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Avec déjà 3 grands films à son actif (Canine, The Lobster et The Killing of a Sacred Deer) et une filmographie qui brille par sa réussite, Yorgos Lanthimos se fait assurément un nom au sein d'Hollywood et voit même son dernier né auréolé de pas moins de 10 nominations aux Oscars notamment pour son casting mais aussi en meilleur réalisateur et meilleur film. Face à une sélection 2019 particulièrement fade, on rêve de voir The Favourite devenir le favori de la cérémonie grâce à sa qualité étincelante même si il reste le rejeton d'un cinéma beaucoup trop baroque, cruel et radical pour véritablement avoir une chance. Car même si le scénario n'est pas ici directement signé par le cinéaste, il reste totalement dans la continuité de son cinéma et de ses obsessions et en devient donc une oeuvre unique et grinçante dont lui seul à le secret.

Depuis Canine, Lanthimos a montrer un vrai amour pour la cruauté poussée à l'extrême qu'elle en devient totalement absurde. Un état de fait qui était à son paroxysme dans The Lobster mais aussi dans The Killing of a Sacred Deer qui s'imposait comme une oeuvre jumelle avec Canine dont il reprend le contexte familial et cette même déconstruction des valeurs sociales. Observant avec une certaine ironie et un humour noir mordant les rapports de force imposés par une société ou un contexte familial totalitaire pour souligner l'absurdité de la notion de pouvoir ou encore étudiant son impact sur des rapports humains superficiels et dévitalisés grâce à des personnages souvent stoïques face à la roue du destin. Car en cinéaste grec, Lanthimos accepte son héritage et transmet sa mythologie à travers des œuvres au parfum de tragédie grecque renvoyant à l'Antiquité et aux mythes célèbres tout en les réactualisant habilement au monde dans lequel on vie. Un monde toujours régit par les mêmes superstition et esclave d'un pouvoir ancien jamais remis en cause malgré son absence de légitimité. La représentation le plus parfaite étant The Killing of a Sacred Deer qui est une adaptation à peine voilée d'Iphigénie à Aulis d'Euripide.

Et même si ici il bascule dans un cinéma plus anglais avec ce The Favourite, il se sert avec intelligence de la véritable histoire de la Reine Anne pour dépeindre une tragédie glaçante sur les jeux de pouvoirs où se mêle amour manipulateur et trahison familiale. Une tragédie grecque dans toute sa splendeur. Le scénario se fait un peu plus accessible et classique pour un Lanthimos, ce qui constitue un bon point d'entrée à sa filmographie, mais brille par ses situations cocasses et un sens de la réplique succulent. Jouant moins sur l'étirement des situations pour créer l'absurde mais plutôt sur un tempo comique dosé à la perfection. L'humour noir y est succulent et accorde un rythme vif et prenant aux deux premiers tiers du film qui s'impose comme un bras de fer réjouissant entre deux femmes de pouvoirs. Très finement écrit et sans jamais condamné, The Favourite brille par ses personnages haut en couleurs mais marque surtout lorsqu'il dépeint en arrière plan une tragédie terrible sur une femme brisée par la vie et qui doit se cacher pour aimer car prisonnière de sa position de pouvoir dont d'autres profite pour elle. Le dernier tiers s'avère en ça vertigineux par la tristesse dévastatrice qu'il véhicule et qui éclate dans un final saisissant.

Porté en plus par un trio d'actrice en état de grâce, où s'affronte une Rachel Weisz débordant de charisme, de grâce et de justesse face à une Emma Stone au sommet de sa force où elle signe une performance habitée et trouble dont elle seule à le secret. Mais ici c'est bel et bien Olivia Colman qui vole la vedette par sa prestation sidérante, entre désespoir déchirant, rage intériorisé ou malice enfantine elle brille dans chaque registre. Ou plus encore elle fait preuve d'une présence terrassante à l'écran surtout dans un dernier acte où elle opère une transformation physique subtil et fascinante à voir tellement l'implication de l'actrice est phénoménale. Une prétendante solide à l'Oscar de la meilleure actrice. The Favourite va briller aussi par sa somptueuse réalisation, techniquement sublime notamment avec une photographie naturelle juste impressionnante notamment dans ses plans de nuit mais aussi accompagné d'un montage acéré, quoiqu'un peu redondant dans son découpage chapitré, et d'une musique inspiré et qui marque. Le tout est transcendé par l'habile mise en scène de Yorgos Lanthimos qui joue avec les focales pour littéralement représenté les distances entre les personnages et les rapports de forces. Bien pensée et avec un sens du cadre brillant, la mise en scène impressionne par sa minutie mais aussi sa reconstitution d'époque bluffante et s'impose sans conteste comme le plus beau film de Lanthimos.

The Favourite est une immense réussite. Plus accessible et plus classique que les précédents films de Yorgos Lanthimos, il reste pas moins une oeuvre intelligente et acerbe qui trouve parfaitement sa place dans le cinéma de son auteur. Souvent drôle, parfois bouleversant et toujours pensé avec une malice réjouissante il confirme la cruauté succulente de son cinéma qui crée sa propre mythologie moderne. Humour noir mordant pour emballer une amère tragédie, The Favourite est une oeuvre saisissante brillamment mise en scène, éclairée et portée par un trio d'actrices exceptionnel. Même si Lanthimos n'arrive pas à atteindre le brio de ses trois meilleurs films, il signe quand même un excellent et mémorable morceau de cinéma.

Frédéric_Perrinot
9

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“Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.”

Yórgos Lánthimos en 3 films et en 3 trois actes. Il y eu d'abord Canine (2009), puis The Lobster (2015) et La mise à mort du cerf sacré (2017). Lánthimos cinéaste de l'indicible, fait de chacun de...

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