J’espère que c’est évident à la lecture de mes quelques activités ici, mais mon appétit de la culture pop’ que j’espère gourmand me pousse à aller picorer à gauche et à droite, même si j’ai quelques plats fétiches.
La bande-dessinée en fait partie, et je ne m’en lasse pas, riche d’une multitude de possibilités et d’expressions. Elle est un des domaines trop mal représentés sur Senscritique, et c’est bien regrettable, même si je tente à mon humble envie de la mettre en avant.
Le Neuvième art, pour ceux qui voudraient l’appeler ainsi, jouit d’une certaine richesse due notamment à sa dissémination sur le globe. Pour schématiser grossièrement et n’en retenir que trois, entre le comics, la BD franco-belge et le manga, ce sont trois cousins assez différents mais à la structure proche et aux nombreuses spécificités.
J’avais pourtant mis de côté le manga pendant quelques temps. Ce n’était pas une décision délibérée, c’est arrivé. Je suis pourtant un enfant de la génération Club Do’, biberonné aux animés. Des séries comme Gunnm de Yukito Kishiro, Love Hina de Ken Amatsu ou Great Teacher Onizuka de Tōru Fujisawa ont été assez importantes pour moi quand je les ai découvertes adolescent. Mais à un moment donné le manga et moi on s’est perdus de vue pendant une dizaine d’années, à part pour quelques rares exceptions.
Les retrouvailles, vous l’aurez deviné, se sont faites grâce à My Hero Academia. Le titre était parfait pour moi, car il faisait le lien avec une de mes plus grandes passions, un de mes évidents plaisirs coupables, le comics de super-héros, réinventé ici à la sauce shonen. L’oeuvre de Kōhei Horikoshi, prépubliée dans la revue phare Weekly Shōnen Jump (rien de moins que celle qui a fait fait exister et connaître Dragon Ball, One Piece, Naruto et tant d’autres) m’a scotché tout de suite.
My Hero Academia propose ainsi comme cadre un monde où la majorité de la population possède des pouvoirs, des « alters ». Toute l’organisation de la société passe par là, avec des super-héros qui patrouillent et des lois à respecter. Les jeunes les plus prometteurs sont envoyés à l’académie Yuei. Izuki a lui aussi des pouvoirs et qui lui ont été transmis par le plus grand super-héros du pays, le célèbre All Might, mais dont la force diminue et qui compte sur le jeune homme comme successeur.
La série propose ainsi des tranches de vie étudiantes, entre Izuki et ses camarades de la même classe, mais aussi des menaces plus explosives, à laquelle les apprentis héros se retrouveront confrontés. C’est ce qui lui permet d’ancrer ses personnages dans un certain quotidien, bien que spécifique, pour les voir évoluer ou développer des relations, afin de les étoffer. Mais aussi de pouvoir proposer des sagas sur plusieurs épisodes, aux enjeux parfois puérils, parfois plus sombres, même si la série reste assez grand public.
My Hero Academia est donc une série doudou, aux qualités évidentes, mais aussi avec ses défauts, que j’accepte assez facilement. Izuki est un personnage volontairement plus plat que Naruto, San Goku ou Luffy, plus posé, mesuré, ce qui joue contre lui, et heureusement qu’il n’est pas seul sur l’affiche. Heureusement l’auteur a une grande facilité pour créer de nouveaux personnages, avec une frénésie parfois débordante et de nouveaux pouvoirs parfois assez audacieux. Que ce soit du côté des alliés ou des vilains, la galerie de personnages est impressionnante, d’autant que l’auteur arrive à ne pas oublier certains, grâce à quelques piqures de rappel parfois discrètes ou de nouvelles évolutions de personnages parfois bien établis.
My Hero Academia reste un manga de groupe, dont Izuki est au centre, mais qui partage la distribution. Certains rivaux sont présents, à l’image de Katsuki, véritable boule de colère et agressive, qui n’hésite pas à tourmenter le faible Izuki. Il a régulièrement été le personnage le plus populaire de la série dans les sondages de popularité du Jump, ce que je n’ai jamais compris. Un certain adoucissement de son caractère et une nouvelle implication de sa part au fil d la série me l’ont fait apprécier un peu plus, mais j’avoue que l’arrivée de Lemillion, héros apprenti enthousiaste, m’a fait espérer qu’il prendrait la place d’Izuki. Perdu.
L’évolution de puissance propre au shonen est d’ailleurs bien exploitée avec un tel manga qui repose sur l’apprentissage et les super-pouvoirs. Parmi les quelques arcs scénaristiques un peu dispensables, l’évolution de ceux d’Izuku était satisfaisante, jusqu’à ce que la conscience collective des précédents prédécesseurs de son alter ne soit ajouté, proposant régulièrement de nouvelles formes de pouvoir qui servent principalement à maintenir l’intérêt. Cela reste un cliché du genre, l’auteur en utilise d’autres et souvent mieux pour certains personnages. L’utilisation de leur puissance, de leurs capacités ou leur endurance malmenée jusqu’à des limites parfois douloureuses reste là aussi un code du shonen, mais il n’en reste pas moins que certaines des sagas d’affrontements sont tendues et même épiques. Le déploiement de pouvoir et la détermination des parties impliquées sont exploitées avec une certaine dramaturgie assez jouissive.
Kōhei Horikoshi et ses assistants offrent d’ailleurs des pages très dynamiques, au point parfois de l’être un peu trop, quitte à être confuses. Mais il arrive tout de même à créer une véritable personnalité à chacun de ses personnages, par l’expressivité de leurs traits physiques ou de leurs gestuelles. Le mangaka est véritablement doué pour installer ses personnages, parfois même pour des personnages secondaires. Les quelques moments de calme permettent à Izuki et ses amis de se retrouver et de forger leurs liens, dans ces épisodes de tranquillité (jamais totale, une menace n’est jamais loin, parfois en arrière-plan) Kōhei Horikoshi arrive à rendre attachants ses personnages.
My Hero Academia peut donc bien avoir ses petits défauts, je lui reste donc très fortement attaché. La série, très populaire, a depuis été déclinée en nombreux dérivés, animés, films, jeux et autres produits dérivés. Qu’importe, elle reste un shonen solaire et enjoué, sans objectif prédéterminé et qui peut donc se poursuivre quand et comme elle veut, l’univers étant d’une richesse déjà bien exploitée mais qui laisse encore de l’espace pour de nouvelles propositions. J’y suis revenu toujours avec plaisir, comme un enfant qui attend de découvrir la suite de sa série préférée et d’assister aux événements imaginés pour lui par un mangaka démiurge, jusqu’à sa conclusion dantesque étalée sur de nombreux tomes.
Quand bien même My hero Academia serait mon petit plaisir régressif, s’il m’a rapproché à nouveau du manga c’est aussi pour en découvrir de nouvelles œuvres et apprendre un peu plus en profondeur le genre. A cette fin, je souligne le travail exceptionnel de la revue Atom, revue critique du genre, qui donne la parole aux mangakas, n’hésitant pas à évoquer des sujets ou des œuvres inédits chez nous. Le renouveau récent de la revue Animeland lui a aussi fait du bien. Atom et parfois Animeland m’ont aussi permis de découvrir d’autres représentants, d’autres thématiques, bien loin des clichés du genre mais aussi d’une certaine partie de la production paresseuse (c’est le cas aussi chez les comics ou le franco-belge bien entendu).
Si je n’ai parfois pas poussé jusqu’à leur conclusion certains mangas découverts récemment, j’aimerai en saluer quelques représentants, récents ou plus anciens, que j’ai parfois évoqué sur Senscritique ou que j’évoquerai prochainement. Merci donc aux représentants tels que La Princesse vagabonde, les Royaumes carnivores, Bride Stories, Le Tigre des neiges, Domû, The Promised Neverland, L’Enfant et le maudit, Lupin the Third, Palepoli, Super Mario Manga Adventures, Blue Period, Gloutons et dragons, Love Fragrance, #DRCL, Frieren, Journal d’une vie tranquille, March Comes in like a Lion, Monsieur Méchant va détruire la terre (après ses congés), Racaille de bibliothèque et tant d’autres pour m’avoir offert plusieurs centaines (milliers?) de pages de lectures, chacun avec ses propres personnalités, preuve s’il en fallait encore une, de la vitalité et de la diversité du manga.