Après la mort de Goscinny en 1977, Uderzo a réussi pendant pas mal d'années à tenir la boutique tout seul, sortant encore d'excellents albums (le Grand Fossé, le Fils d'Astérix, la Rose et le Glaive). En 1996 (cinq ans après la Rose et le Glaive) paraît la Galère d'Obélix, le premier des mauvais albums modernes d'Astérix. Depuis, aucun album n'a été réellement bon et certains ont été franchement atroces (le Ciel lui Tombe sur la Tête...).
Cet album-là, l'Iris Blanc, est signé Fabcaro. Je précise d'emblée que je ne suis pas très fan de Fabcaro. Je n'ai pas du tout aimé les quelques trucs que j'ai lus de lui (Steak it Easy, Zaï Zaï Zaï Zaï), mais dans le même temps j'ai dans mon entourage plusieurs personnes qui sont archi-fans. En faisant la moyenne de ça, je partais sans à priori pour l'Iris Blanc. Et à vrai dire, graphiquement, l'album a bien la patte "Astérix". On croirait presque que c'est un original Uderzo / Goscinny tant le style d'origine est bien imité. Ici le thème de l'album est de mettre en scène un méchant qui est adepte d'une sorte de communication non-violente à base de proverbes.
Malheureusement, l'Iris Blanc s'inscrit dans la lignée des albums modernes plutôt moyens, ni franchement mauvais ni réellement bien fichus.
C'est dommage, car la première moitié de l'album est plutôt sympa, avec la mise en scène de cet outsider qui arrive au village avec plein de théories subversives. Ces dernières causent un grand émoi et enclenchent l'histoire. Le procédé a certes déjà été vu dans plein d'albums (Obélix et Compagnie, la Rose et le Glaive...), mais force est de constater que ça marche toujours très bien. Cette première moitié est bien maîtrisée, on explore habilement l'impact de cette nouvelle philosophie sur les têtes connues du village. Et c'est plutôt original de donner une grande place à Bonnemine (qui d'habitude est plutôt une PNJ). L'album explore en profondeur son insatisfaction conjugale d'être mariée à un énorme beauf qui la considère comme acquise, sujet qui avait été effleuré dans d'autres albums.
Malheureusement le scénario fait ensuite une double erreur : non seulement l'action se délocalise dans un autre endroit (Lutèce), mais en plus elle se divise en deux (avec Bonnemine devant et le groupe d'Astérix qui la poursuit). Cette poursuite manque cruellement d'enjeu. Le rythme est très mou, ça manque de rebondissements qui créent un sentiment de mise en danger des protagonistes.
Sur cette 2ème partie, on retrouve un petit peu la patte comique de la série avec les comparaisons anachroniques entre le Lutèce gaulois et le Paris moderne. On sourit un peu, certains jeux de mots sont assez bien trouvés. Disons qu'on peut saluer l'effort. Mais ça reste très en-dessous du génie des clichés comiques qu'on trouvait dans les autres albums de "poursuite" (Astérix Gladiateur, le Tour de Gaule, l'Odyssée...).
Alors certes ce n'est pas le plus mauvais album des dernières années... mais bon à un moment ce serait bien de s'arrêter plutôt que de continuer tirer sur la corde.