Il arrive qu'un album n'ait pas besoin d'être génial d'un bout à l'autre pour être marquant. C'est le cas de ce premier album inaugural des Stooges dont Bowie et les Punks se feront les meilleurs VRP et les meilleurs disciples. On est en 1969, l'horreur Charles Manson va succéder à la Grande Messe hippie Woodstock. Si les Stones incarneront ce moment de mort de l'innocence sixties en embrassant la Grande Histoire (Gimme Shelter et le Viet-Nam), Iggy l'incarnera en se plaçant à hauteur d'homme. En trois immenses morceaux. Un diptyque de l'ennui: No Fun et 1969. Parce qu'au-délà de riffs rappelant qu'avoir les bons accords compte plus que la virtuosité, au-delà de leurs mélodies à la fois simplistes et accrocheuses, les deux chansons traitent d'un sujet rock par excellence: être jeune, s'emmerder dans un coin perdu, essayer d'y tuer l'ennui en espérant un jour le quitter pour la grande ville. Et le troisième, I wanna be your dog. Parce qu'un jour l'Iguane a croisé une femme promenant son toutou en se déhanchant, parce qu'en la voyant il a rêvé d'être à la place du toutou. Quand on sait l'admiration de l'Iguane pour les Stones, il n'est pas interdit d'y voir une réponse au morceau phare de Mick et Keith : je suis tellement en manque sexuellement que je suis prêt à aller jusque là pour obtenir Satisfaction. A la frustration exprimée par un Jagger fier comme un coq répond la frustration exprimée à genoux par l'Iguane. Le reste de l'album? Du bon, du très bon, de l'excellent mais rien d'aussi marquant. Nevermind. Car trois morceaux ont suffi à l'Iguane pour incarner un précieux kit de survie pour tous ceux qui doivent traverser l'âge ingrat.