Entre mort et renaissance, un tour de cadran palpitant

Avis sur 1917

Avatar Fleming
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La lumière toujours est tout près de s'éteindre
La vie toujours s'apprête à devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n'en a pas fini

1917 est un peu à l'image de ces vers de Paul Eluard. Notamment son début.
D'un côté, l'arrière : un grand champ verdoyant et fleuri, la douceur suave des premiers beaux jours. De l'autre, le front : une plaine labourée par le piétinement des soldats et l'éclatement des obus, hérissée de squelettes d'arbres noircis, parsemée de cadavres de chevaux et d'humains ; des nuages de mouches, des rats, des corbeaux attirés par les chairs en décomposition ; la boue, la gadoue, les trous d'obus remplis d'eau croupie où flottent des tués anonymes ; les barrières de barbelés et les tranchées sinistres laissées comme autant de pièges potentiels par un ennemi battant supposément en retraite ; des fermes abandonnées, un village en ruine ; une rivière torrentueuse, grossie par les pluies du printemps... Bienvenue aux abords de Passchendaele (Flandre belge), dans cette journée du 6 avril 1917 que met en scène de façon saisissante le dernier film de Sam Mendes, et qui nous fait imaginer une nouvelle fois ce qu'a dû être la Première Guerre Mondiale.
On va, via une caméra inspirée et qui ne recule devant aucune difficulté technique, suivre au plus près les gestes et réactions de deux jeunes caporaux dans l'accomplissement d'une mission hyper dangereuse, pour ne pas dire quasi impossible (sauf au cinéma). Les suivre de six heures de l'après-midi à six heures trente du matin, en un condensé de deux heures dont on a, pour notre plus grand plaisir, éliminé tout temps mort.
Le scénario est simple mais passionnant : plein de tension, de dangers, de pièges, de cassures de rythme, de retournements de situation, d'interrogations, d'aléas, de suspense, quasiment jusqu'à la fin. Le tout filmé en longs plans-séquences.
La caméra toujours présente, même dans les situations les plus mouvementées ou... les plus humides, suit de façon quasi miraculeuse la course folle, contre la mort, contre la montre, des messagers chargés de relever la gageure.
La conception, l'écriture, la mise en scène et réalisation du film sont d'une évidente habileté. La photographie est franchement belle, parfois spectaculaire ; la musique épouse, souligne et amplifie à plaisir les différentes péripéties ou états émotionnels vécus par les ou le héros.
Les deux jeunes gens apportent beaucoup à cette odyssée. Ils sont personnifiés de façon sensible et très convaincante par George MacKay (caporal Schofield) et Dean-Charles Chapman (caporal Blake), le scénario mettant, il est vrai, nettement plus en valeur le premier cité.
Conclusion. Si le film est une véritable performance technique, ce n'est pas un chef d'oeuvre... du fait d'un manque de scènes vraiment mémorables, de personnages sans doute insuffisamment creusés et, de la part du réalisateur, d'un propos (ou d'une vision du cinéma) insuffisamment neuf et original.
Tout de même, sans renouveler le genre, c'est un film de guerre d'excellente facture qui, même s'il touche assez peu le coeur, du moins captive jusqu'aux toutes dernières images.

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