28 Days Later (Danny Boyle, Royaume-Unis, 2002, 1h53)

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Considéré trop souvent, et à tort, comme un film de zombie, ‘’28 Days Later’’ n’appartient pourtant pas à cette grande famille du cinéma d’Horreur. C’est un film d’infectés, et se la différence est a première vu minime, c’est là pourtant un genre à part, qui ne répond pas aux mêmes conventions. Pour commencer, le changement de taille est que les infectés peuvent courir. Les zombies non.

Alors oui, suite au succès de cette production les ricains reprennent le concept de la vitesse pour l’apposer aux films de zombies, mais c’est là une digression qui résulte d’un effet de mode. Le zombie est mort… D’où les morts courent ? Que le/la premier/ère qui ait déjà vu un mort marcher me jette la première pierre en pleine face.

L’autre grande différence est qu’une invasion de zombie est généralement dû à un élément inconnu. C’est là l’une des conventions classiques, qui n’est transgressée qu’à de rares occasions. Comme dans ‘’The Return of the Living Dead’’ de Dan O’Bannon en 1985, qui justifie le réveil des cadavres par les émanations de produits chimiques. Ou bien encore dans ‘’Shaun of the Dead’’ d’Edgar Wright en 2004, qui sous-entend un certains nombres de raisons possible, sans jamais en certifier une.

Dans un film d’infectés, les protagonistes connaissent les raisons de leur présence. C’est souvent dû à un virus, auquel tout le monde est vulnérable, et qui se déplace par un autre moyen que la morsure tant redoutée du zombie. Du fait, les réactions sont très différente, car il est nécessaire de survivre à la pandémie en se protégeant doublement, à la fois des victimes, et à la fois du virus présent dans l’air.

À partir de ce postulat l’organisation est bien différente, puisque les personnages ne prétendent absolument pas aux mêmes desseins. Les récits sont ainsi plus ancrés dans la réalité, et il n’y a pas de dimension surnaturelle, ce qui pour l’audience implique une empathie différente, puisque nous sommes tous à la merci d’un virus. Beaucoup moins à celle d’un mangeur de cerveaux sorti de la tombe à mémé.

Mais revenons-en donc à nos infectés. Alors, Cillian Murphy se réveil après quelques jours de coma, dans la chambre d’un hôpital où tout le monde semble avoir disparu. Après une marche solitaire dans un Londres lunaire il fait la connaissance de deux survivants qui lui font un topo de la situation. Il se joint à eux, et le film se lance alors à cœur perdu, sur un mode survival horrifique d’une efficacité virtuose, comme sait si bien le faire Danny Boyle de temps à autre.

Le cinéaste britannique ne perd pas de temps avec le superflu, et en l’espace de 10 minutes tous les enjeux sont posés, les personnages centraux introduits, l’univers mis en place en toute cohérence, et il ne lui reste plus qu’à s’amuser avec tout ça. En dépouillant tout le métrage de la moindre fioriture, même dans la photographie, qu’un numérique alors balbutiant rend très rêche, très sèche, avec une lumière réaliste et des plans de caméra anxiogènes qui immergent l’audience au plus près des protagonistes, dans les bons, comme dans les moments les plus cauchemardesques.

Comme toujours chez Danny Boyle l’accent est mis sur le rapport à l’autre, le fonctionnement du groupe, et les rapports humains qui se créent dans leurs ensembles. C’est là une thématique qui traverse tout son cinéma, une facette qui semble le fasciner, et qu’il décline tout au long de ses films. Le récit prend comme départ la propagation d’un virus, une forme de rage particulièrement agressive, testée sur des singes dans un laboratoire à l’éthique discutable, qui a échappé à tout contrôle après que de dangereux altermondialistes aient libérée l’un des sujets. Mais s’intéressant assez peu à la cause, et bien plus au conséquence, ‘’28 Days Later’’ évoque très rapidement la chute de la civilisation.

La diégèse du métrage sous-entend qu’un nouvel ordre s’est mis en place brusquement, sans vision, sans idéologie, sans plan ni projet, plongeant les survivants dans un mode de survivance en réaction à la violence de la pandémie. Le choix qui s ‘offre à eux est alors soit le suicide, soit faire preuve d’une virulence égale, voir supérieur aux malades affamés.

Les gouvernements a failli dans sa mission de protections de ses citoyens, les institutions de santés, rapidement saturées se sont effondrées, et le virus a pu se rependre tranquillement dans toute la population. Une propagation facilitée par la promiscuité permanente d’un mode de vie citadin, entassant les êtres humains les uns sur les autres. Parfait pour faciliter une épidémie en bonne et due forme.

L’œuvre de Danny Boyle se positionne au croisement de plusieurs genres. S’il peut être considéré sommairement comme un film d’Horreur, il est aussi parcouru de l’ADN d’une S-F anticipatrice qui ne peux qu’impressionner. Film d’infecté, soit un sous-genre, il repousse les limites des thématiques du film de zombie, pour les transcender par le biais d’un sens aigu de la connaissance de l’univers dont il est sujet.

Face à l’adversité d’un monde s’étant effondré sur lui-même, le petit groupe de survivant se cherche un avenir, sans certitude de quoi que ce soit, allant toujours de l’avant, avec cette idée d’un espoir résident quelque part, dans le futur où dans les terres au-delà d’un Londres devenu invivable. Ce qui maintient cette chimère est la cohésion du groupe, qui n’existe pas comme une multitude d’individualité, mais comme un ensemble solidaire.

Danny Boyle développe ainsi ces rapports, comme il sait si bien le faire, avec une qualité d’écriture à mettre au crédit d’Alex Garland, qui offre des personnages riches et passionnants, pour qui l’empathie est totale. Et c’est là une sorte de piège pour le public, car plus le récit évolue et plus les protagonistes sont plongés dans l’obscurantisme d’une terre dévastée, où ne subsistent quelques infectés affamés, se jetant sur le moindre bout de viande sur patte qui ose traverser leurs chemins.

Et au-delà, c’est à la noirceur la plus profonde de la nature humaine que s’intéresse le métrage. Par une longue séquence finale, où le survival laisse place à une horreur radicale et sans concession, purgée de tout feston inutile. Plongeant les spectateur.rices dans une atmosphère onirique, dans le sens ‘’sanglant et violent’’ de l’onirisme. Un cauchemar vivace accompagné par orage et déluge, convoquant tout pour créer un malaise et une fureur des plus intenses.

Ne surfant sur aucune mode, le métrage de Danny Boyle en est même plutôt à l’origine d’une. Les exemples le plus intéressant et efficaces étant certainement le remake de ‘’Dawn of the Dead’’ de Zack Snyder en 2004, et l’allocation inespéré d’un budget à George A. Romero qui revient au film de zombie en 2005 avec le beaucoup trop sous-estimé ‘’Land of the Dead’’.

‘’28 Days Later’’ est une œuvre ayant marquée de son empreinte l’Histoire de Cinéma, en faisant d’un obscure sous genre de l’Horreur un succès commercial d’importance, dont la réputation et le génie de Danny Boyle et de son scénariste phare ne sont sans doute pas étrangers. Avec son mini budget de 8 millions de $, il en a rapporté un peu plus de 85 millions, soit dix fois sa mise.

Pour un film qui tape dans un genre souvent réservé aux spectateur/rices les plus avertis, c’est ce qui s’appelle un sacré succès. Critique comme d’estime, il trône encore, 18 ans après sa sortie, tout en haut du panthéon de l’Horreur. Sans avoir à pâlir d’aucune sorte, dominant même son genre, que le bien triste remake de ‘’The Crazies’’ en 2010 ne viendra pas disputer.

Chef d’œuvre contemporain, qui fait encore plus sens au cœur de la filmographie de Danny Boyle, mais qui s’apprécie bien entendu au-delà. Survival intelligent et rythmé, duquel émane une sauvagerie d’une rudesse rare, il en résulte un objet cinématographique visuellement magnifique et visionnaire, annonçant déjà du haut de 2002 la banalisation et l’institutionnalisation d’une violence omniprésente en ce début de XXIème siècle.

Stork.

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