Il faut sauver le plan Mendes

Avis sur 1917

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Critique courte et à chaud:

Le plan séquence c’est la quintessence de la catharsis cinématographique : la caméra se meut et une illusion de liberté envahit le spectateur, les décors sont presque palpables, les personnages nous entourent et on pourrait presque avoir la sensation de découvrir la scène par soi-même, de devenir un personnage à part entière.

C’est avec le film La Corde (1946) signé Hitchcock que voit le premier film basé sur cette technique, dans un huit clos intéressant avec peu de personnages, ce qui se prêtait bien à cette technique. Il est intéressant de noter qu’à part le maitre du suspense, sur le siècle dernier, aucun réalisateur ne s’est risqué à réaliser un film en plan séquence tant cela peut se révéler contraignant.

Et c’est en 2020 que Sam Mendes réalise 1917, semblant saisir les enjeux d’une telle prouesse.

Bien que le film puisse le laisser penser, j’aimerai préciser que le film n’a pas entièrement été tourné en UN SEUL plan séquence, mais par un habile jeu de caméra (coupe, contre champs etc…), l’illusion perdure. Mais quelle est le but d’une telle illusion ?
Le but est de donner un niveau de réalité supérieur au film. Le plan séquence permet de ressentir le « temps humain », de percevoir le temps du réel.
Début du film : la caméra approche doucement, vient fixer deux protagonistes sous un arbre, une poignée de mains et le film est lancé, on ne les lachera plus, tel un membre de cette mission désespérée. Au début, donc, l’immersion est réussie, on déambule dans les tranchées, la caméra accélère… le rendu est travaillé, on s’y croirait. Cependant, après la première partie du film, ce rendu semble s’affranchir de ces considérations réalistes, le film se lisse, et on a du mal à se sentir toujours aussi absorbés.
Le son et la lumière, menés avec brio, viennent paradoxalement entachés la réalité du film en lui donnant un certain lyrisme. La réalité s’appuie plus sur du pittoresque que du magnifique.

Et c’est le macabre de la guerre qui vient nous ramener à la réalité, la mort est omniprésente. Si le front est représenté, il n’est jamais fait état d’une réelle guerre de tranchée dans ce film, c’est les conséquences de cette guerre qui sont mis en avant : très directement avec des cadavres partout, brûlés, déchiquetés, corps boursouflés après une noyade etc... Ou alors en le suggérant plus délicatement au spectateur avec une poupée recouverte de poussières suggérant une vie de famille fantomatique, la prolifération des rats, l’enfer de la boue ou encore la destruction des lieux tant humains que naturels. La guerre n’épargne rien ni personne. Du bébé orphelin à la paisible vache qui pait. Et c’est avec une certaine finesse que Mendes insère ces éléments de réalité dans ses plans séquences.
La mort est seule reine et met à mal si facilement les plans d’une futile condition humaine pour l’arrêter que c’en est presque risible.

Vous l’aurez compris, il n’y a sans doute que peu de choses à redire quant à la réalisation et aux choix artistiques du réalisateur de Skyfall. C’est ailleurs que le bât blesse.

Bien qu’il donne à son scénario une ligne directrice parfaitement adapté à son choix de réalisation, cela ne suffit pas à tenir en haleine. Le scénario finit par s’essouffler et la deuxième partie du film nous embarque dans une suite de péripétie sans grande incidence sur le récit come pour remplir un cahier des charges des moments à retrouver (moment émotion : done / moment frisson : done etc etc..). Cela sonne creux et vient ternir l’élégante ligne directrice du récit qui se prêtait si bien au plan séquence : l’urgence de la mission à accomplir et la distance à parcourir en tant de temps afin d’éviter un massacre.
Ainsi, le dernier plan séquence action du film s’en retrouve amoindri par une histoire essoufflée qui n’arrive à ponctuer dans le talent avec lequel elle a commencé.

En conclusion, j’ai l’impression que Sam Mendes a réellement privilégié la forme au fond, se perdant dans les aspects du film de guerre qu’il souhaite aborder : l’horreur de la guerre et la mort deviennent les étendards d’un réalisme terni par une réalisation à un esthétisme, peut-être, trop travaillé.

PS : à voir absolument au cinéma – 6.5/10

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