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Cult of Chucky est mauvais dans le sens où il trahit à la perfection l'essence de Chucky. 
On peut considérer Chucky 4 et Chucky 5 comme des blagues ; le 4 est une bonne blague décalée, vaseuse et sympathique, et le 5 une blague excessive et grossière mais, au moins, dépourvue de prétention. On ne se sentait pas dans la continuité des trois premiers opus, et des années plus tard, Curse of Chucky est venu corroborer cette sensation en niant ces films-blagues pour continuer la chronologie originelle. Le film était sympa, et renouait avec l'ambiance horrifique de ses authentiques aînés. Puis vient Cult Of Chucky, qui trahit leurs essences comme les blagues précédentes n'ont jamais pu le faire, puisqu'elles ne possédaient pas les ingrédients originaux de la saga.
Mais d'abord, l'essence de Chucky, c'est quoi ? On conviendra que cette essence se tient dans les deux premiers films. Il s'agit en fait d'une dualité, celle qui oppose Chucky la poupée tueuse et Andy l'enfant. La force primordiale de Chucky tient au fait qu'il est une poupée, un jouet d'enfant, et que sa victime est un enfant ; enlevez l'enfant, et vous perdez l'intérêt pervers et terrifiant de sa nature de poupée. Chucky est une poupée terrorisant un enfant. Andy est un enfant terrorisé par une poupée tueuse. Voilà l'essence de Chucky. On ne peut la retrouver sans ces deux forces en opposition. Voir grandir Andy n'a aucun sens : son personnage appartient à l'espace-temps particulier de cette expérience traumatisante, de cette dualité - au-delà de cet espace-temps, Andy est naturellement destitué de son film, il disparaît dans l'ouverture de son achèvement, tout comme son enfance y est sauvegardée, équilibrant la balance horrifique face à la poupée tueuse. Plus rien n'a de valeur solide au-delà de l'enfance d'Andy. Pour cela, Chucky 3 était déjà moins bon que les deux films précédents.
Mais là... là... Cult Of Chucky. Andy est un adulte débile, déprimé, jouant à torturer la tête défigurée de Chucky comme un écorché de grand cinéma, quand il ne partage pas un joint avec elle. L'essence de Chucky part en fumée, comme si elle n'avait jamais résidé dans cette dualité originelle entre la poupée tueuse et l'enfant, comme si Andy et Chucky n'avaient jamais incarné un archétype dualiste fondamental, intemporel et nécessairement daté, toujours actuel dans sa temporalité mais à la temporalité achevée comme un tableau logique et efficace ; comme si Andy et Chucky avaient amorcé en leur époque, dans l'illusion de cette dualité parfaite, la mort de leur propre logique, en initiant en fait un conflit manichéen infini, se poursuivant à travers les âges comme un schéma biblique puisant son absurdité dans sa propre réécriture, dans le déni de leurs forces archétypales, de leurs fonctions et de leurs natures cinématographiques. Andy n'a plus de signification ; et si l'on croit en ce film, Andy n'en a jamais eue. Andy est un imbécile qui joue les héros et vide son unique chargeur, dans un asile infesté de Chuckys, contre un Chucky inoffensif, à l'intérieur d'une salle d'isolement dont il ne sait pas comment sortir et dont il ne sortira pas. Pathétique trajectoire.
L'essence de Chucky est détruite dans l'exacte mesure où le film ne peut être complètement nié, comme on pouvait le faire avec les blagues 4 et 5 : Andy est bel et bien là, et la balance originelle est sacrifiée aux feux de la stupidité des scénaristes. Il y a bien sûr une autre raison pour laquelle le film trahit l'essence de Chucky. Une raison moins importante (puisque sans Andy, on aurait pu faire appel à un esprit de négation salvateur), mais néanmoins forte : les Chucky se multiplient. Outre le fait que cela soit tout simplement impensable, que cela revienne à tuer Charles Lee Ray à plusieurs reprises, à le rendre infiniment mortel, sinon infiniment mort, et surtout infiniment iréel, comme un personnage sans passé, sans structure cinématographique, sans aplomb individuel, un personnage infiniment théorique en somme, cela revient surtout à nier l'origine de Chucky. Chucky est la poupée tueuse. La force de Chucky tient au fait qu'il transforme une poupée en la poupée ; il donne une individualité à un objet qui, par définition, est de nature plurielle. La menace qu'incarne Chucky réside dans cette individuation. Charles Lee Ray est un dangereux tueur ; Chucky est une poupée tueuse, et par conséquent, Chucky est la poupée qui est bien plus qu'une poupée. En multipliant les Chucky, le film rend à la poupée sa pluralité, et en cela, il fait de Chucky, tristement et véritablement, une poupée. Il désindividualise son personnage emblématique, il le rend à l'impersonnalité de l'objet dont il était, à l'origine, la transcendance particulière. Et le pire - le pire ! - dans ce processus, c'est qu'il implique, par sa possibilité-même au sein du film, et plus encore bien sûr par sa réalisation concrète, que Chucky n'a toujours été qu'une poupée, aussi tueuse soit-elle, que l'individuel Charles n'a été qu'une incohérente illusion scénaristique. Chucky n'a donc jamais été la poupée tueuse : Chucky n'est, au fond, depuis toujours, qu'une poupée Chucky.
Rarement un film n'aura trahi son essence de manière aussi profonde et aussi savante. Il semble que le propos final de Cult Of Chucky soit de contredire le sens fondamental de la série dont il est issu. Un tour de force magnifique, insultant, gerbant. Une catastrophe.
ExEgo
3
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il y a 4 ans

2 j'aime

5 commentaires

Le Retour de Chucky
QuentinDubois
2

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Ce septième Chucky aura finalement fait peu parler de lui. Sorti quatre ans après la "malédiction", "Le retour" (et pourquoi pas la revanche tant qu'on y est ?) se voit être une suite directe à ce...

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il y a 4 ans

14 j'aime

3

Le Retour de Chucky
Psykokilla_V3
2

Un bon film sur la drogue.

Alors la....! J'ai vraiment du mal a croire que le scénariste était sobre au moment de "l'écriture" tant ce Cult of Chucky détruit la série de A a Z. Autant je garde une forte amitié pour les trois...

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il y a 4 ans

9 j'aime

Le Retour de Chucky
asiargento
1

Chuck'out Mancini

Cher Chucky, Je suis affligée par ce que je viens de voir ! Tu devais vraiment être dans une sacrée panade pour accepter ce retour si ...pourri ( je n'ai pas trouvé d'autre mot mais c'est bien LE mot...

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il y a 4 ans

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24

Le Retour de Chucky
ExEgo
3

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6
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il y a 3 ans