Dawnrunner
6.8
Dawnrunner

Comics de Ram V et Evan Cagle (2024)

Après le cas Aquaman: Andromeda nous plongeant dans les profondeurs océanes, nous voilà retourner à la surface sur une terre peuplée de Kaijus et de Eigas pour ce qui ressemble à un admirable hommage au Pacific Rim de Guillermo del Toro, doublé par un passage obligé sur les traces de Neon Genesis Evangelion. On y retrouve ce même débordement philosophique, mais également cette fusion entre l'humain et la machine. J'y reviendrai.


Avant toute chose, petit rembobinage. Je pense que si je me suis lancé sur les routes sinueuses de la carrière de Ram V, au-delà du conseil d’un ami, c’était aussi et surtout pour préparer cette lecture. Admirateur d'histoires mettant en scène des gros monstres combattant des méchas encore plus gros, le simple synopsis ne pouvait me caresser davantage dans le sens du poil. C’était également l’occasion de découvrir la collaboration entre l'auteur et Evan Cagle avant de me lancer sous peu dans leur reprise des New Gods. Autant dire que les attentes étaient élevées. Et, à ma surprise, elles ont été largement dépassées.


Aussitôt lancé dans ma lecture, je ressens que le découpage de Ram V a encore fait un bond en avant. On connaissait déjà son approche méticuleuse de la narration, mais ici elle atteint une forme d’évidence. Je suppose que la collaboration avec Cagle n'y soit pas pour rien, naturellement. Son cadrage, sa manière de construire une ambiance et de tisser l'action est simplement remarquables. C’est un travail difficile à décrire avec des termes techniques tant il relève du ressenti, toutefois chaque case semble pensée pour offrir cette sensation de grand spectacle, de gigantisme, tout en maintenant une empreinte émotionnelle. Ram V sait parfaitement mettre en valeur le talent de Cagle, tout comme Cagle sait parfaitement mettre en valeur le texte de son compère. L'harmonie parfaite de deux talents en or massif.


Ce que j'ai pu dépêché ici ou là dans mes fouille sur le passé de Ram me pousse à croire que sa carrière d’ingénieur trouve ici un terrain d’expression idéal. La minutie et la crédibilité des espaces et des créatures / machines ne fait qu'accroître l'immersion. Je tombe littéralement en pâmoison devant ces méga-structures qui évoquent parfois les architectures fantasmées de Schuiten. On y retrouve cette même fascination pour les constructions massifs et fantasmées, tandis que plane également l’ombre de Katsuhiro Otomo ou Mamoru Oshii. Tous ces câbles, ces tuyaux, ces ramifications qui débordent des machines leur donnent une dimension organique fascinante, louvoyant doucement vers le caractère organique du métal.


Le plus impressionnant reste sans doute que Cagle se montre tout aussi convaincant lorsqu'il s'agit de représenter ces décors gargantuesques ou apocalyptiques que lorsqu'il dessine les visages et les expressions de ses personnages. Il est incontestablement la star de l'album. L'influence japonaise est omniprésente sans jamais virer cependant à la copie. On se croirait parfois plongé dans les installations de la NERV d'Evangelion, comme si Cagle s'était directement branché sur l'imaginaire de Hideaki Anno, mysticisme en moins.


Quant aux combats, je trouve que leur découpage emprunte énormément aux codes du manga : les cases se percutent, se croisent parfois, accélèrent brutalement la lecture pour transmettre une impression de violence et de vitesse permanente. Les pleines pages, elles, imposent une puissance visuelle phénoménale. Les dessins sont titanesques ; je ne trouve pas d'autre mot. De quoi rendre jaloux ma galerie de fonds d'écran.


J'ai beaucoup parlé de la signature graphique de l'ouvrage, mais quand est-il de son récit ? On suit l'histoire de Marr, une jeune femme devenue combattante malgré elle pour aider la division scientifique, en charge de comprendre les Kaijus, à sauver sa fille souffrant d'une maladie provoquée par l'apparition de ces derniers. A savoir que la bataille qui fait rage entre humain et créature a été transformé au fil du temps en un gigantesque spectacle, un sport national où Marr excelle. En gros, c'est MbAppé.


A l'amorce de notre histoire, un milliardaire excentrique vient d'inventer une nouvelle forme de Eiga à même de révolutionner la guerre et d'assoir sa dominance sur le monde du spectacle. Le secret de son dernier prototype : l'avoir enrichi d'un système cérébral ayant appartenu à un véritable humain. On revient à se croisement de la machine et du corps, thème principale d'Evangelion ou Akira. Sitôt enfilé sa nouvelle armure, Marr ne tarde pas à halluciné une vie qui ne lui appartient pas, à revivre une existence fantôme, celle d'un dénommé Ichi. Elle comprend vite qu'il est le titulaire de ce système cérébral.


Ainsi, une jonction, ou plutôt un pont neural se construit entre ces deux protagonistes qui portent le même traumatisme : tous deux ont perdu un être cher. Comme dans Pacific Rim, cette blessure partagée devient le point de départ d'une connexion presque instinctive. Leur capacité à dériver ensemble ne repose pas uniquement sur une technologie, mais sur une souffrance identique qui leur permet de se comprendre sans avoir besoin de longs discours. Si bien qu'ils se mettent immanquablement à s'emmêler, jusqu'à devenir une nouvelle entité, une nouvelle créature. Je passerai sous silence la suite de l'intrigue pour éviter d'en divulgâcher davantage. Mais sachez que le plot final est très poignant.


Petit conseil musique : vissez-vous dans les oreilles l'OST de L'Attaque des Titans pendant votre lecture. L'ampleur ressenti n'en sera que plus incroyable, tout comme le rythme gagnera une urgence qui fait parfois défaut aux autres œuvres de l'auteur. Et lorsque viennent les passages plus contemplatifs, le score de Death Stranding se fond presque naturellement avec cette esthétique de ruines industrielles et de machines colossales.


J'espérais juste contribuer à sauver quelque chose, n'importe quoi... avant de disparaître.

C'est le cœur de cette nouvelle histoire imaginée par Ram V. Pour sauver ce qui peut l'être : nos héros se muent progressivement en abominations. Et tout comme eux, cette fiction s'amuse à faire s'en collisionner d'autres dans un banquet pleinement digéré. Que viennent faire ces Kaijus sur Terre ? Probablement que la réponse se niche dans les dernières minutes de Arrival.


Néanmoins, le seul reproche que je pourrai lui faire tient au fait que si j'ai autant apprécié ce récit, c'est que je l'avais déjà lu justement - et sans qu'il ne cherche à en excéder les frontières. Rien que cette année, si vous cherchez du sang neuf dans ce même genre, je ne peux que vous recommander la lecture du deuxième opus de Shin Zero (en plus c'est français !)

OuaZz
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le 7 juil. 2026

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