Dire que c’est un coup de cœur est simple, presque insuffisant, mais juste. Là où tu vas d’Étienne Davodeau fait partie de ces lectures qui s’imposent doucement, sans fracas, et qui laissent une empreinte durable.
Le sujet est pourtant lourd : les maladies neurodégénératives, la mémoire qui se délite, les relations qui se réinventent malgré l’effacement. Mais Davodeau, fidèle à ce qui fait la force de son œuvre, choisit une autre voie que le pathos. Il regarde, il écoute, il accompagne. Et surtout, il donne à voir la beauté fragile de l’humanité là où on ne s’attend plus toujours à la trouver.
Au cœur de cette bande dessinée, il y a Françoise Roy, sa compagne, accompagnante auprès de personnes atteintes de troubles cognitifs. Davodeau se fait scribe discret de son travail, de ses gestes, de ses mots, de ses doutes aussi. Ce choix du retrait est essentiel : ici, la personne passe toujours avant la maladie. Chaque rencontre rappelle que la dignité ne disparaît pas avec la mémoire.
J’ai été profondément touchée par la justesse avec laquelle sont montrés le quotidien des professionnels et des aidants : leur fatigue, leur ténacité, leur volonté de fer, mais aussi cette capacité admirable à faire avec l’instant présent. L’album met en lumière un travail souvent invisible, pourtant fondamental, et rappelle combien l’accompagnement est un acte profondément humain.
Malgré la gravité du sujet, Là où tu vas n’est jamais désespérant. Il parle d’espoir, de liens qui se transforment, de traces laissées avant qu’elles ne s’effacent. Le dessin sobre, en noir et blanc, renforce cette impression de pudeur et de sincérité : rien n’est de trop, tout est à sa place.
C’est une lecture exigeante, parfois bouleversante, mais profondément lumineuse. Un livre nécessaire, qui aide à comprendre, à changer de regard, et peut-être à mieux accompagner. Un coup de cœur, oui, parce qu’il parle de ce qui disparaît… tout en célébrant, avec une rare délicatesse, ce qui reste.