquent, ou plus discret (Aces High, Montségur, ces exemples qui me viennent en tête), et il est vrai que par moment, ça agace un peu.


Janick Gers … C’est l’impression que j’avais à froid après mon unique écoute et je suis obligé de la maintenir … J’aime beaucoup le jeu de Gers, c’est vrai qu’il est un peu sauvage et crado, mais on sent qu’il joue avec passion, et avec le cœur. Mais là il s’est un peu contenté du minimum syndical, balançant des plans qu’il a déjà balancés sur d’autres de ses solos par le passé, et à l’exception de celui sur The Parchment, le reste est plutôt décevant.


On peut également relever, et je pense que ça sera mon dernier point, que, bien que l’album ai une thématique visuelle de type japonisant, ça ne se ressent pratiquement pas, ni dans les ambiances, ni dans les morceaux, ni même dans la thématique des morceaux. Est-ce que c’est une critique ? Je ne sais pas. Mais j’ai trouvé cette direction artistique assez déroutante pour le coup, assez surprenante.


Pour conclure, je dirais que j’ai adoré cet album, mais pour des raisons, je le conçois, purement subjectives. C’est un album bourré de défauts mais que j’ai adoré écouté, dont j’ai adoré l’ambiance, à la fois épique, héroïque, planant mais aussi un peu introverti. Comme quoi, on n’est pas obligé de chercher la perfection pour faire un très bon album.

lépagneul
7
Écrit par

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le 7 déc. 2021

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lépagneul

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