Nine inch Neil*

Avis sur First Man : Le Premier Homme sur la Lune

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Franchement, il faudra que quelqu'un m'explique l'intérêt de ce genre de film quand on sait depuis un bon bout de temps que l'alunissage est un coup monté du FBI et de la CIA, mis en scène par Stanley Kubrick.

Parfois, on arrive à se convaincre que, placés dans les mêmes concours de circonstances qu'eux, on aurait pu, pourquoi pas, prendre la place de ceux qui, à leur manière, ont marqué l'histoire. Là au moins, j'étais dès les premières secondes du film fixé: jamais je n'aurai pu, sous quelles conditions que ce soient, faire partie des pionniers de la conquête spatiale. Pas tant à cause des conditions claustrophobiques dans lesquelles ils évoluaient, mais bien à cause d'un manque total de confiance que j'aurais entretenu envers les appareils qu'ils pilotaient. Le film de Chazelle, et c'est une de ses grandes forces, dépeint parfaitement la précarité absolue, le bricolage permanent qui ont accompagné les types qui voulaient conquérir le dernier espace inconnu du début de ces années 60. Comment confier sa vie à trois bouts de tôles et quatre boulons qui n'ont jamais connu la haute altitude ?

Parce que, mensonge pour mensonge, essayer de continuer de nous faire croire que la terre est ronde commence à être gonflant, faudrait arrêter de nous prendre pour des perdreaux de l'année.

En arpentant l'espace séparant la terre de la lune, Damien a enfin trouvé la distance. En s'affranchissant des contrées musicales qui avaient jusque là peinées à me convaincre, Chazelle réalise enfin, de mon point de vue, un film qui emploie l'entièreté de son carburant et ne me laisse pas sur la réserve. Le but était semble-t-il de raconter le plus simplement possible une histoire extraordinaire, et à un ou deux détails près, le bougre y est parfaitement parvenu. Cette antithèse spatiale d'Interstellar et Gravity (sans les salmigondis poético-généalogique de l'un et les fantaisies scénaristiques spectaculaires de l'autre) colle au plus près de types pas tout à fait comme les autres, qui ne pouvaient se satisfaire d'une vie de famille simple dans laquelle leur incapacité à se montrer aimants ou aimables aurait été trop criants de visibilité.

Et pendant qu'on y est, faudrait sans doute aussi gober que les théories de Darwin sont valides, et que tout n'a pas été créé par Dieu il y a 6000 ans ? Les dinosaures ont vraiment existé, pendant qu'on y est ? Ha ha.

Jeter un œil sur les reproches faits au film par ceux qui ne l'ont pas aimé prête comme d'habitude à sourire. Si on déplore tout à la fois (selon les avis) son approche clinique et glaciale et son pathos dégoulinant, c'est qu'on tient sans doute l'indice d'un juste milieux précisément trouvé, d'une trajectoire très justement suivie. Certes, le scénario insiste sur la perte d'un enfant comme célèbre plastic duck scene (1); oui, la réalisation semble parfois oublier qu'on est redescendu sur le plancher des vaches lorsque le cadreur continue à secouer sa caméra pour illustrer une scène de repas familial, mais ce sont sans doute là de bien faibles éléments à opposer au jeune réalisateur.
Enfin, trouver inutile ou surchargée la relation de couple qui oppose autant qu'elle réunit Neil et Janet peut paraitre gonflé par les temps qui courent. Plus encore que pendant une guerre où un membre de la famille partait pour de longs mois ou années, je ne connais pas beaucoup d'exemples de vie de famille pendant laquelle le travailleur principal risquait tous les matins de quitter le foyer pour la dernière fois, et perdait un à un les voisins, amis et collègues qui venaient jusque-là partager la bière du soir. Ajoutez-y une fille perdue pour cause de cancer et vous obtiendrez sans surprise une ambiance au foyer particulière.

Non, si on devait croire à toutes ces âneries, faudrait penser à se faire vacciner et croire que les terroristes agissent de leur propre fait, et si on me disait que le film a été financé par les labos pharmaceutiques et la finance internationale, je ne serais pas plus étonné que ça.

Il peut paraître stupéfiant que l'histoire de Neil, Buzz et leurs potes n'ait pas été portée à l'écran plus tôt. Sans doute, l'angle fourni par le livre de James R. Hansen a permis de trouver la force de décollage du projet. Sans oublier de montrer le contexte politique et historique entourant l'exploit (avec ce drame du financement, par exemple quand Gemini crie quête), Josh Singer, scénariste émérite (à qui l'on doit les Pentagon Papers, Spotlight, mais surtout quelques uns des épisodes d'A la maison Blanche) a trouvé l'équilibre fragile pour propulser le module de son histoire entre sensationnalisme inutile, légende étouffante et observation trop terre-à-terre, et ainsi percer la fine couche de stratosphère contre laquelle se heurte tant de ses camarades auteurs de biopics. Un petit exploit.

Franchement, la mise en image d'une telle fake-news laisse songeur. En plus, aucune mention de Louis, l'oncle noir et Lance, le fiston. Et puis merde, même le film n'y croit pas: la preuve, à la place de la tête de l'astronaute on voit clairement une pierre.
On nous prend pour des demeurés, cons comme la lune ?

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1) Théorie développée par Sidney Lumet dans son passionnant livre "faire un film", qui décrit la façon dont les scenarii exposent le trauma du personnage principal pour justifier ses comportements.
* La légende, non démentie par Janet, rapporte que parfois, Neil pouvait atteindre jusqu'à 22,86 cm.

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