J'espérais retrouver dans The Boys version papier ce que j'avais adoré dans la série.
En principe : le livre est mieux que l'adaptation. C'est la règle. Une règle gravée dans le marbre des bibliothèques et répétée comme un mantra par tous les lecteurs blessés par un film raté (ce qui ne manque pas).
Mais voilà, pour ma part, cette règle a volé en éclats le jour (l'heure) où j'ai lu Épouses et Concubines de Su Tong et Orange mécanique d'Anthony Burgess. Et dans un registre qui ressemble plus à ce que je vis aujourd'hui, Happy! de Grant Morrison.
L'adaptation de Happy! portée par un Christopher Meloni halluciné, magnifique, possédé et crasseux, a prouvé que si vos personnages sont complexes et vivants, vous pouvez détrôner l'original.
Bref, parfois, le livre trébuche.
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The Boys, « en général », ça raconte quoi ?
Dans ce monde, les super-héros existent. Officiellement, ils sauvent la veuve, l'orphelin et le chat coincé dans un arbre, ils aident la police à arrêter les méchants. En réalité, ils sont surtout des produits financiers, façonnés pour enrichir des actionnaires. Dans l'ombre des caméras, ce sont des enfants pourris gâtés/traumatisés sous stéroïdes : immatures, colériques, violeurs, tueurs, de très mauvaise foi, avec un sens moral qui ferait passer Hannibal Lecter pour Tchoupi.
Alors, la CIA crée une brigade spéciale dans l'ombre, pour contrôler ce qu'elle peut contrôler : The Boys. Une équipe bricolée avec de la rage et du cynisme : Butcher, le Français, la Fille, la Crème, et le petit nouveau, Hughie, encore tout tendre, encore tout humain.
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Dans le détail, il y a beaucoup de choses que j'ai préférées dans la série, mais je n'irai pas spoiler. Ce que je peux dire, en revanche, c'est que la série a fait un boulot chirurgical très appréciable sur ses personnages. Elle leur a donné des histoires, des personnalités, des failles complexes, des épaisseurs émotionnelles. Elle les rend plus vivants, plus tragiques, plus drôles, plus attachants.
Du coup la BD, alors ? Est-ce que je l'ai détestée ? Non.
Mais j'ai été déçue.
Même les punchlines de Butcher m'ont paru moins marrantes (et franchement, dans la série, c'est ce qui m'a fait le plus rire). Dans l'original, les personnages ne sont absolument pas approfondis. On reste coincé trop longtemps dans des tunnels d'outrance : pipi-caca, bite-fesse, violence physique en roue libre.
Et puis il y a cet étrange dessinateur underground cartoonesque, un mix Robert Crumb/Stan Lee qui, entre deux fellations dans sa cave, raconte à Hughie les raisons pour lesquelles The Boys existe. Élément totalement évacué dans la série, et franchement, merci pour ça.
Je n'ai lu que deux tomes. Peut-être que la suite me donnera des raisons d'aimer le comics.
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Autre déception : j'avais lu Crossed de Garth Ennis. Ce bouquin m'avait mâchée, recrachée, et m'avait demandé si j'en voulais encore. Je ne sais pas si j'en voulais vraiment encore, mais je m'attendais à retrouver cette subversion extrême, cette violence graphique.
Eh bien non.
Pas de planches traumatisantes. Pas de doubles pages gravées dans la mémoire. On dirait presque une BD aseptisée, calibrée pour un public plus large, malgré les mots orduriers qui choqueraient ma grand-mère.