Ah, il nous aura fallu l'attendre cet album. Le Legacy of the Beast Tour, tournée à laquelle je repense toujours avec un immense plaisir, nous avait laissé un goût d'inachevé, pandémie oblige. Il faut dire que ce Senjutsu a été enregistré au printemps 2019 à Paris et depuis gardé précieusement dans un coffre, afin d'éviter tout risque de fuite et de piratage, la situation sanitaire n'en permettant pas une sortie dans de bonnes conditions. Même les musiciens du groupe ont avoué qu'ils n'en avaient écouté la version finale que très tardivement! Ils ont donc eu le temps de peaufiner leur oeuvre et elle est bluffante. C'est une nouvelle fois un double album, comme le précédent The book of souls, à nouveau produit par Kevin Shirley, qui travaille avec eux depuis maintenant un bout de temps (comme avec Bonamassa d'ailleurs). J'avoue que The book of souls m'avait laissé une impression mitigée, pas impérissable. Là, je suis bien plus conquis par cet "Art de la guerre" selon Iron ("Senjutsu" en japonais). Il y a un vrai souffle épique dans cet album. Voilà Eddie en version samouraï bien aiguisée et saignante (iconographie toujours soignée). La guerre est donc un motif récurrent dans ce double album mais on sent un groupe en pleine possession de ses moyens et surtout qui ose, après une carrière qui s'approche doucement de ses 50 ans. On sait depuis longtemps le goût de Steve Harris pour le rock progressif et là, dans cet album, il se permet des morceaux qui peuvent durer plus de 10 mn, The Parchment fait 12 mn 39! Alors oui, on dépasse les morceaux de 3 mn rentre-dedans que le groupe a parfaitement maîtrisé depuis longtemps et certains fans ronchonneront inévitablement mais qu'au bout de tant de décennies, Iron soit capable de surprendre a de quoi laisser sur le derrière, non?! Je trouve cet album plus efficace, sans doute plus inventif que The book of souls, comme si la synthèse entre métal et progressif chère au groupe était ici maîtrisée à la perfection, les motifs de guitare de Smith, Gers et Murray s'entremêlant dans des ambiances très différentes , on pense parfois à de la musique classique espagnole voire à Ravel!!! Attention, ça envoie quand même, le titre le plus court de l'album, Days of future past, fait 4 mn et rappelle le passé d'Iron, un morceau classique mais hyper efficace avec la guitare de Smith bien tranchante. Mais pas question de radoter et de refaire tout le temps le même morceau en restant collé au passé, si glorieux soit-il: The Parchment m'a bluffé, c'est pour moi peut-être le meilleur morceau de l'album, métal (oui, oui, on peut headbanguer dessus!) mais incroyablement divers. Des musiciens au final qui sont au sommet de leur art, les oreilles grandes ouvertes et tant pis pour ceux qui sont restés collés aux classiques époustouflants des années 80. Oui, on peut hurler à s'en briser la voix sur The number of the beast, Run to the Hills ou 2 minutes to midnight et trouver que ces musiciens vieillissent bien et continuent d'évoluer, ça, ça n'est pas donné à tout le monde! Vivement la tournée, je pense que plusieurs de ces titres ont pris une dimension supplémentaire lors de la tournée 2024 qui a mélangé des morceaux de cet album avec plusieurs de "Somewhere in Time". Pour tous ces souvenirs et ceux à venir, un seul cri de ralliement: Up the Irons!