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le 22 nov. 2025
SuivreJenny la Raté
Silent Jenny c'est 5 ans d'attente pour une centaine de page de plus et donc 10 euros de plus également pour dire la même chose que précédemment mais deux fois moins bien, à savoir que la vie humaine...
Les lecteurs et lectrices assidues de Mathieu Bablet ne pourront qu'apprécier les 2 kilos de dessins sépias, carmins et ocres que propose le dernier opus de hard SF de cette série, débutée avec Shangri La et poursuivie avec Carbone & Silicium.
Si l'on retrouve dans l’œuvre au bleu de l'artiste de nombreuses références à 2001, mais aussi à une esthétique cyberpunk plus proche des codes nippons, codes repris et mâtiné de questionnement métaphysiques dans l'ouvrage suivant (allant jusqu'à verser dans l'unheimlich sur la fin), il faut avouer que Silent Jenny est la fusion et la sublimation de tant de références qu'il en devient vertigineux.
Un hameau s'agite tel un château ambulant le long de plaines désertiques, au milieu d'une humanité en fin de course qui ne pense même plus à se sauver elle-même.
Jenny garde l'espoir ténu de voir à nouveau fleurir la terre, espoir constamment soufflé par la brutalité bureaucratique d'une obscure firme qui semble s'étendre comme un mycélium mortifère, en contraignant corps et esprits (à l'image de la Tao industrie).
Mais dans ce monde d'après, il fallait ajouter le merveilleux, et passé la suspension de crédulité, l'ivresse des espaces, autant grands que petits, nous emporte définitivement ( à partir de la page 232, il n'est plus possible que de retenir sa respiration).
Si le design des créatures rencontrées entre les pages pourra vous rappeler quelque chose, il faut aller plus loin, au delà de leur effroyable apparence, pour se rendre compte qu'ils ne sont qu'un miroir tendu à l’hubris de cette post-société en déclin perpétuel. Bon moyen aussi pour l'auteur d'introduire le rapport de l'humain à la dépendance que produit sa fascination pour sa propre déchéance.
D'autres thèmes viennent se superposer sur cette fresque un poil déprimante : un constat glaçant sur notre propre fragilité, une vision bien trop actuelle ne notre rapport aux maladies, et le choc de plusieurs visions du mondes qui ont fini par ne plus se reconnaître mutuellement.
Il n'aurait fallu qu'une postface d'Aurey Dussutour pour clore en beauté ces 300 pages de petits traits.
Créée
le 27 déc. 2025
Critique lue 15 fois
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