6 Underground
5
6 Underground

Film de Michael Bay (2019)

Voir le film

Passé ces 20 premières minutes, j'ai bien cru que Bay allait nous offrir un chef d'oeuvre ; certes on remarque quelques maladresses dès le début, mais le tout reste généreusement fun et le réalisateur pyromane semble totalement assumer le ton con.... mais !


Mais non ! En fait, et c'est bien dommage, Bay nous entraîne dans un récit un peu alambiqué ; c'est faussement complexe, bien sûr, mais en attendant, ces blablas inutiles ennuient. Et puis si ces 20 premières minutes sont si jubilatoires, c'est parce que le ton décalé et violent prend bien et fait même écho aux films de super héros : car nos personnages ici présents sont un peu des surhommes (comme souvent chez Bay, en fait ; ce sont les nouveaux héros grecs ou romains sauf qu'ici on les suppose avec des grosses bites vu comment ils se moquent de David) sauf que Bay nous rappelle clairement qu'ils sont et restent des mortels : la mort d'un membre de l'équilibre laisse entrevoir un massacre en bonne et due forme.


Et c'est à partir de là que Bay trahit sa pensée initiale ; certes il reste généreux, mais ça devient répétitif, les personnages qui semblaient avoir une fonction bien définie perdent en individualité, deviennent semblables et pire que tout, ils deviennent immortels ; pourtant plusieurs occasions s'offrent aux auteurs pour sacrifier tel ou tel personnage, mais ils s'y refusent, ce qui est idiot, parce que perdre ces personnages auraient rendu les séquences plus fortes et les personnages plus mémorables. Et en choisissant de ne pas les sacrifier, les auteurs minimisent les conflits, réduisent leur impact...


Mais bon,ça reste généreux, et même gore. Autre surprise, c'est la structure de la narration : flashbacks et flashforwards se côtoient dans ce film afin de perturber le spectateur, de le faire réfléchir ; ce n'est donc pas un film si con que ça. Sans parler des nombreuses références culturelles qui ne sont pas juste tirées vers des blockbusters décérébrés (il y aura bien une réflexion sur fast and furious - sur la famille - mais ça reste discret).


L'humour prend bien aussi : c'est très con comme souvent chez Bay, mais ici, on sent vraiment la joie d'un gosse qui retrouve ses vieux jouets. Il s'éclate comme un dingue, fait des remarques sexistes mais ne se prive pas pour autant de personnages féminins bad ass (enfin d'un seul, car l'autre bimbo ne sert pratiquement à rien dans ce film - de quoi se demander encore plus pourquoi il n'a pas au moins sacrifié celle-là).


En terme de mise en scène, c'est assez dingue aussi. Bon, Bay a recours au numérique à plusieurs reprises, y compris pour ses explosions qui sont, de ce fait, beaucoup moins immersives et spectaculaires, mais il reste des plans de fous que seul Bay parvient à intercaler dans ses films d'action ; la photographie est sublime, on retrouve avec joie la manie des brouillards et autres silhouettes, des contre-plongées héroïques, des travelling magnifiant n'importe quel geste. Certes, il en fait de trop, la caméra ne se pose pratiquement jamais, le surdécoupage peut donner mal au crâne, mais il faut bien admettre qu'à petite dose, ça fonctionne. Par petite dose, oui : dommage qu'il ait décidé de faire un film dans l'air du temps, c'est-à-dire un métrage d'action durant plus de 2h !!! pour une intrigue pareille, en plus ! Heureusement, les scènes d'action sont longues, mais se taper 2h de voltige, ça lasse malgré tout.


Les scènes d'action sont inégales ; certaines scènes, comme les combats de Reynolds et de Laurent, sont illisibles, alors que d'autres séquences, bien que méga-surdécoupées, sont très lisibles. Il faut aussi saluer Bay pour l'effort fourni afin d'exploiter au mieux ses décors, que ce soit les rues italiennes où les arcs d'une architecture. Lorsqu'il décide d'un lieu d'action, il emmène le spectateur là où c'est le mieux !


Si les CGI laissent à désirer par rapport aux scènes faites à l'ancienne, surtout que plus le film avance et plus les effets sont mauvais, en conte-partie, on tire beaucoup de plaisir : combien de victimes innocentes pour se faire renverser ! Bon, à nouveau, c'est dans la première séquence qu'il a mis le paquet, il y en a encore par la suite, mais en moindre quantité. Mais quand même, c'est bon de voir ça, on se croirait dans un jeu vidéo (et c'est malin, je pense que ça fait longtemps que les fans de GTA ont envie de voir ça au cinoche), de quoi faire oublier les très nombreux (mais assumés) faux raccords (comme si M Bay nous disait lui-même : on s'en tape, ce que je veux c'est de l'action, on s'en fout que Reynolds ait la tête à tel endroit dans tel plan et qu'elle ait disparu dans le plan suivant).


Le casting est sympa également. Pas trop de stars, ou du moins pas des trop grosses. Reynolds commence à être catalogué, ça serait bien de le voir dans un autre registre. Laurent, ça m'a surpris. Mais ça fait plaisir, elle assure. Hum, j'ai lu que des cons lui reprochaient de jouer là-dedans après avoir fait des films engagés... hum, acteur, c'est un job, les gars ! elle peut très bien avoir des idéaux qu'elle étale dans ses propres réalisations et accepter un rôle à l'opposé dans un film de Bay.


Niveau BO, c'est un peu trop fourni... il doit bien y avoir 10 morceaux dans la seule première séquence de 20 minutes... c'est un peu too much, mais faut avouer qu'il choisit bien les morceaux. En plus il fait preuve d'une certaine culture, à nouveau, puisqu'il propose du Muse alors que le groupe ne vend pas si bien aux States. Quant au travail sonore en soi, c'est assez riche et à nouveau expérimental ; Bay reprend ses effets de Transformers, c'est un peu déstabilisant au début, mais ça marche !


Bref, que voilà un film riche et généreux ; malheureusement l'intrigue, qui aurait dû être plus simple, plus con, ne tient pas ses promesses.


PS : c'est quand même un des rares films avec de gros effets spéciaux qui ne ressemblent pas à un film netflix avec des effets numériques (qui sont donc habituellement pourris).

Fatpooper
6
Écrit par

Créée

le 16 déc. 2019

Critique lue 324 fois

Fatpooper

Écrit par

Critique lue 324 fois

8
12

D'autres avis sur 6 Underground

6 Underground

6 Underground

6

Préparez-vous à en prendre plein la gueule !

Je suis désolé, mais ce genre de connerie ce n'est pas pour moi. Tu te rappelles quand tu as dit que je pourrais toujours appuyer sur la gâchette. Ouais, ouais, et alors ? Ouais ben là...

le 14 déc. 2019

6 Underground

6 Underground

6

SanFelice

1418 critiques

Du Michael Bay, tout simplement

Disons-le tout net : 6 Underground est un film typique de Michael Bay. Le réalisateur de Bad Boys et Rock vient là avec ses qualités et ses défauts habituels, avec ses tics de réalisation également :...

le 16 déc. 2019

6 Underground

6 Underground

2

Arnaud-Fioutieur

325 critiques

Underground ... et bien profond

Après être parvenu à tenir pendant les vingt premières minutes d'une course poursuite à Florence --- allégorie involontaire de la laideur* investissant (et saccageant) la beauté ---, je me suis dit...

le 17 déc. 2019

Du même critique

Taxi Driver

Taxi Driver

5

Fatpooper

14231 critiques

Critique de Taxi Driver par Fatpooper

La première fois que j'ai vu ce film, j'avais 17ans et je n'avais pas accroché. C'était trop lent et surtout j'étais déçu que le mowhak de Travis n'apparaisse que 10 mn avant la fin. J'avoue...

le 16 janv. 2011

Les 8 Salopards

Les 8 Salopards

5

Fatpooper

14231 critiques

Django in White Hell

Quand je me lance dans un film de plus de 2h20 sans compter le générique de fin, je crains de subir le syndrome de Stockholm cinématographique. En effet, lorsqu'un réalisateur retient en otage son...

le 3 janv. 2016

Strip-Tease

Strip-Tease

10

Fatpooper

14231 critiques

Parfois je ris, mais j'ai envie de pleurer

Quand j'étais gosse, je me souviens que je tombais souvent sur l'émission. Enfin au moins une fois par semaine. Sauf que j'étais p'tit et je m'imaginais une série de docu chiants et misérabilistes...

le 22 févr. 2014