"Let's kick some ice!"

Avis sur Batman & Robin

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Je vais me faire l'avocat du diable.

Batman & Robin, je l'ai vu au cinéma à sa sortie. J'avais 10 ans à l'époque, et j'avais bien entendu trouvé ça plutôt cool. Schwarzy n'avait pas le charisme de Jack Nicholson, ni Uma Thurman celui de Michelle Pfeiffer, mais j'étais pas bien regardant... Par la suite, j'en suis venu à détester ce film, pour les mêmes raisons que tout le monde : les personnages ridicules, les acteurs choisis au hasard, l'ambiance risible... les bat-tétons !
Ça faisait donc plusieurs années que je l'avais pas vu, quand j'ai été pris de l'envie soudaine de le regarder. Je l'avais noté 2/10 ici, de mémoire. Eh bien sans pour autant être un chef d'œuvre, ce film m'a quand même très agréablement surpris.

Commençons par les défauts, comme ça ce sera fait. Alors effectivement le film n'est pas crédible une seconde. Adieu l'évolution artistique de Batman des 15 ou 20 dernières années. Adieu le nouveau paradigme initié par Frank Miller, adieu les films de Burton, adieu toute la profondeur du personnage, adieu l'âme de Gotham City... Ce film est une espèce d'immense retour en arrière de Batman, et n'a certainement pas contribué à redorer le blason du Chevalier Noir auprès du grand public.
Les acteurs sont catastrophiques. George Clooney a l'air de se faire royalement chier ; il est plus expressif et plus à l'aise dans ses pubs Nescafé, c'est dire. Et c'est même un peu dommage car je pense que bien dirigé, il aurait pu faire un excellent Batou. Chris O'Donnell aussi est mauvais mais ça on s'y attendait un peu.
La profondeur de la vacuité du scénario, pathétiquement comblée par cette histoire de maladie d'Alfred sortie du cul d'une poule, n'a d'égal que le majestueux pied-de-nez au support original. Batgirl est la fille de Gordon ? Faisons-en la nièce préférée d'Alfred, dont Bruce n'a inexplicablement jamais entendu parler. Bane est un des plus puissants ennemis de Batman, le seul qui soit son égal physiquement ET intellectuellement ? Faisons-en un mercenaire ridicule et pathétique. Freeze était récemment devenu un personnage tragique, un des plus émouvants de la galerie Batman ? Redonnons-lui un statut d’énième méchant à gimmicks. Et tant qu'on y est, pourquoi ne pas donner à Bruce une petite amie de longue date dont on n'a jamais entendu parler dans les films précédents ?
Bref vous l'avez compris : je n'ai pas l'intention de pardonner tous ses défauts à ce film.

Cependant...

Cependant, il faut quand même dire que j'ai passé un bon moment. Schumacher a décidé de jouer jusqu'au bout le côté amusant, léger, et ridicule de l'univers du Caped Crusader. Et franchement, ça fonctionne. Libéré de toute contrainte, Schumacher veut se faire plaisir, et il y va à fond.
La ville de Gotham City ressemble plus que jamais à une gigantesque fête foraine, avec ses couleurs chatoyantes, ses punks bariolés, ses tags projetés sur les murs. Les punchlines sont balancées à 200 à l'heure, par Robin of course (entre autres), mais aussi et surtout par l'inoubliable Mr. Freeze, campé par un Schwarzy certes à côté de ses pompes, mais qui au moins a l'air de s'amuser comme un petit fou.
D'un point de vue technique, j'ai pas grand chose à reprocher au film. Si la musique reste insignifiante, le montage est plutôt efficace et on n'a pas vraiment le temps de s'ennuyer. On pourra trouver dégueulasse la lumière rosâtre qui inonde presque toutes les scènes du film (sauf celles au manoir Wayne qui sont plutôt orange), moi j'ai bien aimé ce côté kitsch ultra-assumé.
Dans le film, le personnage de Batman perd complètement son côté ange de la nuit, incarnation de la peur etc., pour devenir un bonhomme sympathique, souriant, blagueur, et qui participe tranquillement à des galas de charité (sans que personne ne s'étonne de l'absence du donateur Bruce Wayne, mais passons). Il a même sa Bat-carte de crédit le bougre ! Ah quel salaud ce Schumacher, vraiment il ne respecte rien ! Oui mais attendez... Batman il a toujours été comme ça en fait ! Les comics de l'Âge d'Or, la série avec Adam West, la série animée des années 60... Le côté ridiculo-risible, rempli de couleurs, de calembours archi-nuls et de péripéties invraisemblables, a toujours fait partie intégrante de l'univers Batman. Il n'a commencé à disparaitre que dans les années 70, et plus concrètement avec la publication de The Dark Knight Returns en 1986, qui a complètement redéfini le personnage pour en faire celui qu'on connait le plus aujourd'hui (y compris dans les films de Burton et Nolan).
Schumacher se permet tout : Batman fait une chute de 10 000 m en surfant dans l'air (?) ; les rayons du soleil réorientés par des satellites peuvent faire fondre de la glace en 2,5 secondes ; on peut plonger dans l'eau de 150 m de haut sans problème ; pour libérer quelqu'un de l'asile d'Arkham, il suffit de frapper à la porte... Le tout dans un joyeux bordel qui reste très divertissant !

En somme, je vois ce film comme un grand dessin animé éhonté, et comme ça j'vous jure que ça passe ! Maintenant je vous invite à jeter un coup d'œil là-dessus : http://dai.ly/xub64r et oser me dire que Batman & Robin est ce qui s'est fait de plus ridicule dans la franchise !

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