Black Cat
6.3
Black Cat

Manga de Kentaro Yabuki (2003)

Oublié pour de bonnes raisons

Encore un Black ?! Ah mais j’en peux plus à la fin. Déjà qu’ils sont tous plus insupportables les uns que les autres, voilà qu’il faut que j’en supporte un de plus.

Comment ? Du racisme caractérisé ? Mauvais esprits que vous êtes ! Je faisais évidemment référence à «Black» Lagoon, «Black» Butler et «Black» Clover, trois œuvres précédemment critiquées et qui, suite à leur lecture, m’ont laissé comme un sentiment amer dans la plume. Black Cat, dès la jaquette j’ai su que je passerais un mauvais moment. C’est bien simple, des mangas de cet ordre, à force d’en écumer des fosses sceptiques entières, je finis par les reconnaître à l’instinct. C’est un sixième sens ; un sens critique pourrait-on dire.


Black Cat est un de ces mangas oubliés parus au début des années 2000. Comme un poisson pilote sous un squale, il y en a eu pléthore de ces œuvres qui ont prospéré à l’abri de One Piece sans jamais trouver l’occasion de briller dans son ombre. Elles échappaient à la relégation d’une semaine à l’autre parfois pendant des années entières. Des rescapés perpétuels qui vivotaient en sachant que jamais ils ne marqueraient leur époque et qui, malgré tout, s’obstinaient à exister pour la finalité de survivre sans plaire au lecteur. Ironie du sort, ce manga, légitimement oublié de tous, a pour personnage principal un garçon ayant pour caractéristique de ne jamais oublier ce qu’il a vu.


Pourquoi je m'en suis méfié dès la couverture ? Mais parce que les personnages ont l’air de ce qu’ils sont. Et ce qu’ils sont, j’hésite à vous le rapporter de peur d’être vulgaire. Entre le naïf impétueux en premier plan, le ténébreux option fedora avec un cache sur l’œil – parce que c’est cool de ne plus avoir de vision des perspectives – et un pot de fleur musical, euh pardon, un personnage féminin de Shônen-lambda, on sait que rien ne fera bouger les murs. Et c’est tant mieux. Car les murs dont est fait Black Cat sur le plan scénaristique, il s’en faudrait d’un soupir pour qu’ils s’effondrent. Or, et c’est là où le bât blesse, les prétextes aux soupirs sont légions.

Nous sommes plongés dans un concept mafioso bâtard mal assumé et surtout, mal défini, dans lequel nos protagonistes, deux chasseurs de prime, cherchent apparemment à singer Cowboy Bebop avant de renoncer sur le tard. Le résultat, il fallait s’en douter, n’était pas franchement concluant.


Tout ce petit monde donc, au gré de la chasse aux criminels, trompe l’ennui en sauvant la veuve et l’orphelin. Chose relativement simple en ce sens où les bons gars ont des têtes de bons gars et les criminels des tronches vicieuses. Une apologie du délit de sale gueule ? Oui, plutôt, oui. «Une autre» ai-je envie de vous dire alors que les Shônens ne se plaisent que trop à avoir recours à un manichéisme si poussif qu’il influe même sur la morphologie du tout-venant.


La comparaison à Cowboy Bebop n’était pas gratuite ; Black Cat, durant longtemps, cherchait désespérément à reproduire ce mélange de série noire aux protagonistes désabusés, le tout mâtiné de légèreté à la sauce « pop ». Mais ici, ça ne prend tout simplement pas. D’autant qu’ils iront même jusqu’à « rendre hommage » à Cowboy Bebop en dotant le Black Cat du même masque de nuit que Spike. Le dramatisme en façade, les postures d’anti-héros d’opérette, tout cela n’est que de la pose. J’aimerais vous dire que Black Cat n’est qu’un Cowboy Bebop sans le fond, mais la forme est quant à elle irrécupérable. Avec des personnages sans substance ni vécu, mais qui se targuent d’un passé tragique™, le moindre drame tient ici de la clownerie qui s’ignore.


Une inspiration, s’il en fallait une autre avant d’expirer, ce serait City Hunter. Mais un City Hunter sans les gonzesses, sans l’humour un peu beauf ou sans le charisme d’un héros à l’ancienne de la trempe d’un Ryo Saeba, c’est quoi ? Eh bien ça n’est pas grand-chose. Et ce pas grand-chose, conscient d’être ce qu’il est à force de contempler sa propre vacuité, va chercher à faire peau neuve en chaque occasion, multipliant les mutations avortées pour s’accepter finalement comme un Shônen accompli, pétri de déconnades et d’absence d’originalité.


Très vite, au détour d’une des nombreuses aventures dont sera fait le manga, il sera question de laboratoire clandestin dans lequel on fabrique des monstres en séries, comme dans un scénario remanié à la dernière seconde. Black Cat, en l’état, sera une succession de scénarios remaniés et improvisés dans l’urgence et dans la crainte de ne pas rendre sa copie à temps.


Les tomes s’enchaînent et, foncièrement, rien ne se passe. S’il fallait trouver à Black Cat une qualité, c’est encore de ne pas avoir cédé à la facilité des affrontements grandiloquents où l’abus côtoie la démesure à chaque page qui passe. Pour autant, les combats ne trouvent pas le moyen d’être palpitants. Et puis, le coup de la greffe de l’œil dissimulé sous un bandeau qui permet de voir dix secondes dans le futur… c’est quand même laid un simili-Sharingan qui ne dit pas son nom.

D’autant que parmi le lot des innombrables protagonistes qui seront amenés à se succéder, il ne s’en trouvera pas un pour être vaguement intéressant. Tout, chez eux, nous enjoint à nous détourner de leur existence. Ils sont tous vécus comme des aléas dans l’intrigue ; une bosse sur la route sur laquelle le récit passera à toute allure pour ne rien laisser derrière.


Quant aux dessins, que dire qui n’ait pas déjà été écrit par mes soins sur un air blasé… Il n’y a évidemment aucune patte graphique qui porte la trace de son auteur. En tombant sur une page au hasard sans en connaître l’œuvre, personne ne saurait deviner leur auteur, mais tout modeste connaisseur pourrait situer l’époque du dessin. Car ce dessin, en l’état, était dans l’air du temps, se conformant bien sagement aux critères de l’époque, ne cherchant surtout pas à s’illustrer en aucune façon ; bien dans les clous. Résultat : on n’en retiendra rien, ce qui aidera considérablement à oublier une œuvre qui ne demande justement qu’à disparaître de notre mémoire.


Oui, ce style graphique, pareil à mille autres, était typiquement ce qui se faisait durant la décennie 2000 ; une étape de transition entre ce qui constituait les contours bruts et percutants du style 90’s, et les traits gras, lisses, édulcorés et aseptisés qui succédèrent par la suite. L’inspiration graphique puisée depuis Kenshin est indéniable alors que le trait se poursuit d’une œuvre à l’autre dans un même crayonné.


C’est somme tout assez lisse Black Cat. Voudrait-on s’y accrocher que le manga nous glisserait irrémédiablement d’entre les doigts. Il est difficile cependant de lui vouer une haine quelconque. Tout moyen qu’il est, le manga n’est ici jamais catastrophique ; il vole en rase-motte en-dessous de ce que peuvent détecter les radars du bon goût, mais ils se garde bien de s’écraser en restant stable et en continuant droit la lignée qu’il s’est imposée dès les premiers volumes. Il y a une constance dans ce récit qui a l’air d’avoir été envisagé comme une improvisation de tous les instants.


Improvisation oblige, le manga se termine sans même chercher à conclure proprement. On suit diligemment la feuille de route du Shônen de base – mais alors très basique – et on se contente d’un discours mièvre tenu sans conviction tandis qu’on accorde une dernière case à tous les personnages qu’ont pu connaître les protagonistes. Black Cat a vécu sans même chercher à vivre. Il n’est donc pas étonnant que l’œuvre ait échappé à nos mémoires qui, inconsciemment, on évacué ce manga tant celui-ci n’avait pas même cherché à exister pleinement.

Josselin-B
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le 24 févr. 2023

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Josselin Bigaut

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