Le sport et l'animation japonaise, c'est une histoire d'amour qui ne semble jamais se finir. De Haikyuu à Slam Dunk et du Sommet des Dieux à Blue Lock, chaque sport semble avoir été traité, et ce sous des prismes différents.
Mais la course à pied était encore assez vierge d'adaptation digne de ce nom, si ce n'est peut être avec Run With The Wind. C'est donc avec un plaisir certains que j'ai reçu l'annonce d'une adaptation en film du manga 100 mètres, du mangaka derrière Du Mouvement de la Terre.
Ce plaisir a vite été décuplé quand j'ai vu, au détour des trailer, que la technique d'animation utilisée était la rotoscopie. Technique mal aimée dans l'industrie de l'animation, qui nous attire dans les ténèbres du film d'animation Seigneur des Anneaux, elle trouve pourtant avec ce film toute sa légitimité.
En effet, quel choix technique plus évident que celui-ci, pour capturer toute l'énergie brute du corps humain en mouvement ? Chaque séquence de course est, dans 100 mètres, d'une beauté simple mais époustouflante. La réalisation, jouant avec les prises de vues et allant même jusqu'à conserver un effet de caméra épaule, donne corps et âme à cette course à bout de souffle entre des prodiges de l'athlétisme, que tout oppose et réunit à la fois. Opposés par leur caractère, mais réunis par ces 100m de terrain, mangé à la vitesse de l'éclair, dans lesquels se concentre leurs rêves et leurs ambitions. Une autre séquence phare, qui allie technique et choix de mise en scène marquant, c'est belle et bien d'elle de ce 100m sous une pluie diluvienne, où un destin prend un tout autre tournant, et qui est sublimée par une tension maîtrisée.
Mais la rotoscopie ne se révèle pas seulement pratique pour donner de l'énergie et de la fougue à des scènes de course : elle offre aux séquences de dialogues une plénitude toute autre, à laquelle l'animation nous habitue rarement. Il n'y a qu'à voir certaines scènes fortement émotionnelles, pour comprendre à quel point cette technique y trouve toute sa place. Côté histoire, 100 mètres rejoint sur bien des aspects un aîné du genre qu'est Le Sommet des Dieux, en cherchant à amener une réflexion sur le pourquoi du sport, mais surtout... le pourquoi de la performance.
Que ressent on, une fois en haut de tous, sans adversaires ? À quel moment doit-on s'arrêter ? Et peut-on vraiment s'arrêter ? Des personnages, on n'en saura finalement peu, tant il n'existe qu'à travers la course et ne semble vivre que pour ça. C'est un travers d'écriture assez courant dans les récits sportifs, qui ne m'a ici pas dérangé, tant les personnages ne semblent volontairement avoir aucune autre vie en dehors des circuits. C'est ce qui les rend finalement si captivants à suivre, tout comme le sport de manière général : ils incarnent une humanité autre, dévoué à la pratique corps et âme, jusqu'au bout.
100 mètres est un bol d'air qui fait un bien fou, et qui, même s'il ne réinvente pas la manière de narrer le récit sportif, offre une animation léchée et des personnages marquants. À sa façon, il laisse sa trace dans l'animation japonaise, et on lui emboîte le pas avec plaisir.