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le 21 juin 2013
SuivreHuman bomb
Akira a ceci de commun avec Le Petit Prince qu’à chaque relecture il prend une nouvelle dimension. Akira à ceci de différent du Petit Prince que pour Akira c’est vrai. En littérature on appellerait...
Je le relis en ce moment, et je tiens à poser ces quelques lignes.
L'histoire se passe à Néo-Tokyo, après un cataclysme qui a annihilé la ville de Tokyo. L'action commence en suivant un gang de bikers à la recherche du nouveau frisson. Ces bikers tombent sur une nouvelle drogue qui rend surpuissant et certains d'entre eux commencent à la consommer. Progressivement, le propos s'agrandit en incluant de nouveaux protagonistes, les tensions montent pour finir en une apothéose-confrontation finale.
Ce qui saute aux yeux tout d'abord, ce sont les qualités exceptionnelles du dessin.
Déjà, de ce dessin sont absents les grands yeux "kawaii", pour notre plus grand soulagement. Ça installe déjà un ton plus mature.
Et pour revenir au dessin, celui-ci est tout à fait exemplaire. C'est un sans-faute.
Les visages sont très expressifs tout en restant dans le raisonnable. Les postures aussi sont dynamiques et subtilement travaillées. L'équilibre des personnages est comme on peut s'y attendre dans la réalité. Aucun personnage, même le soldat anonyme qui n'apparaît que le temps d'une case, n'est délaissé dans le dessin, et tous les protagonistes bénéficient de ce même traitement rigoureux. Ce qui assure encore plus l'immersion.
Les vastes paysages, les énormes bâtiments de Néo-Tokyo, les navires de guerre, tous les décors sont finement détaillés et avec justesse. Les machines sont détaillées de façon cohérente, tant dans leur conception que d'un plan à l'autre.
Les ombres projetées sur les parties désolées rappellent ces journées ensoleillées et tranquilles que rien ne vient perturber.
La perspective est rigoureuse, même lorsque le point de vue utilise un angle inattendu, auquel cas cette perspective vient ajouter quelque chose au propos. C'est très filmique, quelque part, mais dans le bon sens du terme.
Et certaines planches et vignettes montrent le couvert nuageux imposant, parallèle à la surface de l'océan, et entre ces deux plans, l'action qui se déroule, ou alors, un trait de lumière vient crever le plafond nuageux. Ça donne le vertige.
Quant à l'histoire, on retrouve un complexe militaro-industriel qui tente de maîtriser une arme vivante dont les capacités reflètent les niveaux d'énergie déployés par les bombes nucléaires.
Le truc du complexe militaro-industriel est aujourd'hui une sorte de poncif, à force d'être utilisé superficiellement. Mais pas dans le cas de Akira. L'auteur est né et a grandi dans le Japon du lendemain de la 2ème GM, un japon traumatisé par le nucléaire. Et le complexe militaro-industriel reflète une réalité, cette réalité dans la conséquence de laquelle il est né et a grandi. La réalité dans laquelle les forces armées d'un pays ont travaillé pour concevoir dans le secret le plus total des armes suffisamment destructrices pour éradiquer des populations entières. L'arme ultime, l'arme de toutes les armes, celle qui fait cesser toutes les guerres, telle que fantasmée par Alfred Nobel un demi-siècle plus tôt, l'arme qu'envient les pires dictateurs.
Akira, c'est cette arme vivante, cet orphelin sur lequel les militaires ont expérimenté cette nouvelle drogue afin de créer l'arme ultime.
L'histoire tourne autour de cet enfant. Le colonel cherche à éliminer cette arme qui lui a échappé des mains. Il est aidé par les autres enfants ridés qui ont reçu des pouvoirs similaires, quoique moins grands, suite aux mêmes tests. D'autres profitent de l'image d'Akira pour régner sur un nouvel empire japonais factice constitué de fanatiques.
L'empire japonais s'écroule. L'empire japonais ne maîtrisera jamais une quelconque arme nucléaire. C'est ce que constate ce manga. Malgré les derniers fragments de l'empire passé, malgré les foules fragmentées qui continuent de se raccrocher à une gloriole passée, l'empire japonais s'est éteint, pire, s'est autodétruit, broyé sous ses propres prétentions militaires trop orgueilleuses.
Akira, c'est un petit enfant qui a perdu son identité et ses souvenirs, il est devenu apathique à ce qu'il se passe autour de lui, son pouvoir a pris le dessus, il est le pouvoir incarné et n'est plus un individu en tant que tel, il est devenu incapable de réfléchir et de décider. Tout au plus, il réagit aux menaces sur sa personne, en détruisant tout autour de lui.
C'est une divinité. Dans tout ce qu'une divinité peut avoir de plus égoïste.
Malgré son pouvoir absolu, il ne cherche à sauver personne de la mort. Il arbore un uniforme militaire infantile, une cape prétentieuse, un sceptre-jouet, et il trône, le regard vide, sur un siège de béton armé improvisé et sans signe distinctif. Tout au plus, il réagit aux "appels", les appels provenant d'armes surpuissantes.
Akira est une véritable métaphore de la caste dirigeante du Japon, une caste déifiée, comme toutes les dynasties autodéfinies. Une caste qui est en grande partie responsable de la destruction de son propre pays.
Et les USA en prennent aussi pour leur grade, avec leur interventionnisme. Et les autres puissances aussi, comme la Chine et la Russie.
Je pourrais détailler encore ce que provoque en moins la lecture de cette œuvre, mais ce n'est qu'une critique, pas un roman. Alors, je m'arrête là.
Ce manga est un incontournable, un classique à lire et à relire. Je ne m'intéresse pas au dessin mais si je m'y intéressais, ce manga ferait partie de mes inspirations.
Un seul point faible de l'histoire, les tomes 2 et 3 sont un peu trop focalisés sur les courses-poursuites. Mais je ne me vois pas dévaluer la note à cause de cette légère faiblesse.
Dessin absolument impeccable et dynamique, paysages vertigineux, propos honnêtes. C'est un incontournable pour quiconque s'intéresse de près ou de loin aux mangas.
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il y a 4 jours
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