The Mountain
6.9
The Mountain

Album de Gorillaz (2026)

Pour les admirateurs de la première heure de Gorillaz, l'après-Plastic Beach est un casse-tête assez intense. Ce qui a fait le succès passé du groupe aura connu ses limites : tandis que la transition pop plus poussée de Humanz a provoqué pour certains une overdose de ces collaborations plus ou moins bien gérées, le surprenant et intime The Now Now avait directement sonné comme une réponse, invitant alors les premières réflexions sur un album solo de Damon Albarn plutôt qu'un projet Gorillaz. Et si la lueur avait été aperçue avec l'ambitieux et cohérent projet Song Machine, l'irrégulier album de dance Cracker Island avait immédiatement fait disparaître les espoirs d'un possible retour du groupe aussi qualitatif que la trilogie sacrée formée par Gorillaz, Demon Days et Plastic Beach.


Il y a pourtant quelques mois, une annonce d'un nouvelle album qui sonne, cette fois-ci, nettement différement des précédentes. Une réinvention, un album qui ne se voit comme aucun autre du groupe ; et, sans doute dans l'idée de créer un espoir assez bref, des références à Plastic Beach, le dernier chef d'œuvre, plus de quinze ans après. Cet espoir aurait seulement été assez bref si cette annonce n'avait pas offert une réelle surprise : un single, la première collaboration de Gorillaz avec les Sparks, ayant reçu une belle lumière sur leur carrière il y a quelques années grâce à la sortie du film Annette. Un Art Pop qui réinvente un peu le groupe, un feat équilibré à la perfection, et une magnifique ligne de basse qui s'incruste dans une production riche évoquant immédiatement le fameux Plastic Beach.


Six mois après la sortie de ce single, après quelques performances lives, interviews et autres sorties, The Mountain est disponible. Une introduction, ou double-introduction en incluant The Moon Cave, qui rassure : les promesses sont tenues, la musique indienne a réellement transformé le groupe dans une direction inédite, les compositions sont les plus riches et variées, sans surenchère inutile, depuis assez longtemps pour se demander si Damon Albarn n'avait encore jamais aussi bien utilisé son travail à l'opéra dans l'un de ses autres projets. Cette variété fait un écho plus qu'évident à Plastic Beach et confirme la volonté du binôme Hewlett-Albarn de renouer avec la récette qui a fait leur succès, jusqu'à convonquer d'anciennes collaborations de cet album.


Ces collaborations sont d'ailleurs parmi les meilleurs de la discographie récente de Gorillaz. A noter la justesse accordée dans l'utilisation des archives des regrettés Mark E. Smith, Dave Jolicoeur, Tony Allen, Proof ou encore Bobby Womack, une justesse qui renforce le traitement de la thématique centrale de l'album : le deuil. L'écriture d'Albarn trouve d'ailleurs avec perfection sa place dans un sujet aussi lourd. Certes, les récents évènements de sa vie privée légitiment sa position, mais la richesse de son écriture demeure remarquable de par cette variation permanente entre les différents styles. La brève naïveté de sa plume porte avec une puissante force émotionnelle The Hardest Thing / Orange County mais aussi un Plastic Guru qui rappelle le resplendissant final de The Now Now. Quand les vers-slogans de The Happy Dictator ironiquement aliènent, ceux de The Empty Dream Machine nous emporte dans un voyage aux éclaircies flottantes et mélancoliques.


Selon les critères imposés par le projet Gorillaz lui-même, l'écriture d'Albarn, aussi envoûtante peut-elle devenir, n'aurait peu d'importance si ses invités ne seraient pas tout autant à la hauteur. Et c'est ainsi qu'il faut noter des performances incroyables : Black Thought ne traverse pas simplement les morceaux, il les transperce ; Trueno se voit accorder de longues minutes de gloire dans le surprenant The Manifesto, sans doute le morceau le plus original de l'album ; la convocation de Anoushka Shankar et de son sitar lie encore plus intelligemment chaque morceau comme une partie de ce grand, cohérent et puissant ensemble que forme The Mountain. La seule déception peut se porter sur la présence de Johnny Marr qui n'a pas autant marqué l'album que, en gardant ce même procédé limité de la comparaison, Paul Simonon et Mick Jones avaient pu le faire pour Plastic Beach.


Par ailleurs, The Mountain convoque aussi les plus grosses folies de la trilogie parfaite (DARE, Glitter Freeze...) avec la tendre explosion de Delirium au cœur de ce voyage, dont l'énergie aura sûrement de quoi émouvoir les admirateurs de Mark E. Smith, dont nous entendons cette fois-ci certainement pour la dernière fois la voix dans un morceau inédit qui rend aussi un hommage plus que juste et détruisant à The Fall, le groupe dans lequel son icône aura atteint le sommet.


A noter également que si The Now Now était un prolongement amélioré et bien plus judicieux de l'album The Fall, expérimentations assez inégales enregistrés pendant la tournée de Plastic Beach, ce nouvel album, particulièrement dans son dernier tier, peut aussi être perçu comme un prolongement de The Now Now avec The Shadowy Light, Casablanca et la balade The Sweet Prince, comme un rappel que, dans toutes ces années qui nous séparent du dernier chef d'œuvre, il n'y a pas tout à jeter, loin de là.


En brefs derniers mots, The Mountain n'est pas un simple retour d'un groupe dont on pensait le génie parti à jamais : The Mountain est une invitation pour le groupe à un nouveau départ mais aussi une invitation aux admirateurs de Gorillaz et autres mélomanes à découvrir des compositions inédites, qui mélangent sans dénaturer, qui convoquent sans recycler et qui expérimentent sans se conformer.

3nzo13
10
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Créée

le 27 févr. 2026

Critique lue 752 fois

eиzo

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7

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