Après deux tentatives (qu’on appellera avec le temps, j’ose espérer, interludes) franchement ratées, parce que roublardes et/ou égocentriques, Depardon revient aux affaires avec 12 jours, à ses premières amours et ses investigations engagées, épurées. Gageons que Les habitants et Journal de France, ses deux précédents films, lui auront peut-être permis de gagner en aplomb et en assurance, afin de repousser ses traditionnelles frontières de la bonne distance. Ces deux films, qui étaient dépourvu de cette grande interrogation chère au cinéma de Depardon, avaient brisé quelque chose, à mon sens. Voir l’obsession d’un auteur à ce point fourvoyée – Comme s’il n’avait plus de filtre ou pire, n’était devenu qu’un simple voyeur – m’avait rendu aussi triste que devant les derniers films d’Alain Resnais.


 Si les visages n’ont jamais été filmés d’aussi près (dans le cinéma de Depardon) que dans 12 jours, c’est moins pour un souci d’appesantissement forcé ou de complaisance à filmer des « gueules » que pour y débusquer toute la folie de l’humanité. Ces dix personnes, ces dix voix semblent en effet former une parole schizophrène représentative de la société toute entière. Ici une femme qu’on a violé à maintes reprises, là une employée de chez Orange tyrannisée, plus loin ce jeune musulman terrifié par un voisin terroriste. Qu’importe la part de vrai dans ces confessions désespérées, les « faits divers » (Pour reprendre le titre d’un autre film de Raymond Depardon) n’auront jamais semblé si actuels.
J’ai un reproche, un gros et il est simple : Ce film, Depardon l’avait déjà fait il y a trente ans. C’était Urgences. Ça n’avait rien à voir avec la série américaine du même nom (français) mais en revanche on pouvait déjà y déceler l’embryon de ce que contient 12 jours : Donner vie, ampleur et parole aux égarés du système, noyés dans leur folie, elle-même noyée dans la folie du monde. Ce vieil homme qui voulait délibérément en finir, cette jeune femme persuadée d’être une émissaire de dieu incapable d’assumer ni comprendre sa mission sur Terre, pourraient très bien apparaître dans 12 jours et affronter ce juge qui en un entretien d’à peine quelques minutes se doit de statuer sur le sort du patient : doit-on oui ou non poursuivre son hospitalisation ?
La grande idée c’est d’avoir filmé uniquement (mais pas tout à fait, j’y reviens) en salle d’audience. Quand les patients rencontrent (avant 12 jours, comme la loi l’exige depuis 2013) le juge des libertés et de la détention. Dommage que Depardon ne s’en tienne pas entièrement à ce dispositif et parsème ses longs entretiens de parenthèses musicales et contemplatives – Les restes de ces inutiles traversées de caravane dans Les habitants. Habillage inutile – qui relève d’un fétichisme nostalgique déplacé « J’ai aimé filmer le brouillard du matin et le faible soleil d’hiver, j’ai aimé revenir dans ma région pour capter les lumières de mon enfance » pour ne pas dire d’une vulgarité gênante (la musique d’Alexandre Desplat, sérieusement ?) – dont il ne se servait pas il y a trente ans.
JanosValuska
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le 6 févr. 2018

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