Si 100 mètres de Kenji Iwaisawa prend le sport comme point de départ, il cherche surtout à capter ce qui se joue dans la tête et le corps des athlètes, proposant avant tout une expérience sensorielle centrée sur la course et ses enjeux.
Le film intrigue d’emblée par son ambition formelle.
C'est clairement le point fort du film. Chaque course ou presque est mise en scène de manière différente, comme si le réalisateur cherchait à renouveler sans cesse notre perception du même geste. Le travail sur le son, le souffle, les battements du cœur, mais aussi sur la sensation de vitesse, est particulièrement marquant. On est souvent plongé dans les pensées des athlètes, dans leurs doutes ou leurs obsessions, ce qui rend les courses plus intenses. On notera aussi une musique bien utilisée, qui accompagne, parfois tranche, la tension et l’énergie des corps en mouvement.
Sur le fond, le film est plus intéressant qu’il n’y paraît au premier abord. Il s’éloigne partiellement du discours classique selon lequel le travail suffit toujours pour réussir. Iwaisawa met plutôt en avant la pression immense qui pèse sur les jeunes athlètes, l’importance du mental, et une certaine injustice dans le sport, où le talent et l’effort ne garantissent rien. Les risques sont aussi évoqués, qu’ils soient physiques, avec des corps poussés à la limite, ou financiers, dans un milieu où tout miser sur la performance peut coûter très cher.
Le récit se concentre presque exclusivement sur la course : la vie des personnages en dehors du stade est peu développée, ce qui n'est pas problématique en soit, mais qui pose certaines limites lorsque le film cherche à justifier des changements psychologiques ou physiques. Ces changements semblent un peu trop rapides, notamment lorsqu’une simple discussion provoque un retournement spectaculaire.
Si tout n'est pas parfait, 100 mètres reste un film intéressant et même marquant par son audace et son énergie. Il privilégie les sensations et le mouvement à une narration classique, quitte à laisser certaines zones dans l’ombre. C'est aussi une œuvre qui capte bien la violence et la beauté de la compétition.