Verset inconvenant

Avis sur Alien: Covenant

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Au cœur de la controverse Prometheus, les quelques fous un tant soit peu emballés par la proposition de Ridley Scott me comptaient parmi leurs rangs : et, son final ouvert préfigurant une suite alléchante, je ne voyais pas d’inconvénient à ce que le britannique poursuive en ce sens. Avec Alien : Covenant, ce dernier remet pourtant tout en question, qu’il s’agisse de la pertinence du volet porté par Noomi Rapace, les fameuses suites au chef d’œuvre de 1979 et... ce même premier film fondateur.

La déconvenue qu’est le présent long-métrage, car il s’agit ni plus ni moins d’une déconvenue amère, se décompose en deux axes majeurs : d’un côté la mise à mal de la saga dans son ensemble, Covenant paraissant fouler du pied une parenté malgré tout affirmée par son aîné, et de l’autre l’éloquent ratage en règle qu’est ce divertissement à l’épouvante rabougrie. C’est à croire que le père Scott, désireux de se réapproprier un univers qu’il estime sien, ne fait qu’entraîner le culte Xénomorphe dans sa chute, marquée par une filmographie récente aux forts accents crépusculaires.

Si l’on considère d’abord Covenant comme la dernière pièce apportée à un tout emblématique, ses prétentions prêtent donc à la grimace : s’enlisant dans un discours biblique et filial proprement boursouflé, Scott et consorts font ici de David le porte-étendard d’une émancipation cynique comme malhabile, l’androïde renégat se faisant donc le bras armé d’une rupture abrupte avec l’héritage invoqué par les précédentes intrigues. Le problème étant qu’il ne s’agit pas d’une prise de risque rompant intelligemment avec des acquis familiers du spectateur, mais bel et bien d’un sabordage n’apportant strictement rien à une mythologie si prometteuse.

Pire encore, on en vient à s’interroger sur la pertinence de telles motivations, Covenant paraissant invalider aussi tout ce qu’impliquait les Nostromo, Space Jockey etc. : que Scott désire s’éloigner des ajouts de Cameron, Fincher et Jeunet, soit, mais trahir la genèse cinématographique d’une icône de la SF horrifique ? Quel intérêt ? Au risque d’en présumer, on en vient à penser que ce récit divergent n’est rien de plus que la marque d’une lucidité aux abonnés absents, qui non content de cracher sur le développement intelligent qu’était la Reine Alien, s’égare pour de bon et nous avec.

Si l’incompréhension plane, gageons qu’une certitude demeure : le divorce est dorénavant consommé. Aussi pouvons-nous entrevoir Covenant en faisant fi de toutes ramifications connexes, si ce n’est celles propres à Prometheus, et donc considérer ce dyptique comme une entité indépendante. Le problème étant que si certains (moi compris) étaient passés outre les facilités dont usait ce dernier, sa suite cumule bien trop d’erreurs criantes pour nous enjoindre à la clémence, à commencer par ses incohérences chroniques : l’écriture calamiteuse de ses protagonistes, coutumiers de décisions allègrement hasardeuses, en est l’exemple le plus parlant tant le récit ne fait qu’avancer au gré d’actes tous plus stupides les uns que les autres.

Trajectoire de mission modifiée, exploration sans casques, petite fumette au calme, petite douchette au calme, petite visite de cave au calme et j’en passe et des meilleures : l’intrigue cumule les poncifs de la bêtise humaine dans toute sa splendeur, et dieu que le résultat est creux au bout du compte. L’atmosphère en pâtit logiquement, d’autant plus que la prévisibilité du tout s’en ressent drastiquement : sur ce point, Covenant est littéralement incapable d’instaurer une quelconque once de tension, qu’il s’agisse des morts annoncées en grande pompe, de la mise en lumière du Xénomorphe ou plus simplement des intentions limpides de David (que l’on devine en dépit de l’illogisme affectant un certain flashback).

Et puis, franchement, difficile d’accorder au long-métrage le mérite de l’originalité : Daniels n’est rien de moins qu’une Ripley/Shaw-bis, d’ailleurs à l’image d’une redite dans les règles de certains pans narratifs d’Alien et Prometheus. Sitôt que l’on a fait le deuil du grand frisson tant attendu, il ne reste guère donc plus qu’une certaine signature visuelle à se mettre sous la dent, quelques plans choyant la rétine à défaut de mieux. Empêtré au sein d’une matière noire des plus arrangeantes, Covenant est donc un fiasco à tous les niveaux, une désillusion prenant ses personnages et ses spectateurs pour des dindes sans jugeote.

Quant à l’avenir de la saga, apparemment placée entre les mains de David, l’inquiétude est de mise.

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