C’était quelque chose, cette École emportée ! Pourtant, ma lecture ne s’est pas passée dans les meilleures conditions : après un volume 1 décevant, j’ai interrompu ma lecture durant plusieurs mois sans l’objectif de poursuivre pour autant. Le prétendu génie d’Umezu fut un mystère pour moi et mon dernier message concernant le titre contenait les termes suivants : « Umezu est un mauvais scénariste et son œuvre mériterait un bon coup de polish ».


​Qu’est-ce qui m’a fait lever les yeux au ciel de consternation ? Beaucoup de choses à vrai dire. Commençons d’emblée par les choses qui m’ont fâché.

​Umezu va droit au but et s’embarrasse très peu de préambules. Tout va très vite, l’on passe du coq à l’âne en quelques pages. Il fait fi, à de nombreuses reprises, d’éléments des chapitres précédents si bien que j'avais le sentiment de lire un simple "patchwork" d'éléments horrifiques/grotesques piochés ci et là par le mangaka ; les caractères s’affirment rapidement et on ne s’étonnera pas de voir des professeurs changer du tout au tout, ou des élèves faire montre d’une habileté déconcertante dans la fabrication de pièges ou d'armes et être dotés d'un sens du sacrifice qui ferait pâlir n'importe quel Samouraï digne de ce nom.

Impossible d'y voir des enfants et impossible de prendre au sérieux les situations toutes plus improbables les unes que les autres.

Le dessin quant à lui ne m'a rien procuré de particulier si ce n'est un certain don pour mettre en scène meurtres, suicides et coups de tatanes gratuites sur nos petits chérubins bien trop débrouillards.


Non vraiment je n'ai pas compris ce qu'on lui trouvait à ce Umezu. Malgré quelques petites fulgurances notamment un sens du gros plan qui n'a que peu d'égal je dois l'admettre avec ici un zoom progressif avec seulement deux éléments au cœur de la page , un gosse et une chaise. Comment inspirer beaucoup avec peu de moyens et une super utilisation du noir, chapeau.

Et puis il s'est passé quelque chose, quoi ? A vrai dire je ne saurai pas l'expliquer clairement mais il y a eu un déclic à partir du chapitre 16 (les petits insectes) et j'ai complètement revu mon opinion à la hausse, opinion qui n'a cessé de croitre favorablement jusqu'à l'ultime conclusion, très bonne imo.

Pourtant l'ossature du récit est la même mais ça fonctionne cette fois : les aventures horrifiques des gamins me parlent d'avantage, j'y crois plus volontiers malgré un sens de la débrouillardise toujours et encore plus absurde et son sens de la composition s'aiguise de plus en plus.

Son sur-découpage accentue l'horreur et m'évoque le plus sordide de l'art pictural japonais.

Par exemple sur ce panel moi ça m'évoque le Kusozu ou l'art de la décomposition de cadavre.

Son utilisation du noir est renversante et par des jeux de lumière "géométrique" donne tout son poids à une situation désespérée.

En réalité Umezu n'est jamais aussi bon que lorsqu'il dessine des égouts, des bouches de métro ou des zones qui par essence n'invite par les humains à y vivre, ce qui accentue l'angoisse ressentie et la surprise d'y découvrir "quelque chose"...

Et je comprends mon ressenti sur le premier tome où les évènements ne sortaient pas du cadre de l'école mais quand l'obscurité s'immisce là on tient quelque chose.


Les élèves qu'aurait engendré Jared (le camélon) ou notre Macgyver parlons-en justement.

Passé le chapitre 16 ça fait sens avec la thématique de la transmission de connaissances et du savoir des adultes pour les adapter dans un monde où le temps est précieux, chaque gramme de nourriture consommé est un pas de plus vers la famine etc...

Oui c'est toujours rocambolesque et peu crédible (par exemple les connaissances acquises par les liens du sang, mon père est médecin = je suis capable d'effectuer une opération à vif bon ...) mais le message est puissant. Les élèves se concertent, mettent en œuvre ce qu'ils ont appris en cours de SVT, la survie devient ludique, c'est top.


Le sens du sacrifice toujours plus absurde des enfants m'a pris aux tripes quand c'est accompagné du talent du mangaka pour mettre en scène des planches où les éléments naturels se déchainent. Malgré le discours curieux (mais dans l'air du temps) de notre intello à lunettes sur la non capacité des femmes à assurer la pouvoir parce qu'elles sont trop émotives ce sont elles qui sauvent les récoltes du catastrophe éminente dans un sens de la mise en scène qui confine à l'apocalypse.

Le rythme est inchangée, tout va toujours très vite, l'effet "patchwork" est toujours bien présent surtout dans les derniers ennemis que doivent affronter nos petits freluquets et pourtant...

C'est difficile à expliquer mais Umezu y insuffle un certain génie dans les facilités scénaristiques à répétitions qui usent de jolis Deux ex machina pour sortir les gamins de la mouise ou évacuer indéfiniment des ennemis qui ont fait leur temps.

La maman du protagoniste c'est trop gros franchement mais sa détermination à toute épreuve émeu, sa ténacité qui frôle la folie, tout le chapitre consacré au joueur de baseball, oui ça m'a fait quelque chose...

Il fait appelle à de nouvelles créatures qui n'existent que le temps d'une page pour faire table-rase de ce qui s'est produit mais la page est tellement effrayante que je m'en accommode (la créature Dunesque par exemple).


Et puis tout le contexte écologique qui fait sens à l'aune d'un Japon alors en pleine croissance économique et qui était à son sommet en terme de production industrielle (Le japon servait de base logistique et stratégique pour les USA) et de pollution : Smog Photochimique de 1970 entre autres.


Finalement un énorme coup de coeur. Je relierai à l'occasion le premier volume* , je suis peut-être passé à côté de quelque chose...

Toutes les qualités et défauts que j'ai trouvés seront poussés à leur paroxysme sur Je suis Shingo;

Kazuo Umezu retournant une ultime fois dans l'univers de ce dernier dans son ultime chef d'œuvre Zoku Shingo réalisé 33 ans après la parution du dernier volume (qui sera édité par Lézard Noir en Octobre 2026).

Critiques à venir prochainement.


*Je parle de premier volume car je possède l'intégral en 3 volumes de chez Viz que je ne recommande pas

HuangFeihong
8
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le 7 févr. 2026

Critique lue 11 fois

HuangFeihong

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