Je suis un lecteur farouche. Aussi, quand d’entrée de jeu, on me colle les mirettes sur le cancer d’un enfant, je suis plutôt du parti de toiser la manœuvre avec dédain. Les tire-larme ont cette tendance fâcheuse à m’assécher les yeux, alors pensez bien que cette exhortation, à m’humecter les prunelles devant un malheur aussi considérable, je m’en détourne après avoir toisé l’affaire avec morgue et mépris dans le sourire.


Un regard plus attentif, qui ne s’arrête pas aux propos liminaire d’une œuvre, conduira néanmoins à reconnaître que l’appel aux larmes ne fut finalement que mitigé. Le drame n’y est pas extrapolé par des emphases déplacées et excessives, et jamais je n’ai trop senti qu’on m’encourageait à verser un sanglot en obole. Le cancer de Kazuma le concerne finalement moins qu’il n’influe sur le sort des protagonistes qui lui survivront. La psyché de sa mère, cruelle comme on peut l’être au pied du mur, est savamment brossé alors qu’elle adresse ses reproches à sa fille survivante, sans comprendre qu’elle aussi partage ce deuil, mais à sa façon. Ironie terrible que celle d’une mère qui interdit à sa fille de vivre car son frère s’apprête à mourir. Ce qui conduira la cadette, éconduite par des circonstances sur lesquelles elle l’a aucune emprise, à tenir des mots malheureux.


Dès qu’une œuvre concerne ces dames, plus encore lorsqu’elles sont jeunes et crétines je redoute à juste titre les niaiseries rose bonbon, proprettes et édulcorées à la guimauve. Subaru ne danse ici qu’au bal des rancœurs. Sa relation avec sa mère après la mort de son frère, cette rivale qui n’est faite que de jalousie, elle aussi abandonnée figurativement par sa mère, tout ça est d’autant plus terrible que l’auteur s’évertue à ne jamais forcer le trait pour que les tristes bassesses de ce monde nous apparaissent plus vraies. Pour un peu, on lui en voudrait d’être aussi pointue dans ce qu’elle déballe.


Le dessin a je crois inspiré Hideki Arai et Ai Yazawa. J’y trouve beaucoup de traces du pinceau dans des faciès que j’ai bien connus. Ceux-ci étant cependant mieux attribué à une intrigue plus délicate que ne l’étaient celui des protagonistes de The World is Mine. Mais les sourire, ces yeux, c’en a tout les attraits. Je les goûte moins ici, car plus tournés vers le strasse et la grâce.

Difficile de croire qu’il s’agit rien moins que de l’auteur ayant déjà commis un manga sur les courses de bagnole – d’où le nom  ? – et les pompiers.


Sans sombrer dans des écueils grossiers – quoi que –, Subaru se complaît par la suite dans le classicisme. L’exécution de l’intrigue et sa scénographie ne sont évidemment sujets à aucun reproche, toutefois, toute louange adressée à l’œuvre serait abusive. Subaru n’a rien d’exceptionnel, il est un manga typé sportif assez correct, respectant les codes instaurés, en trempant le museau dans un registre assez féminin qui, pour l’occasion, nous épargne les habituelles frasques testostéronées du milieu sportif masculin pour la compenser par une scénographie bourrée d’allégresse.


Il n’empêche que nous frayons avec un manga sportif classique, ne dérogeant finalement que peu par rapport à ce qui se fait dans ce registre. Il est rare de toute manière, de savoir être atypique dans ce domaine.

« Laissez-moi une chance et je deviendrai plus forte dans une semaine » est typiquement ce qu’on peut attendre de ce genre d’œuvres. Joseph Joestar ne s’y était en tout cas pas pris autrement.


Subaru est initiée au ballet par un excentrique de génie, puis suit les cours d’un génie russe, sa rivale est finalement plus mesquine que travaillée pour sublimer sa jalousie, l’adversité se franchit littéralement sur la pointe des pieds. La scène de New York  ? En six tomes, ma brave dame. Daigo avait quant à lui mis plus de temps avant de se perdre aux États-Unis pour surenchérir.

Ce complexe qu’ont les Japonais à croire que les États-Unis sont le sommet de tout… tout en sachant reconnaître que la civilisation y est absente alors qu’elle se fait dérober son sac-à-main et braquer dix minutes après avoir atterri. Coup de bol, le voleur était de la compagnie de ballet local. C’est vrai que ce genre de chapardeurs fréquente généralement des endroits pareils. D’ailleurs, la prison dans laquelle elle ira en représentation – oui – est remplie de blancs. Comme dans la vraie vie.

Prisonniers qui applaudiront à tout rompre. Car derrière le gangsta, le suprématiste aryen, le crime organisé en règle générale, les violeurs et autres assassins de toute obédience, c’est un appétit pour la culture et le raffinement qu’on trouve chez ces braves chez. Si, si, le ministère de la Culture nous le serine depuis des décennies, peut-être que ça finira par être vrai à force d’être faux. Statistiquement, ça se peut.

L’optimiste qui déborde de l’œuvre est trop niaiseux pour faire honneur au premier volume qui, à n’en point douter, n’a été qu’un coup d’esbroufe pour s’accaparer un lectorat otage de vouloir renouer avec la grandeur des débuts.


Il n’y a pour ainsi dire aucun personnage secondaire dans Subaru, danse avec les Étoiles. Où qu’elle soit, quoi qu’elle fasse, elle vole la scène pour ne finalement la partager avec personne. Tout personnage amené à la fréquenter n’est qu’une étoile filante dont la lueur fugace n’aura d’autre finalité que de la faire briller davantage. D’autant que globalement… tout le monde est beau et gentil. Même le FBI ! On aurait tant aimé connaître la relation que Subaru pouvait entretenir avec ses parents suite à la mort de son frère. Ils sont aussitôt passés à la trappe, à un point où on en vient à ignorer où vivait Subaru le temps qu’elle dansa au Palais Garnier (le nom de l’établissement de travestis où elle a perfectionné le ballet) durant six ans.


Je n’ai honnêtement pas très bien compris où l’auteur voulait en venir avec cette fin qui, en réalité, se sera imposée à nous avec l’incursion tardive d’Alex dans l’intrigue, sans jamais qu’on n’ait trop su ce qu’il faisait là, à déblatérer sa philosophie de comptoir pour qu’au final, tout s’achève d’un coup d’un seul. Aurait-il pu nous dire, trois chapitre avant la fin « Je suis en réalité un extra-terrestre de la planète Zarglabu, vite ! Fuis avant que les Xeganiens ne nous attrapent » que mon sentiment aurait été le même. Rien n’est conclu, rien n’a vraiment été développé et pour Subaru, sur la scène, tout a toujours été acquis en trois pas-chassés, et voilà que ça se termine sans un « au revoir » ? C’était donc ça, cet illustre manga qu’on m’enjoignait à lire pour épanouir mes horizons culturels ? Croyez bien que ça m’a conforté dans l’idée de demeurer un éternel béotien. Les danseurs de ballet, je les préfère décidément quand ils se mettent au karaté.

Avec Subaru sous les yeux, je n’ai pas lu une histoire, mais les chroniques d’un fantasme. Un fantasme qui ne savait d’ailleurs pas trop ce qui voulait en définitive pour s’achever dans une débâcle confuse.

Josselin-B
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le 16 mai 2026

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Josselin Bigaut

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