Super lecture, j'ai vraiment préféré a carbon et silicium.

Un univers post-apocalyptique fascinant qui mélange énormément de références.

Cette bd se situe quelquepart entre Mortal Engines, Mad Max et Snowpiercer, avec un soupçon d'Ant-Man, de WALL-E et de Nausicaä. Et j'en passe sûrement ! Mais ce n'est ni vain ni gratuit et encore moins un simple pastiche. Mathieu Bablet parvient vraiment à en faire quelque chose qui lui appartient.


J'ai trouvé excellent le mélange des concepts des grandes monades errantes et des explorations dans l'infiniment petit. Sans oublier Pyrrhocorp, cette mégacorporation toute-puissante et bureaucratique qui régente une grande partie de l'humanité dans un monde à l'agonie. Les thématiques m'ont vraiment intéressés, l'univers fourmille de détails et certaines planches sont magnifiques (malgré une réserve sur le design des personnages)


J'ai particulièrement apprécié la profondeur du récit derrière cette quête scientifique. Jenny est constamment hantée par la présence de la Mort et consacre son existence à retrouver une abeille vivante dans l'espoir de restaurer un monde disparu.

Mais lorsqu'elle réussit enfin, elle découvre une bureaucratie devenue tellement absurde que plus personne ne sait quoi faire de cette découverte pourtant capitale. Pyrrhocorp a fini par oublier le sens même de sa mission (à moins que ce ne soit volontaire ?).


Privée de ce qui justifiait jusque-là tous ses sacrifices, Jenny s'engage dans une fuite désespérée vers l'infiniment petit pour tenter d'échapper à cette Mort qui l'obsède. Mais elle comprend progressivement qu'elle ne pourra jamais la fuir puisqu'elle fait partie intégrante de la vie, comme le lui avait expliqué Mèrepère.

Ce n'est donc pas en la combattant mais en acceptant sa présence qu'elle peut enfin sortir de son isolement. Elle peut alors retrouver les autres et apprendre à vivre pleinement dans le présent plutôt que de rester prisonnière du passé.


J'ai également beaucoup aimé la dimension politique du récit. Pyrrhocorp est prisonnière de ses propres procédures tandis que les monades, pourtant fondées sur des idéaux de liberté et de solidarité, finissent elles aussi par s'enfermer dans leurs règles et leurs certitudes.

Deux modèles opposés qui ont chacun à leur manière perdu leur capacité à se remettre en question et à dialoguer avec le monde extérieur. C'est là qu'interviennent les enfants. Ils refusent de reproduire les erreurs de leurs aînés et décident de partir à la découverte du monde pour inventer leur propre manière de faire société.


La fin, que personnellement j'interprète comme une vision de l'avenir fantasmée de Mèrepère plutôt que comme une réalité littérale, prolonge magnifiquement ces idées.

Dans la réalité je pense que le cherche-Midi est définitivement immobilisé mais les nouvelles générations continuent d'avancer. Le gigantesque papillon, la végétation qui envahit jusqu'aux installations de Pyrrhocorp et les derniers paysages évoquent une nature capable de se renouveler sans nécessairement retrouver son équilibre ancien.


Dans tous les cas je trouve que la conclusion de cette bd est aussi ambiguë que porteuse d'espoir qui fonctionne pour moi sur trois niveaux.

Individuel avec Jenny et son acceptation de la Mort.

Collectif avec l'émancipation des enfants. Écologique avec la métamorphose du vivant. Finalement, chacun doit apprendre à faire le deuil de ce qui a disparu pour permettre à autre chose d'exister.


J'ai quelques réserves malgré tout. Le rythme est parfois étrange avec certaines transitions assez abruptes. Notamment une longue absence de Jenny dont je n'ai pas vraiment compris la raison sur le moment.

Un détail m'a également laissé perplexe dans la représentation d'une cuisine dont je n'ai pas réussi à faire correspondre les vues intérieure et extérieure.

Mais mon principal blocage reste le dessin des personnages.

Je respecte totalement la patte si singulière de Mathieu Bablet qui participe indéniablement à l'identité de son œuvre. Pourtant je reste hermétique à ces corps et visages déformés. Je n'arrive décidément pas à m'y faire.


Des défauts que je dépasse volontiers tant tout le reste m'a emporté. Un univers riche, des concepts originaux, des idées fortes et une véritable personnalité. Une œuvre qui parle d'écologie, du deuil, de la mort, de la transmission, de la liberté, de notre capacité à vivre ensemble et pleins d'autres choses.


Et une réflexion intéressantes sur la nécessité d'accepter que le monde change. De renoncer à vouloir éternellement retrouver celui d'avant sans pour autant cesser de vivre, de créer et d'espérer en ce que celui de demain peut encore nous offrir.


8,6/10


Matpalala
9
Écrit par

Créée

le 31 oct. 2026

Critique lue 6 fois

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