Pennywise flotte à son tour dans les lumières mortes

Avis sur Ça

Avatar Vladimir_Delmotte
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J'ai attendu ce film des années et des années durant. Le livre de Stephen King est le livre m'ayant le plus marqué dans ma vie et est mon oeuvre littéraire préférée. Cet ouvrage offre des thématiques fortes liées aux peurs ancestrales de l'enfance, à la perte de l'innocence, à la croyance en l'imaginaire...en bref l'arrivée dans le monde des adultes. L'histoire présente un groupe d'enfants, le club des ratés, confronté à "ça". C'est une entité maléfique meurtrière métaphoriquement pédophile se nourrissant de la terreur des enfants (pour résumer très brièvement ce livre de 1500 pages, je le rappelle). Ce roman est fort, puissant et ne peut laisser personne indifférent.
Un téléfilm de 3 heures réalisé par Tommy Lee Wallace (protégé de J.Carpenter, rien que ça) vu le jour en 1990 avec Tim Curry dans le rôle de Pennywise (grippe-sou) le clown. C'est un film que j'aime malgré ses gros défauts dont j'ai fais une critique ici : Entrez une description du lien ici

J'explique dans cette dernière pourquoi j'ai attendu de toute mon âme une nouvelle adaptation de l'oeuvre de Stephen King qui rendrait parfaitement hommage au roman. Je ne voulais pas spécifiquement une adaptation copié-collé mais au moins une retranscription des thématiques importantes du roman au cinéma. Je précise que je ne suis pas ce genre d'imbécile qui juge une oeuvre en fonction de son adaptation mais j'en attends un minimum d'un film se basant sur une oeuvre aussi forte et profonde que "ça". Je vais commettre quelques légers spoils mais rien d'alarmant.
J'ai vu ce film en avant première frétillant d'impatience...pour en ressortir déçu, détruit, enragé et triste comme jamais je ne l'ai été en sortant d'un film.

Pour commencer l'histoire retranscrit bien dans les grandes lignes les écrits de King. L'univers des "eighties" est plutôt bien retranscrit à travers les décors, l'ambiance ainsi que les personnages (il y a même un passage proposant une mise en abîme où nous pouvons voir un cinéma passant le film "Freddy 5 : L'enfant du cauchemar"). Une esthétique belle et travaillée fait parfois place, notamment lors de la scène de rencontre entre Georgie et Pennywise en tout début de film. La scène rend bien hommage à la scène originale du film de 1990 et s'avère vraiment satisfaisante comme introduction à l'abomination aux cent têtes qu'est "ça". Le film de 1990 est d'ailleurs à plusieurs reprises référencé au cours du long-métrage ce qui fait toujours plaisir à remarquer pour un spectateur attentif au moindre détail. Certaines scènes sont efficaces dans leur mise en scène, comme par exemple la scène de la momie décapitée dans l'escalier de la bibliothèque de Derry. Mais après cela c'est le drame...

Le film devient ensuite un film d'horreur basique de notre époque, c'est à dire à base de jump scares brouillons (qui ne font d'ailleurs absolument pas peur) et de personnages à l'écriture plus que discutable. Autant le personnage de Ben est assez intriguant, autant les autres se révèlent au moins inutiles/oubliables et au pire de véritables "comic relief" d'. Le personnage de Ritchie est ici le comique de service venant désamorcer toute la tension dramatique en faisant divers blagues nullissime (bon après l'humour c'est subjectif donc je peux comprendre que certaines personnes puisse agréer à son humour). Selon moi ce personnage est mal exploité et ne fait que briser l'histoire sombre, adulte et horrible que pourrait être le récit de film. Quand ce ne sont pas les enfants qui brisent la dramatisation du film, c'est la musique. Parfois celle-ci est parfaitement en accord avec l'image mais à d'autres moment le réalisateur fait le choix de choisir des morceaux de rock ou de pop qui n'ont purement et simplement rien à faire là (du moins lors des séquences où ces morceaux sont utilisés), que nous soyons dans les années 80 ou pas. Ces fameux morceaux rendent certaines scènes très embarrassantes. Ils créent un décalage monumental par rapport à aux actions présentes à l'écran (je crois qu'il est reconnu que la scène de la bataille de caillou est raté à cause de cela selon la plupart des spectateurs). On ne fait que briser la dramaturgie de l'oeuvre de manière basique, facile et grotesque. Cette envie de vouloir assumer absolument les "années 80" créent finalement un défaut. Nous nous retrouvons finalement face à une sorte d'hommage/fan-service putassier (passez moi l'expression) ayant pour but de dire : "Les années 80 c'est cooooool, dites moi que c'est cooooool. S'il vous plait regardz c'est cooool les années 80". A l'exception de quelques références sympathiques à cette époque le film se perd lui-même dans son idée de placer le contexte du film dans les eighties. Si vous appréciez cela il suffit de regarder Stranger Things. Mais cela n'a selon moi pas sa place ici et ne sert finalement pas vraiment le récit. "ça" n'est pas Stranger Things, ce n'est pas le même propos et pourtant c'est ce qui est fait ici.

Nous arrivons à présent à l'un des éléments détruisant le plus le film : "ça" en lui-même. Cette créature est l'incarnation de la peur elle-même, d'où le fait qu'elle représente l'innommable. Chacun voit le monstre différemment en fonction de ce qui nous terrifie le plus. L'apparence du clown n'est là que pour représenter l'aspect pédophile de la créature qui tente d'attirer les enfant en prenant cette forme. La chose est partout, tout le monde à Derry sait qu'il y a un grand mal mais personne n'ose le dire, car les adultes ont perdu leur âme d'enfant et son donc incapable de combattre "ça". Dans le film de 2017 le monstre n'est qu'un bête démon à la con (passez moi l'expression) passant son temps à faire d'inutiles jump scares (mal foutu et qui plus est dédramatisés par l'humour raté et inutile du film). On insiste également beaucoup trop sur le fait que "ça" est un clown. Sauf que non justement, ce n'est pas un clown du tout. Je pense notamment à cette scène (ridicule) dans les égouts où Pennywise se met à danser sur une espèce de scène de théâtre avec les inscription "pennywise, the dancing clown". Une voix émise par un petit pantin expose même ces dites inscriptions oralement. Il en va de même pour certaines scènes où la créature pose des pièges aux enfant, je pense principalement à la scène des trois portes (ceux qui ont vu le film comprendront) qui n'ont pas grand chose à faire là. Le fait que "ça" prenne l'apparence d'un clown sert à attirer les enfants dans ses griffes mais cela ne veut en aucun cas dire qu'il s'agit d'un clown. Il n'est pas censé passer son temps à faire des blagues comme si il en était un (bien que quelques blagues ne sont pas de refus tout de même). Le fait d'annoncer oralement l'arrivée de Pennywise sur scène est un problème sur ce point. Le second soucis concernant cela est que quand "ça" n'est pas présenté comme un clown il est présenté comme un démon à la con (comme j'ai dit plus haut) sans aucune originalité. Il aurait finalement pus être remplacé par n'importe quel type de démon (Mama, Annabelle, Red Face dans insidious,...). Alors que non, cette créature n'est pas un démon basique que l'on peut retrouver dans tout les films d'horreurs d'aujourd'hui. C'est une créature inscrite depuis sa création, par King lui-même, dans la conscience collective et dans la pop culture. On ne peut pas se permettre le de traiter comme un monstre simpliste de films d'horreurs. Il ne sert qu'à effectuer de veine tentatives de frayeurs sur les spectateurs alors que l'univers de "ça" ce n'est certainement pas cela. Dommage que la mise en scène n'aie pas permise au nouvel acteur incarnant le clown maléfique, Bill Skarsgård, d'être plus marquant car en soit il n'est pas mauvais du tout dans le rôle.

Nous en arrivons au pire, le rapport à l'enfance. Ce qui fait la force de cette histoire à l'origine ce sont ses thématiques. Ici nous n'en retrouvons aucune. Aucune réelle tentative de donner de la vraie violence pour le public (sans déconner le film est classé PG-17 au USA...selon moi un PG-13 c'est bon), aucune tentative révéler le thème de la sexualité et enfin aucune tentative de créer un vrai rapport à l'enfance. Les enfants sont tout juste sympathique dans ce film mais jamais ils ne vont plus loin que cela pour le spectateur. Jamais le film n'expose les peurs ancestrales qui peuvent hanter les jeunes personnes, c'est pourtant là que le définitif "ça" prend tout son sens, mais non. Les enfants veulent juste tuer un monstre point barre. Alors oui il y a un brin d'motion à certains moments mais le tout reste raté.

J'ai beaucoup de mal à m'exprimer pour cette critique car je suis triste et en colère. Le réalisateur de ce film à menti de A à Z. Il a voulu rendre cette univers sois-disant mature et cohérent selon ses dires. Nous devions y retrouver les thématiques faisant la force de l'oeuvre littéraire mais ce ne fut que mensonge. J'ai été trahi car ici ce n'est qu'un film d'horreur basique alors que justement, cet univers ne peut pas se permettre de n'être réduis qu'à ça et à être assimilé par un public d'imbécile (j'entends par là que le film se veut accessible au plus grand nombre et pas forcément un bon public pour l'histoire de base nous étant présentée). C'est au départ une oeuvre profondément ancrée dans la pop culture qui ne peut se limiter à cela. Stephen King prétend avoir aimé le film, comme beaucoup de critiques l'ayant vus dans les projections presses. . Je me sens insulté par cette oeuvre qui avait tout pour être un grand film être réduite à cela par un yes man n'ayant aucune compréhension de ce qu'il adapte ( je peux sembler agressif mais c'est mon sentiment). Cela aurait pus passer sur un film d'horreur plus "classique", mais là non.

Je pense dés à présent que "ça" version 2017 soit un très mauvais film (cela n'engage que moi encore une fois)). Je ne sais pas quoi attendre de la suite, qui je le suppose, sera sans doute du même niveau que ce film n'ayant rien compris aux thématiques à présenter. Nous ne sommes pas dans une oeuvre censé avoir pour objectif de faire peur aux personnes ayant peur des clowns (d'ailleurs les 99 ,99 pourcents des personnes disant cela sont des menteurs, car on va pas se mentir...avoir sois-disant peur des clowns c'est à la mode pour le moment).

Le cinéma fantastique se meurt au profit de films à jump scares. Je pense pouvoir dire aujourd'hui qu'il s'agit du film que j'ai le plus attendu de toute ma vie et également de la plus grande déception cinématographique et que j'en suis profondément attristé. Pendant des mois le film s'est vendu comme bourré de bonnes intentions mais le résultat final se contente d'être un film d'épouvante ultra classique et cliché de notre époque alors qu'il doit être bien plus profond et fort que cela. Le film est pauvre. Je ne tape pas dessus gratuitement, croyez moi, je le critique avec un immense regret. Je voulais l'aimer de toute mon âme...Aujourd'hui c'est à mon tour de flotter dans les lumières mortes.

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