Nous sommes en 2xxx après Jésus-Christ. Toute la Terre est occupée par la glace et la faim… Toute ? Non ! Un village peuplé de vieux subsiste grâce à 2 enfants : dotés d’un pouvoir de régénération le plus âgé (Agni) se fait charcuter plusieurs fois par jour par sa sœur (Luna) afin que ses membres servent de nourriture. Une source de protéines qui ne fait pas l’objet de recettes sur les réseaux sociaux. Les temps changent.
Mais le cannibalisme reste mal perçu. Il vaut au village d’être cramé façon cendres et à Agni d’en être le seul survivant : il brûle continuellement mais son pouvoir de régénération lui permet de survivre, tel un « exhibitionniste embrasé ». Il souffre (tel Manji dans l’Habitant de l’infini) et va vouloir se venger des méchants. Seul, faisant fondre la glace sur son passage tel un chasse-neige nouvelle génération, le voilà embarqué dans une intrigue dont on se demande au fil du temps s’il en est vraiment le héros.
Son odyssée de 83 épisodes comporte son lot de rebondissements, de punchlines, de découpages et de personnages marquants (e.g. Doma, Togata). Mention spéciale aux épisodes 45-47 qui marquent l’apogée du manga, le moment du « fire punch » dans toute sa grandeur. La suite se révélera moins envoûtante, comme Westworld après la perte de Ford ou Death Note après celle de vous savez qui.
Cela n’empêche pas l’auteur de multiplier les thématiques au fil des pages : poids des normes et de la morale dans un monde post-apo, religion, folie, éducation, reproduction, transidentité, 7e art (avec des références au cinéma US : Commando, Star Wars…), moment gros plan sur les fesses (l’auteur est facétieux)... Cette ère glaciaire est aussi l’occasion de mettre à nu les rapports de force car le monde de Fire Punch se divise en deux catégories : les élus (qui ont un pouvoir, avec des inégalités entre eux car tous les pouvoirs ne se valent pas) et les autres, voués à être soumis aux premiers. Mais à couvrir trop de domaines le manga ne peut proposer un traitement convenable de tout ce qu’il aborde (à l’instar de Designs de Daisuke Igarashi).
Fire Punch constitue ainsi un petit miracle qui, s’il s’essouffle après le tome 5 n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat et à tout cramer quand on ne s’y attend pas. Fujimoto n’a pas fait mieux depuis. Aussi je reste sur un 9/10 qui serait en réalité plus un 8,5… Pardon pour cet arrondi.