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Avis sur Les Proies

Avatar Olivier Paturaud
Critique publiée par le

On attendait avec impatience le dernier film de Sofia Coppola. Les deux derniers avaient réussi à susciter encore l'intérêt, malgré l'hostilité de la critique, Coppola ayant un don pour observer le vide, l'absence et le manque avec un regard qui n'était qu'à elle et surtout, l'idée d'un scénario restituant le gynécée de Virgin Suicides avait de quoi faire fantasmer le cinéphile.
Hélas, très vite, le spectateur un peu exigeant que je suis s'est trouvé devant un sommet de platitude et de grotesque. Quelle était la nécessité pour Sofia Coppola de refaire une adaptation du roman qui avait déjà servi de matériau au film homonyme de Don Siegel, réalisé en 1971 ? La version de 2017 est présentée comme une lecture féministe et gothique du roman de Thomas Cullinan. Soit, mais que voyons nous à l'écran ? Un trio de femmes qu'on pourrait méchamment qualifier d'écervelées perdent très rapidement leur contenance à la vue du corps d'un soldat (Colin Farrel dont le personnage pas très bien écrit, n'est jamais inquiétant) recueilli dans la pension tenue par Nicole Kidman, chacune voulant évidemment s'attirer les bonnes grâces du sieur et se retrouver dans son lit. Quand ce qui devait arriver arrive, elles se vengent symboliquement du désir qu'il aura provoqué par une amputation castratrice... On ne révélera pas la fin "into the wild" sommet de ridicule. Le film, très loin d'une prétendue observation féministe du désir féminin, renversant les rôles pour faire du personnage masculin l'objet de désir, n'est donc qu'une énième représentation périmée et puritaine des genres.
Le film trouve-t-il alors son intérêt dans l'accomplissement d'une mise en scène, qui a valu à la metteuse en scène, un prix à Cannes ? Las, on est perplexe devant la vision du cinéma partagée par le jury (à moitié féminin) qui crut bon d'annoncer pour la première fois une femme à la récompense du prestigieux prix de la mise en scène (en réalité, le second...). Le prix aurait du revenir au chef opérateur responsable de l'ambiance gothique du film, qui impressionne au début (chaque plan est un tableau composé au cordeau) mais qui lasse rapidement puisqu'il finit par figer l'action pour mettre le film sous cloche. Le film est riche en dialogues mais ne délivre absolument aucune tension dramatique, aucun trouble, il est filmé sans inventivité en une succession de champs contre champ répétitifs et la sécheresse du dispositif finit par tuer le faible suspense qui tient en éveil.
Un film étiré (l'heure et demie en parait deux), vain et superficiel et qui surtout ne semble jamais témoigner d'une quelconque nécessité artistique dans la carrière de la réalisatrice.

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