Sorti en 2025 et réalisé par Kenji Iwaisawa, 100 Mètres est un film japonais. Il suit Togashi, un sprinteur naturellement doué, qui domine les courses sans effort jusqu’à sa rencontre avec Komiya, un camarade déterminé mais inexpérimenté. En l’aidant à progresser, il fait naître une rivalité qui, au fil des années, les pousse tous deux à se révéler sur la piste comme dans la vie.
Le film s’attaque à une discipline rarement traitée au cinéma et le fait avec une réussite éclatante. Sa véritable force ne réside pas seulement dans son thème sportif ou dans sa dimension philosophique, pourtant traités avec nuance, mais surtout dans sa forme et son ambiance, qui parviennent à transmettre avec intensité les sensations physiques et mentales de la course. L’animation mêle habilement techniques traditionnelles japonaises et rotoscopie, offrant aux personnages une grande souplesse de mouvement. Le résultat, parfois imparfait, n’en demeure pas moins saisissant. Le film ose également varier son style visuel, avec des séquences plus vibrantes et viscérales qui contrastent avec une esthétique déjà très marquée. Les scènes de course, nerveuses et sublimes, capturent l’énergie et la tension de la discipline avec une rare efficacité. Le travail sur les personnages est tout aussi soigné : le récit évite les introspections lourdes et les clichés du genre, tout en explorant profondément la psyché des protagonistes. La conclusion est géniale. L’ensemble est captivant et singulier, comme on en voit rarement dans le cinéma sportif.
Les défauts se situent principalement dans la forme. L’usage de la rotoscopie atteint parfois ses limites, notamment lorsque certaines séquences se heurtent aux techniques d’animation plus traditionnelles. Ce décalage est particulièrement perceptible dans les scènes de dialogue, où les visages semblent flotter ou se déformer avant de revenir à un rendu plus figé. L’économie de plans dans certains échanges accentue cette sensation d’artificialité, donnant à la rotoscopie un aspect trop mécanique, trop calqué sur la prise de vue réelle. L’équilibre entre les deux techniques n’est pas toujours trouvé, ce qui peut créer une gêne ponctuelle.
100 Mètres est un film audacieux, qui ose s’écarter des standards du cinéma japonais contemporain pour proposer une expérience sensorielle et narrative unique. Moins abouti formellement que The First Slam Dunk, auquel il peut être comparé, il n’en rejoint pas moins le haut du panier des films de sport grâce à son ambition et à son intensité. Une œuvre marquante, qui mérite d’être découverte et qui rappelle que le genre peut encore surprendre.